Divorcée et mère de 2 enfants, Diouma Ba, 24 ans, accuse Ibrahima Sall, un charlatan domicilié à Rufisque, de l’avoir violée courant 2022 par. Ce dernier, pour des faits de viol et de charlatanisme, risque 10 ans de réclusion criminelle devant la chambre criminelle de Dakar où il a comparu hier après 4 ans en détention provisoire.
On a beau sensibiliser les femmes sur les méfaits des pratiques mystiques et des charlatans, mais, elles n'en font qu'à leur tête. Hélas, Diouma Ba, une divorcée de 24 ans et mère de 2 enfants, en a payé les frais. Cette dernière accuse en effet le charlatan Ibrahima Sall, de l’avoir hypnotisée, puis violée, alors qu'elle n'était là-bas que pour solliciter des incantations. Les faits se sont passés courant 2022 à Rufisque. Sujette à des maux de tête persistantes, Diouma Bâ s'était rendue avec sa petite-sœur auprès du marabout, Ibrahima Sall afin qu'il formule des prières pour la soulager. Une fois sur les lieux, l'accusé l'a reçu dans sa chambre où il lui a fait une séance de voyance puis prodiguer des bains mystiques. Ayant senti un soulagement de ses maux de tête, Diouma Ba y est retournée mais, cette fois-ci, c'était ces problèmes de couple qui l'ont poussée à aller voir Ibrahima Sall. Comme la relation amoureuse qu'elle entretenait avec un homme marié battait de l'aile, elle sollicitait encore des prières pour ramener la stabilité dans son couple.
Face à cette situation, le marabout lui a encore donné d'autres potions. Et, surprise, son homme est revenu vers elle. Mais, puisqu'elle voulait que l'homme en question l'épouse, elle a demandé au charlatan de l’aider à devenir la femme de ce dernier.
Le modus operandi
Le charlatan lui demande des noix de cola et un linceul. Ce qu’elle fit. Le charlatan griffonne dessus quelques arabesques et, sur une partie du linceul, il y noue comme un cordon. Il lui fait un massage sur son dos, puis demande à la dame à se coucher. Il introduit le cordon dans son sexe afin qu'il soit imbibé de son liquide vaginal. Profitant ainsi de ce moment où elle a perdu toute lucidité, Ibrahima Sall la viole. C'est après avoir retrouvé ses esprits qu'elle a remarqué des traces de sperme sur ses cuisses. C'est ainsi qu'elle a su qu'elle a été abusée sexuellement par l'accusé.
Le piège
Diouma Ba s'en ouvre alors à son père Amadou qui lui demande de tendre un piège au charlatan pour pouvoir l'appréhender. Contacté au téléphone le même jour pour des relations sexuelles par la plaignante, il accepte le rendez-vous proposé pour le soir. Mais, il n'imaginait pas ce qui l'attendait puisque son père et son frère gendarme ont accompagné la dame pour pouvoir procéder à son interpellation. Une fois aux abords de sa maison, Diouma Ba est entrée dans sa chambre laissant dehors ses accompagnants qu'elle devait aviser par message. Chose faite, le père et le frère de la victime ont fait irruption dans la chambre et ont trouvé le charlatan torse-nu avec un caleçon et la fille en slip et soutien-gorge. C'est sur ces entrefaites qu'il a été conduit manu militari au commissariat le 21 septembre 2022.
Interrogé, il est passé à table. Toutefois, à la barre de la chambre criminelle où il a été jugé avant-hier, Ibrahima Sall a fait volte-face. Il a réfuté non seulement ses aveux devant le magistrat mais aussi devant les enquêteurs. Il précisait que les susnommés avaient refusé de lui lire le procès-verbal d'enquête afin qu'il s'imprègne du contenu. Même le fait d'avoir été arrêté nu, il l’a contesté à la barre alors qu'il l'avait admis lors de l'enquête selon la juge.
Absente à l'audience, la victime avait dit sur procès-verbal qu'après s'être allongée sur le lit, elle a senti le pénis de l'accusé sur elle avant qu'il ne commence à la doigter. Prise au dépourvu, elle lui demande le but de ses agissements, mais Ibrahima Sall a répondu que c'était pour que le cordon soit mouillé avec son liquide. Pire, elle indique qu’elle l'observait la pénétrer sans pouvoir rien faire, comme si elle était sous l'emprise de quelque chose.
Dans ses réquisitions, le procureur a demandé contre lui la réclusion criminelle de 10 ans après avoir fait état de sa culpabilité. L'avocat de la défense, Me Omar Gaye, a réfuté les faits, indiquant qu'il n'y a jamais eu de contrainte morale. "Il n'y a ni violences, ni contrainte morale. S'il y a eu rapport sexuel, c'est que Diouma était consentante. Elle n'a opposé aucune résistance. Elle a pris plaisir, mais lorsqu'elle a été rattrapée par les remords, elle s'en est ouverte à son père. Le consentement annihile le viol. C'est le charlatanisme qui est constant dans cette affaire et non le viol", a argué la robe noire qui a plaidé l’acquittement. Lui succédant, Me Iba Mar Diop a attesté que personne n'a obligé cette dame à aller auprès de l'accusé. Pour Me Diop, la dame a inventé toute cette affaire. Tout comme son confrère, il a plaidé l’acquittement pour le crime de viol et une application bienveillante de de loi pour le charlatanisme. Le délibéré sera rendu au 9 juin 2026.
Fatou D. DIONE