Au Sénégal, la crise dans l’éducation nationale s’enlise et prend une tournure plus radicale. Après les ponctions salariales opérées sur des enseignants ayant observé la grève, le G7 syndical annonce une plainte contre l’État devant le Bureau international du travail. Entre accusations d’atteinte aux droits fondamentaux et fermeté gouvernementale, le conflit s’installe dans un climat de confrontation qui menace durablement l’école sénégalaise.
La crise qui secoue l’école sénégalaise vient de franchir un nouveau seuil de tension. Après plusieurs mois de bras de fer avec le gouvernement, les principaux syndicats d’enseignants regroupés au sein du G7 ont décidé d’internationaliser le conflit. Ce vendredi 13 mars, lors d’une conférence de presse, leurs responsables ont annoncé leur intention de porter plainte contre l’État du Sénégal auprès du Bureau international du travail (Bit), dénonçant des «ponctions illégales, disproportionnées et arbitraires» sur les salaires d’enseignants grévistes.
Selon les syndicats, la décision du gouvernement de prélever des montants sur les salaires de certains enseignants ayant observé un arrêt de travail constitue une ligne rouge. Ils y voient non seulement une sanction injustifiée, mais surtout une atteinte grave à un droit constitutionnel. «Nous considérons cet acte comme une volonté manifeste du gouvernement d’humilier d’honnêtes travailleurs exerçant un droit fondamental», a déclaré Amédou Diédhiou, porte-parole du mouvement syndical, face à la presse.
Au cœur de la plainte annoncée figure la Convention 95 de l’Organisation internationale du travail (Oit), relative à la protection des salaires. Selon les syndicats, les retenues opérées sur les rémunérations des enseignants violent les dispositions de ce texte international ratifié par le Sénégal. En portant l’affaire devant le BIT, le G7 cherche à donner une dimension internationale au conflit et à mettre l’État face à ses engagements en matière de droits du travail. «Le dialogue semble aujourd’hui être délaissé au profit de la confrontation», déplorent les syndicats.
Face à ce qu’ils qualifient de blocage, les syndicats ont décidé de maintenir la pression. Leur sixième plan d’action est en cours d’exécution et se traduit notamment par le boycott des évaluations scolaires ainsi que par une grève totale observée ce vendredi 13 mars. Une stratégie destinée à rappeler au gouvernement que la crise ne pourra être résolue sans concessions significatives.
Fatou DIOP