En juin dernier, le juge d’instruction Maha Barry, chargé du deuxième cabinet, avait rendu une ordonnance de renvoi en police correctionnelle de l’affaire West African Energy (WAE). Samuel Sarr, ancien Directeur de ladite société, était ainsi renvoyé pour comparaître devant une juridiction de jugement, pour cette affaire de détournement de 8 milliards de francs, pour lequel il a été inculpé. Pas du tout d’accord avec la décision du magistrat instructeur, les avocats de la défense avaient saisi la Chambre d’accusation d’une requête aux fins d’annulation évoquant le fait qu’il y avait d’autres actes importants d’instruction, pointant également du doigt la «précipitation» par laquelle le juge a fait montre pour renvoyer l’affaire. Hier, la Chambre d’accusation leur a donné raison, en annulant l’ordonnance ainsi que le soit-communiqué. L’affaire est en passe d’être confiée à un autre juge d’instruction.
C’est une grosse victoire qui a été acquise, hier, par la défense de Samuel Sarr, dans l’affaire West Africain Energy (WAE). En effet, Me Baboucar Cissé et Cie ont réussi à faire annuler l’ordonnance de renvoi de cette affaire ô combien médiatisée opposant Samuel Sarr et Moustapha Ndiaye. L’ancien Directeur de la société WAE regroupant plusieurs actionnaires, poursuivi pour un détournement de 8 milliards de francs, a toujours contesté les faits et c’est dans cette même logique qu’il a contesté l’ordonnance de renvoi du juge d’instruction et le soit communiqué. En effet, en juin dernier, le juge Maha Barry avait renvoyé le dossier en police correctionnelle, après avoir envoyé un avis de clôture aux avocats et saisi le parquet par un soit communiqué, pour avis.
Les conseils de l’ancien patron de WAE n’étaient pas d’accord sur le renvoi, persuadés de l’innocence de leur client ; mais le juge a passé outre pour rendre une ordonnance définitive de renvoi. Ne pouvant pas attaquer en soi ladite ordonnance, cela étant le privilège du procureur de la République, Me Baboucar Cissé et Cie ont saisi la Chambre d’accusation d’une requête aux fins d’annulation de l’ordonnance ainsi que de l’ordonnance de soit-communiqué. Hier, la juridiction d’instruction de recours s’est penchée sur la requête et leur a donné raison en annulant les deux ordonnances.
Samuel Sarr et ses conseils veulent un non-lieu total puisqu’ils considèrent que le dossier ne repose sur rien et que les accusations ne sont pas avérées. Avec cette annulation, l’affaire risque de passer entre les mains d’un autre juge d’instruction, Maha Barry risquant ainsi d’être dessaisi. Tout compte fait, la défense de Samuel Sarr compte introduire une requête en ce sens.
Les arguments de la défense qui ont fait tomber l’ordonnance du juge
Inculpé et placé sous mandat de dépôt, le 27 novembre 2024, pour abus de biens sociaux portant sur 8 milliards, Samuel Sarr a obtenu une assignation en résidence avec placement sous bracelet électronique, pour des raisons de santé. Convaincu de son innocence, il avait même fait une requête aux fins de non-lieu total. Du coup, devant la Chambre d’accusation, hier, ses conseils ont soulevé leurs arguments selon lesquels le juge a instruit à charge seulement omettant de prendre en compte les éléments qui disculpent, selon eux, leur client. Il y a, aux yeux de Mes Baboucar Cissé, Cheikh Ahmadou Ndiaye et Cie, l’audition de l’un des actionnaires, en l’occurrence Harouna Dia, qui était fondamentale. Cette audition a été programmée, mais l’homme d’affaires qui était au Burkina Faso devait accueillir le Premier ministre Ousmane Sonko qui rendait visite aux Sénégalais vivant là-bas. Cet argument a été pourtant soulevé devant le juge après qu’il a avisé de son avis de clôture. Seulement, il est passé outre et a rendu son ordonnance définitive. Hier, la Chambre d’accusation a anéanti cette ordonnance.
Alassane DRAME