PRESSE SÉNÉGALAISE EN ZONE DE TURBULENCE : Syndicats et patronat unissent leurs voix et annoncent un front commun pour le 1er mai




 
 
 
À l’issue d’une rencontre tenue aux Parcelles Assainies, la Coalition des centrales syndicales et le patronat de la presse, regroupé au sein du Cdeps, ont publié un communiqué conjoint marquant une convergence de vues sur la crise que traverse le secteur. Les syndicats annoncent qu’ils porteront désormais le combat des entreprises de presse dans leurs revendications du 1er mai 2026, sous le slogan, «défendre l’entreprise de presse et les emplois dans les médias».
 
La rencontre entre le conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (Cdeps) et la Coalition des centrales syndicales du Sénégal (Ccss) marque un tournant dans la gestion de la crise qui secoue le paysage médiatique sénégalais depuis la prise de pouvoir du nouveau régime. Conduite par son président Mamadou Ibra Kane, accompagné de Issa Sall, la délégation du Cdeps s’est rendue au siège de la Confédération des syndicats autonomes (Csa), où elle a été reçue par plusieurs figures du mouvement syndical, dont Yvette Keïta, Cheikh Diop, Lamine Fall et Ibrahima Guèye.
 
 
Le Cdeps alerte sur une situation «critique»
 
Face aux centrales syndicales, le président du Cdeps a dressé un tableau préoccupant de la situation des entreprises de presse. Il a évoqué «de nombreuses difficultés susceptibles de conduire à la disparition de plusieurs organes ». Au cœur des préoccupations figurent les réformes réglementaires engagées par le ministère de tutelle, «la mise en place d’une plateforme d’enregistrement des médias, radiation de certains organes, création du Conseil national de régulation des médias et gestion du Fonds d’appui au développement à la presse», se désole le Cdeps.
Sur ces dossiers, Mamadou Ibra Kane a tenu à préciser que les recours introduits devant la Cour suprême du Sénégal ont été «couronnés de succès», tout comme les initiatives portées devant le Conseil constitutionnel du Sénégal concernant la loi relative à l’organe de régulation.
 
 
Pressions économiques et « harcèlement fiscal » dénoncés
 
Au-delà du cadre réglementaire, le patronat de la presse a insisté sur les difficultés financières qui fragilisent les entreprises. «Le refus de paiement de créances dues, l’arrêt de conventions publicitaires ou encore le harcèlement fiscal» ont été pointés comme autant de facteurs aggravants.
Selon le Cdeps, ces mesures ont un impact direct et préjudiciable sur la viabilité économique des médias, au point de nourrir «une volonté manifeste de saper l’économie des entreprises de presse» et de les pousser vers la faillite. Dans ce contexte, Mamadou Ibra Kane a appelé les syndicats à considérer que ce combat dépasse le seul patronat. « Il s’agit aussi d’un combat pour l’emploi et pour les libertés démocratiques, notamment la liberté d’expression», a-t-il souligné.
 
 
Les syndicats répondent présents
 
En réponse, les responsables de la Ccss ont exprimé leur satisfaction d’avoir été informés en détail de la situation. Ils disent désormais mesurer pleinement les enjeux pour la survie des entreprises de presse et les conséquences sur l’emploi. Les centrales syndicales ont ainsi décidé de faire jonction avec le Cdeps pour défendre un secteur qu’elles jugent stratégique. Elles annoncent intégrer les préoccupations du patronat de la presse dans leur plateforme revendicative à l’occasion de la fête du Travail 2026.
 
 
Le 1er mai comme tribune de mobilisation
 
Dans leur communiqué conjoint, les deux parties conviennent de faire du 1er mai un moment fort de sensibilisation. Les syndicats comptent porter auprès des autorités et de l’opinion publique les menaces qui pèsent sur la presse sénégalaise. Le slogan retenu, « défendre l’entreprise de presse et les emplois dans les médias », illustre cette volonté de convergence entre défense des travailleurs et sauvegarde des entreprises.
Pour les syndicats, la protection de la liberté de la presse et du droit à l’information s’inscrit pleinement dans leur combat historique. Ils estiment que ces libertés sont indispensables pour informer les populations et alerter sur les dérives susceptibles de fragiliser l’État de droit.
Au-delà de cette échéance, les deux délégations ont convenu de poursuivre les échanges engagés lors de cette rencontre du 22 avril 2026. Cette dynamique pourrait déboucher sur une alliance durable entre syndicats et patronat de la presse, dans un contexte où la survie de nombreuses entreprises médiatiques est désormais en jeu.
 
Fatou DIOP
 
 
LES ECHOS

Dans la même rubrique :