PROBABLE JUMELAGE: Le maire Roger Tafam s’ouvre sur la vie à Bafoussam



 
 
 
Le chef de la ville de Bafoussam nous a ouvert les portes de la communauté urbaine. Dans cet entretien, le maire de la ville de Bafoussam nous parle des communautés, de l’économie de sa ville, de la délégation sénégalaise mais aussi de l’armée qui a été déployée dans tous les coins et recoins de Bafoussam. Âgé de 56 ans, Roger Tafam est originaire de Bamoungoum dans l’arrondissement de Bafoussam 3e. Ce produit de l’Enam officiait comme commandant des douanes dans le Littoral avant de devenir maire en février 2020.
 
 
 
Les Echos : Monsieur le Maire, comment se passe la vie à Bafoussam qui semble être plus calme que Douala et Yaoundé ?
 
 
 
Roger Tafam : La vie est plus calme à Bafoussam qu'à Douala ou Yaoundé. Il est vrai que Bafoussam est la troisième ville du Cameroun. Mais contrairement à Douala qui est la capitale économique et Yaoundé qui est la capitale politique, Bafoussam, c'est plus une ville commerciale. Il faut dire que le dernier recensement de la population de la ville de Bafoussam, en 2005, tourne autour de 1.500.000 habitants surtout avec les déplacés internes actuels. L'activité la plus pratiquée dans la ville, c'est le commerce. C'est pour ça qu'on a trois grands marchés dans la ville. Une partie de la population aussi exerce l'activité agricole ainsi que l'élevage. La ville de Bafoussam est le principal bassin avicole de la sous-région. Lors des moments de pointe, par semaine, on sort plus de 7 millions de veaux et de poulets. Pour les autres activités, il y a l'artisanat dans plusieurs domaines. Nous n'avons s pas de grosse industrie ici en dehors d'une société brassicole et quelques savonneries. Pour l'essentiel, la population est commerciale, c'est le secteur tertiaire qui est le plus développé dans la ville.
 
 
 
Quid des différentes communautés à Bafoussam ?
 
 
 
Actuellement, nous n'avons pas de statistiques exactes. Sensiblement, nous avons quelques Nigérians. Il y a toute une rue ou beaucoup d'entre eux vivent. Ils font dans les pièces détachées. Nous avons également une communauté sénégalaise dans la ville. Et puis quelques pays voisins comme les Congolais, du Congo Brazzaville. Nous avons également une forte communauté musulmane. Ce ne sont pas tous des expatriés mais on a tout un quartier haoussa. On a aussi une forte communauté Boro ; cette communauté s'est beaucoup renforcée avec les tristes évènements qui se passent dans le Nord-Est du Cameroun. On a aussi des Chinois qui gèrent les travaux de route actuellement en chantier. Nous avons aussi quelques Libanais dans la restauration, qui sont installés dans la ville.
 
 
 
Mais apparemment il n’y a pas beaucoup de Sénégalais…
 
 
 
Ils ne sont pas nombreux parce que beaucoup exercent plus à Douala. Mais j'en connais qui sont en ville et un autre qui travaille à l'hôtel Tagidor, là où le Sénégal loge.
 
 
 
Mais Monsieur le Maire, que se passe-t-il à Bafoussam, à chaque coin de rue, on voit un déploiement de l'armée ? Y a-t-il un problème de stabilité ?
 
 
Vous savez, les équipes logent en dehors de la ville de Bafoussam, elles sont à près de 20 kilomètres du centre-ville. Il était tout à fait nécessaire que la sécurité de ces équipes soit assurée. On ne veut pas prendre de risque. Avec le chômage rampant dans toute l'Afrique, il peut y avoir parfois des jeunes qui essaient d'attaquer des délégations étrangères. Mais étant donné que le meilleur hôtel est celui où le Sénégal et la Guinée se trouvent ainsi que celui à Bana où logent actuellement la Gambie et le Cap-Vert, on a pensé qu'il était nécessaire de renforcer les services de sécurité. Surtout que le Nord-Ouest du Cameroun n'est pas loin d'ici.  Cette présence est surtout pour sécuriser et pour rassurer nos hôtes.
 
 
 
Justement pourquoi ces hôtels-là alors que le stade est presque en centre-ville ?
 
 
 
Lorsque le Cameroun a été choisi pour organiser la Can, ce n'était pas pour 24 équipes, mais aussi il n'y avait pas la pandémie. Avant, les joueurs pouvaient se mettre à deux dans une chambre, mais à partir du moment où il était question qu'on devait avoir un seul joueur par chambre, certains hôtels qui étaient en centre-ville n'avaient pas cette capacité de pouvoir remplir les conditions fixées par la Caf. C'est pour cette raison qu'on a pris ces hôtels. Et puis, il faut dire que la région de l'Ouest étant la région la moins vaste, les équipements construits dans le cadre de cette Coupe d'Afrique des nations, pour ce qui est de Bafoussam, sont réparties dans cinq développements. C'était le choix délibéré des élites du gouvernement pour permettre aux autres parties de la région de pouvoir profiter de cette Can pour se développer. C'est ainsi qu'on a un stade d'entraînement à Bafan, et à Bouda, même si aucune équipe n'ira s'entraîner. Dans la ville de Bafoussam, on a le stade de compétition avec son stade annexe mais aussi le stade municipal et le stade de Bamendi et celui de Toquet. Bref, la région de l'Ouest a voulu profiter de cette Can pour permettre un développement un peu équilibré des autres petites villes. 
 
 
 
Comment voyez-vous la délégation sénégalaise qui est venue en nombre avec des journalistes, des fédéraux et un 12e Gaïnde ?
 
 
 
Même si vous étiez venus à plus de 200, moi maire de la ville, ça allait me faire plaisir. Je me rappelle qu'au lendemain du tirage au sort, nous sommes partis de Yaoundé avec le ministre sénégalais de l’Urbanisme, Abdoulaye Sow, visiter les hôtels et commodités. La Caf a également fait plusieurs tours. Le fait que la délégation sénégalaise soit forte est plutôt bien pour nous. D'abord ça va permettre que tôt ou tard un membre de la délégation puisse avoir envie de revenir à Bafoussam. Et puis en plus ça développe notre tourisme. C'est plutôt une bonne chose.
 
 
 
Il y a aussi beaucoup de Camerounais dans votre ville qui supportent le Sénégal
 
 
 
C’est vrai. On souhaite que le Sénégal arrive en finale face au Cameroun avant que le Cameroun ne remporte la coupe.
 
 
 
Vous allez quand même laisser la coupe à vos hôtes par courtoisie…
 
 
 
(Rire) Bon on va voir. Battez-vous déjà pour arriver en finale.
 
 
 
Pensez-vous qu’un jour, Bafoussam puisse être liée dans le cadre d’un jumelage avec une ville sénégalaise ?
 
 
 
C'est mon plus grand souhait. J'en ai discuté avec beaucoup de responsables sénégalais. Comme je vous ai dit, avant cette compétition, il y a eu plusieurs délégations du Sénégal qui sont venues ici. Ils sont ouverts d'esprit et on discute tout le temps.  Il y a également M. Ernest Ducon qui est le directeur commercial de Air Sénégal qui est un Camerounais d'origine. On a eu à beaucoup échanger. Immédiatement après la Can, j'aimerais faire un tour au Sénégal en tant que maire de la ville de Bafoussam pour voir un peu comment trouver des moyens pour des Jumelages avec des villes sénégalaises. L'avenir de l'Afrique, c'est cette coopération sud-sud. Un échange d'expérience entre ma ville et une ville du Sénégal serait bénéfique pour les deux parties. Toutes les idées que j'ai du Sénégal, ce sont des idées de livre. Je ne suis jamais allé au Sénégal. J'aimerais beaucoup y aller prochainement.
 
 
 
 
 
LES ECHOS

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