Ces derniers mois, des dizaines d'interpellations et d'arrestations ont eu lieu à Dakar, Thiès et Guédiawaye. Derrière les décisions de justice rendues par les tribunaux, des rapports récents publiés en ce mois de juillet 2026 par l'organisation HIV Justice Network et adressés aux agences des Nations-Unies révèlent des méthodes d'enquête très inquiétantes et contraires aux lois internationales.
Des tests médicaux forcés dans les commissariats
Le premier problème grave soulevé par les experts internationaux concerne le respect du corps et de la vie privée. Selon les documents d'enquête, plusieurs personnes arrêtées ont été soumises à des tests de dépistage du Vih obligatoires, réalisés sans leur accord durant leur garde à vue. Plus grave encore, les résultats de ces examens de santé ont été inscrits directement dans les procès-verbaux de police et transmis aux juges. L'utilisation de ces données médicales privées a permis d'alourdir les charges contre les accusés, en ajoutant au dossier le délit de transmission volontaire de maladie.
Quand la justice ignore la science
Le rapport d'expertise remis à l'Onu montre une contradiction majeure entre les décisions rendues et la réalité médicale. D'un côté, la science prouve qu'une personne séropositive qui suit correctement son traitement antirétroviral a une charge virale indétectable, ce qui signifie qu'elle ne peut plus transmettre le virus. De l'autre côté, des juges ont prononcé de lourdes peines de prison, allant parfois de cinq à dix ans ferme, contre des personnes sous traitement alors même que les analyses prouvaient qu'elles ne pouvaient contaminer personne.
Un danger direct pour la santé publique
Ces méthodes d'enquête ont des conséquences directes sur la santé de l'ensemble de la population. Les observateurs internationaux constatent que la peur d'être arrêté ou fiché éloigne désormais les malades des structures médicales.
Dans les régions de Dakar et de Thiès, de nombreuses personnes ont arrêté de venir chercher leurs médicaments ou de faire des dépistages de routine. En voulant punir sévèrement, le système judiciaire crée ainsi une crise sanitaire silencieuse qui fragilise la lutte contre le Vih dans tout le pays.
Samba THIAM