Après une grève générale de 72 heures suivie à près de 90% sur l’ensemble du territoire national, selon le communiqué rendu public hier, la coalition syndicale And Gueusseum durcit le ton. Constatant l’inertie persistante du gouvernement, l’Alliance des syndicats autonomes de la santé et de l’action sociale annonce un sixième plan d’actions marqué par une radicalisation assumée de la lutte. Une montée en puissance qui se veut proportionnelle à ce que les syndicalistes qualifient désormais de conspiration du silence étatique.
Une mobilisation massive qui défie l’indifférence de l’Etat
Les 21, 22 et 23 janvier 2026, les agents de santé affiliés à l’intersyndical ont observé le mot d’ordre de grève. Malgré la trêve administrative annoncée à la veille du mouvement par le Satsus, la grève générale de 72 heures déclenchée par la Jonction des luttes And Gueusseum–Satsus a été largement suivie. Selon l’évaluation interne tenue le 24 janvier, « les taux de participation ont atteint des niveaux historiques, oscillant entre 80 et 90% des travailleurs du secteur de la santé et de l’action sociale », lit-on dans le communiqué rendu public.
268 heures sans soins, l’alerte rouge sociale
Tout en félicitant les Lions, doubles champions d’Afrique, pour la fierté offerte au peuple sénégalais et au continent, And Gueusseum oppose un contraste saisissant. « Pendant que la Nation célébrait ses héros sportifs, des millions de Sénégalais étaient privés de soins, cumulant 268 heures sans services de santé idoines (196 heures précédentes auxquelles s’ajoutent les 72 heures de grève) » se désole le texte. Une situation que les autorités imputent, selon les syndicalistes, à l’héritage d’un pays surendetté « jusqu’au quatrième sous-sol », décrit comme étant en ruine, « mais paradoxalement sans décombres, au regard du train de vie jugé dispendieux du gouvernement et du parlement ». Une contradiction que la coalition érige en symbole d’une gouvernance déconnectée des réalités sociales.
Le sixième plan d’actions, la radicalisation assumée
« Face aux manœuvres dilatoires du gouvernement, à l’absence de délivrance des actes administratifs promis, à la privation de l’indemnité de logement pour les agents contractuels des Eps et des collectivités territoriales de la santé, And Gueusseum acte une rupture stratégique », lance-t-elle. La coalition décline ainsi le « momentum de la radicalisation à travers un sixième plan d’actions articulé autour de quatre temps forts : une tournée nationale et des assemblées générales régionales du 28 janvier au 9 février 2026 ; une grève de 96 heures, du 10 au 13 février 2026, avec respect des urgences mais sans observance du service minimum ; une évaluation le 14 février 2026 ; et le boycott des programmes de santé, réunions de coordination et supervisions du 28 février au 28 mai 2026 », liste la coalition.
Daga-Kholpa, pensions et menaces, la liste des griefs s’allonge
Au-delà de la question salariale, And Gueusseum élargit le champ de ses revendications. «La coalition s’interroge notamment sur le sort des 120 hectares de Daga-Kholpa, attribués par le décret 2021-700 du 4 juin 2021 aux victimes du programme de logements sociaux Sutsas-Namora, mais toujours non disponibilisés. Un blocage attribué au ministère en charge de l’Habitat, perçu comme un traitement à géométrie variable entre citoyens pourtant également méritants devant la Nation » note la coalition.
Dans le même temps, And Gueusseum « félicite les camarades de la Jonction des luttes Sames–Sutsas–Arp pour la concomitance des mouvements de grève et met en garde contre toute tentative de sanction ou de menace à l’encontre des agents grévistes ». À Ziguinchor, « la coalition annonce également une vigilance accrue face au retour saisonnier des réquisitions, appelant les travailleurs à ne rien accepter qui porterait atteinte à l’exercice légitime du droit de grève ».
Un appel à l’unité pour un front social élargi
Se réclamant d’un rôle historique dans la défense des travailleurs et des populations, And Gueusseum lance un nouvel appel à l’unité syndicale. « Le Satsus, le Sames, le G7, le G20, la Cntls, les contractuels et l’ensemble des décideurs sont invités à rejoindre la Jonction des luttes, notamment pour l’allongement de l’âge de la retraite à 65 ans, la revalorisation des pensions et le renforcement du socle de protection sociale, conformément à l’appel du Dr HC Causa Mballo Dia Thiam du 11 décembre 2025 », tente de convaincre la coalition les autres syndicats toujours pas affiliés.
Baye Modou SARR