Binta mécanicienne, de son vrai nom Binta Sarr, Amadou Diallo, Omar Diallo, Fallou Mbow, Aïda Souaré… l’ont échappé belle. A cause d’une rception tardive de la clé contenant les images obscènes, ils n’ont pas été jugés pour actes contre nature. N’empêche, le procureur de la République a été ferme en requérant contre eux des peines variables selon la responsabilité de chacun. C’était hier devant le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye où ils étaient jugés pour association de malfaiteurs, mise en danger de la vie d’autrui, entre autres chefs d'inculpation.
La bande de Binta Sarr alias Binta mécanicienne a finalement comparu hier, mercredi 14 janvier 2026, devant le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye. 14 personnes dont un mineur sont mis en cause dans cette affaire. Ce sont Amadou Woury Diallo (35 ans, pharmacien), Oumar Diallo (22 ans, élève de terminale L2), Olivier Bampoky (22 ans, étudiant en 2e année à l'Ecole de la douane), Fallou Mbow (23 ans, élève en 1er S2 ), Amara Mboup (23 ans, élève en 1er L2), Souleymane Sonko (23 ans, élève en 2d L2), Abdourahmane Mbengue alias Papa (23 ans, technicien de surface), Fallou Mbow (vendeur de pièces détachées), Aissatou Ndiaye Diop alias Aïda (23 ans, en formation en restauration), Diminga Basse (19 ans, élève en 1ère au lycée Jean Jacques Rousseau), Madjiguène Ndiaye alias Mathiou (23 ans, elle travaille pour Canal), Aïda Souaré (23 ans) et enfin Binta Sarr dite Binta mécanicienne (mécanicienne de 23 ans). Ils sont tous poursuivis pour association de malfaiteurs, mise en danger de la vie d’autrui, incitation de mineur à la débauche, détention d'images contraires aux bonnes mœurs, établissement d'établissement touristique sans autorisation administrative, escroquerie, détention illégale d'arme, violences voies de fait, coups et blessures volontaires.
Une kyrielle d’infractions sur leurs têtes
Dans cette affaire, ce groupe de jeunes filles et garçons avait loué un appartement sis à Keur Massar moyennant 70.000 F Cfa les 2 jours, auprès du bailleur Amadou Diallo et son neveu Oumar Diallo, pour les besoins de la fête du 31 décembre 2025. Hélas pour eux, lorsqu'ils se sont rendu compte que Olivier Bampoky auprès de qui ils avaient fait une commande de drogue leur a livré du bicarbonate, en lieu et place du produit illicite, ils ont annulé la transaction concernant le paiement. Une altercation a éclaté dans l’appartement où ce dealer se trouvait en compagnie de son ami, Fallou Diop pour récupérer son argent. C'est dans ces circonstances-là que les éléments de la section de recherches de Keur Massar se sont invités dans l'appartement, où ils ont procédé à l'interpellation de tous les présents.
À la barre du tribunal où ils étaient attraits, ces jeunes ont tous parlé de retrouvailles qu'ils ont organisées dans l'appartement. Entendu en premier, le pharmacien, Amadou Woury Diallo conteste avoir loué l'appartement à ces jeunes. "C'est mon neveu Oumar Diallo qui m'avait dit qu'il en avait besoin, mais je croyais que c'était pour les besoins familiaux. C'est ce dernier qui l'a donné en location. A ce moment-là, j'étais malade, mais c'est moi qui lui ai demandé de remettre la clé en lui suggérant de récupérer la pièce d'identité de la personne en question, à savoir le grand-frère de son ami", a-t-il indiqué. Le neveu en question, Oumar Diallo, a précisé avoir remis les clés de l'appartement à Madjiguène Ndiaye, sa voisine de quartier.
Les prévenus dégagent tous en touche
Pour sa part, l'étudiant à l'Ecole de douane, Olivier Bampoky, a contesté toutes les infractions, précisant avoir été contacté par Abdou, l'ami de Binta mécanicienne, pour les besoins d'un appartement à louer. C'est ainsi qu'il a contacté Oumar Diallo en le mettant en rapport avec Abdou. Pour ce qui est de la drogue, Olivier a révélé avoir été contacté par Abdou. "Au moment de passer la commande, je n'avais pas cette drogue parce que je ne suis pas un trafiquant de drogue et je ne me drogue pas. Quand j'ai parlé à un copain que j'ai appelé, il m'a conseillé de faire ce mélange de bicarbonate. J'ai concocté cette substance juste dans le but d'obtenir ces 10.000 F. C'est Aïda Souaré qui a déboursé l'argent concernant la drogue. J'étais en compagnie de mon ami Fallou. Et lorsqu'ils ont découvert qu'il ne s'agissait pas de drogue, il y a eu une altercation dans l’appartement", a-t-il expliqué. De son côté, Fallou Mbow a dit tout simplement avoir été invité dans l’appartement par son amie Madjiguène Ndiaye pour des retrouvailles et qu'il avait cotisé 15.000 F. "Madjiguène Ndiaye, Binta Sarr et moi sommes les organisateurs de cette fête", a-t-il indiqué.
En ce qui le concerne, Amara Mboup a mouillé Olivier Bampoky en soutenant que celui-ci détenait un couteau au moment où il est retourné réclamer son argent à la suite de l'annulation de la transaction. Madjiguène Ndiaye, elle, a incriminé Binta mécanicienne et d'autres concernant l'organisation de cette fête. "Nous sommes 4 personnes à organiser ces retrouvailles. Il s'agit de Binta, Khadija et moi. C'était juste dans le but de faire la fête le 31 décembre dernier", a-t-elle dit, avant qu'elle ne soit coupée net par le juge : "quel était le but de ces retrouvailles ? Il y a eu des choses qui se sont passées là-bas. Qu'en est-il des vidéos dans lesquelles on vous voit avec une autre fille ?» Cette dernière, qui a une fois été condamnée pour vol de téléphone, a répondu : "cette fille et moi, nous habitons dans la même maison".
Binta mécanicienne, interrogée, a révélé à son avocat avoir été rasée en prison et qu'elle avait sur la tête des tresses "lifes". Sur les faits qu'elle a d'ailleurs contestés, elle a précisé que c'est son ami Abdou qui lui avait confié qu'il avait à sa disposition des appartements à louer. C'est dans ces circonstances-là qu'elle a remis à Abdou le numéro de Madjiguène Ndiaye pour les besoins de la location de l'appartement. Par rapport à sa présence là-bas, elle a confié au tribunal avoir été invitée par son amie. "Quand je suis arrivée sur place, je faisais un live sur Tik-tok. Je ne connais que Madjiguène. C'est Abdou qui est venu me récupérer pour aller là-bas. Je ne savais pas que c'était pour rassembler tout ce beau monde", a affirmé Binta.
Par ailleurs, tous les prévenus ont contesté les actes contre-nature suite à une question du juge. Il leur a même dit avoir visionné les images obscènes qu'on leur imputait et qui sont contenues dans une clé Usb, ainsi que des scènes contre-nature. Le magistrat leur a même dit que ce regroupement qu'ils ont organisé dans cet appartement n'est pas une retrouvaille comme ils ont essayé de le faire croire au tribunal, parce que non seulement ils ne se connaissent pas, mais beaucoup ont été invités via les réseaux sociaux ou via un panel Tik-tok.
Le procureur se défoule
Le procureur, dans ses réquisitions, a déclaré qu'il s'agissait d'un groupe de jeunes, composé de filles et de garçons, qui s’est donné rendez-vous dans cet appartement pour y faire des actes ignobles. Fort heureusement pour eux, le parquet a précisé que l'infraction d'actes contre-nature et détention d'images contraires aux bonnes mœurs n'a pas été retenue à leur encontre, parce que la clé Usb qui les contenait a été tardivement reçue, bien après l’enrôlement de l'affaire, raison pour laquelle elle a été écartée. Pour ce qui est de l'association de malfaiteurs, les débats d'audience dit-il, les ont confortés dans le fait qu'il s'agissait d'une "organisation bien ficelée". Le maître des poursuites estime qu'ils sont tous coupables de ce délit et des autres. Il a requis contre ceux qu'ils appellent les "organisateurs" à savoir Amadou Diallo, son neveu Omar Diallo, Fallou Mbow, Aïda Souaré et Binta mécanicienne, la peine d'emprisonnement ferme de 2 ans. Pour le reste de la bande, il a sollicité 2 ans de prison dont 6 mois ferme assortis d'une amende de 200.000 F. Il a aussi demandé au tribunal d’ordonner la fermeture dudit appartement.
Les avocats de la défense, Mes Kandjiack François Senghor, Mouhamadou Bachir Baldé, Aly Ndiaye, Omar Diouf, Aliou Weber, Barro, Pape Mor Niang, Cayossi et Iba Mar Diop ont plaidé la relaxe pour certaines infractions et une application bienveillante de la loi pour d'autres. Ces conseils ont aussi contesté l'existence des supposées vidéos qui contiennent des images obscènes imputées à leurs clients. "Pour Madjiguène Ndiaye, on parle d'une vidéo dans laquelle on la voit dans une position obscène, alors que celle-ci ne m'a pas été montrée. Elle vous a dit qu'au moment des faits, elle dormait. Personne ne peut nous rapporter la preuve sur le fait qu'il y a eu des choses obscènes qui se sont passées dans cet appartement", ont plaidé Mes Senghor et Diouf.
Me Aly Ndiaye a décrit sa cliente, Binta mécanicienne, comme une victime dans cette histoire. "Si cette affaire a fait le tour des réseaux sociaux, c'est parce qu'il y a Binta mécanicienne qui est mise en cause. On lui reproche de faire partie des organisateurs de la fête. Elle vous a dit que c'est Madjiguène qui l'a appelée pour lui demander si elle ne connaissait pas quelqu'un pour la location d'un appartement. Elle est victime de sa notoriété, mais elle n'était pas là-bas au moment des faits, puisqu'elle s'est rendue dans cet appartement au 2e jour", a-t-il fait remarquer. Après que le tribunal, tout comme le parquet, a rejeté les demandes de liberté provisoire formulées par la défense, en évoquant le "trouble à l'ordre public persistant" ainsi que le défaut de garantie de représentation en justice, le délibéré a été fixé pour lundi prochain, 19 janvier 2026.
Fatou D. DIONE