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PLENIERE SUR LA LFR 2026 : MARDI DE VERITE OU DE RUPTURE : L’Assemblée va-t-elle amender la loi ou renverser le gouvernement ?




 
 
Pour une seule loi, le Sénégal a vécu en une après-midi deux conférences de presse, qui en ont entrainé d’autres en cascade. Dimanche, 16h, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo s’y est exercé au Building Mamadou Dia. Le même jour, à 17h, à la Résidence Serigne Abass Sall, Pastef a répliqué. Entre les deux, 60 minutes chrono, 340 milliards de recettes envolées, 555 milliards d'investissements rééchelonnés, et une question : l'Assemblée va-t-elle aujourd’hui amender ou renverser ?
 
Dimanche dernier, le Premier ministre Al Aminou Lo a voulu jouer au pédagogue. Entouré du ministre des Finances Cheikh Diba et d’autres ministres, il a défendu bec et ongles la loi des finances rectificative n°40/2026. Dont les caractéristiques sont une croissance ramenée de 5% à 2,7%, un déficit à 7,6%, des recettes réévaluées de 6188,8 à 5848,7 milliards. Son argument massue : « il n'y aura pas de shutdown. Mais sans Lfr, le Btp est sans trésorerie, les arriérés de l'Etat ne sont pas payés, le secteur privé local s'asphyxie ». Et sa supplique, article 82 en main, c’est de prier les députés d’user de leurs prérogatives d’amender : « il y a une différence entre amendement et obstruction. Ne punissez pas le peuple. Déposez vos amendements par écrit ».
 
Amendez, n’obstruez pas
 
Il a aussi tenté d'éteindre l'incendie Sonko. Révélant avoir sollicité un dialogue institutionnel dès le 8 septembre, relancé le 15 octobre, en n'obtenant qu'un « je vais voir » puis un appel à débat public télévisé. Sa réponse fut cinglante : « ça ressemblait à quoi ? À une république bananière ? La Constitution ne permet pas au Premier ministre de débattre avec la deuxième personnalité de l'Etat hors campagne ». Il montre ses bonnes dispositions : « dès demain, si vos portes me sont ouvertes, je viens avec tous les ministres ».
 
Bourses familiales : un progrès social financé par la dette
 
Une heure plus tard, la réplique préprogrammée tombe. Amadou Ba, député Pastef et vice-président de l’Assemblée nationale, visage fermé, sonne la première charge. Au Pm qui les invitait « solennellement à transformer leur point de presse en conférence de presse », il répond : « cette question ne le concerne pas. Qu'il se concentre sur l'essentiel ». L'essentiel, Pastef le chiffre : les bourses familiales. De 35 à 70 milliards en 2026, 140 milliards dès 2027 pour passer de 400.000 à 1 million de ménages. Un progrès social, oui. Mais financé comment ? « Entièrement par la dette », assène Amadou Ba. « 70 Mds en 2026 + 140+140+140 = 490 Mds jusqu'en 2029 puisés dans le CERP de la Banque mondiale, remboursables sur 30 ans. S'endetter pour consommer, pas pour structurer ». Alors que la doctrine pour Pastef, c’est la dette pour les projets structurants, créateurs d'emplois, pas pour le fonctionnement.
El Malick Ndiaye, premier vice-président de l'Assemblée, a enfoncé le clou : « on ne peut pas nous rabaisser et ensuite parler de dialogue. Et il n'y a pas de blocage des bourses ». Ce qui signifie que Pastef ne dit pas non au social. Il dit non à la méthode.
 
Les trois chemins qui mènent à la place Soweto
 
Le décor ainsi campé, ce mardi 27 octobre à 10h, trois chemins s’offrent aux députés et au gouvernement pour rejoindre l’hémicycle de la place Soweto.
Le premier, celui de l'amendement. Pastef dépose des amendements précis, chiffrés, sur l'encadrement légal des fonds spéciaux – les fameuses caisses noires –, sur la transmission des accords Banque mondiale après deux ans de blocage sur la dette cachée, sur la réduction du train de vie de l'Etat, à travers la suppression d’agences. Al Aminou Lo et son gouvernement acceptent de les intégrer. La Lfr 2026 passe, amendée, et sauve le programme de 2,2 milliards de dollars avec le Fmi.
 
Vote bloqué…
 
Le second, celui du vote bloqué. L'article 86 alinéa 6 de la Constitution entre en jeu et dispose : « le Premier ministre peut, après délibération du conseil des ministres, engager la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale sur le vote d’un projet de loi de finances. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté… » Juridiquement, c’est possible et ne souffre d’aucune entrave. Mais politiquement, c’est explosif. Car Ousmane Sonko a prévenu le 19 octobre : « s'il y a vote bloqué, on rejette tout ».
 
…motion de censure
 
Et c’est là qu’intervient la deuxième partie de la 86-6 : « …sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l’alinéa précédent ». En clair, il y a motion de censure dans la foulée, sans aucune difficulté aussi avec 130 députés sur 165. L’alinéa 5 indique : « la motion de censure est votée au scrutin public, à la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale ; seuls sont recensés les votes favorables à la motion de censure… » Préalablement à ce vote, la motion est présentée par un 1/10 des députés minimum (17) et le vote a lieu 2 jours après le dépôt de la motion sur le bureau du président de l’Assemblée.
Le 86-5 poursuit : « …si la motion de censure est adoptée (Ndlr : 83 voix minimum), le Premier ministre remet immédiatement la démission du gouvernement au président de la République… ». Le gouvernement Lo tombe. Et on retourne à la case départ.
 
Pourrissement : Lfr rejetée, Lfi maintenue, un statuquo dont on cherche le responsable
 
Le troisième chemin, c’est celui du pourrissement. La plénière rejette, le gouvernement n'engage pas sa responsabilité. La Lfr va à la corbeille. La Lfi 2026 reste de vigueur. Pas de vide juridique, assure la Primature. Mais pas de 200 milliards pour l'arachide, pas de liquidités pour ls arriérés dus au Btp, et un Fmi qui attend.
Dimanche à 18h, un député Pastef confiait : « le Pm nous demande de ne pas punir le peuple. Mais c'est lui qui punit le peuple en s'endettant pour consommer ». Dimanche à 16h, le Pm confiait : « je suis prêt à aller à l'Assemblée ce soir même ».
Ce mardi, à 10h, on saura si c'est une Lfr ou une crise de régime qui est à l'ordre du jour.
Mansour KANE
 
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