La colère des transporteurs atteint un point de rupture. Après une énième réunion jugée peu concluante avec les autorités, Gora Khouma brandit la menace d’une grève générale. Le syndicaliste accuse l’inaction de l’État face à des revendications anciennes et un secteur au bord de l’asphyxie.
Face à ce qu’ils considèrent comme un mépris persistant des autorités, les acteurs du transport routier durcissent leur position. Les camarades du syndicaliste, Gora Khouma agitent ouvertement la menace d’une paralysie totale du secteur. À l’issue d’une rencontre de concertation avec le ministère des Transports, la déception est palpable, et la rupture semble proche. Pour Gora Khouma, « il ne s’agit plus de simples doléances, mais d’un cri d’alarme face à un État jugé défaillant. Nous avons vidé notre sac. Nous étions dans l’obligation de le faire », a-t-il martelé, traduisant l’exaspération d’une profession qui dit ne plus pouvoir continuer dans les conditions actuelles.
Une réunion sans ministre, symbole du malaise
Déjà, le contexte de la rencontre a laissé un goût amer. L’absence du ministre Yancoba Diémé, représenté par son secrétaire général, est perçue comme un signal négatif par les transporteurs. Pour beaucoup, elle illustre le peu de considération accordé à un secteur pourtant vital pour l’économie nationale. « Nous avons été écoutés, certes. Mais être écouté ne suffit plus. L’État doit agir », a insisté Gora Khouma. Derrière cette déclaration, un constat, « les concertations se multiplient, mais les décisions concrètes tardent, voire n’arrivent jamais », laisse-t-il entendre.
Contrôles routiers, l’étouffement organisé
Au cœur de la colère, la question des contrôles routiers cristallise toutes les tensions. Les transporteurs dénoncent « une prolifération anarchique des postes de contrôle, aussi bien en zone urbaine que sur les axes interurbains. Nous ne sommes pas contre les contrôles. Mais il y en a trop », tranche Gora Khouma. Pour les professionnels, « cette multiplication des points de vérification ralentit considérablement les trajets, alourdit les charges et impacte directement la rentabilité », laisse entendre le syndicaliste dans tous ses états.
Un Etat accusé d’incohérence
Plus grave encore, les syndicats pointent du doigt « une contradiction flagrante au sommet de l’État ». A l’en croire, les contrôleurs routiers bafouent le décret pour appliquer l’arrêté. Il argue. « Un décret présidentiel limite clairement le nombre de postes de contrôle à trois sur certains corridors. Pourtant, sur le terrain, cette règle est largement ignorée. On applique un arrêté, mais on bafoue un décret », dénonce Gora Khouma qui ajoute que « c’est une situation jugée inacceptable et révélatrice d’un dysfonctionnement profond de l’appareil étatique ».
Pour les transporteurs, cette incohérence mine la crédibilité des institutions et alimente un sentiment d’injustice. « Soit l’État applique ses textes, soit il les abroge. Mais il ne peut pas entretenir ce flou », insiste le responsable syndical.
Tarifs figés, secteur fragilisé
À cette pression administrative s’ajoute une réalité économique de plus en plus difficile. Selon le syndicaliste, « les tarifs du transport routier n’ont pas été révisés depuis 2008, malgré l’inflation et l’augmentation des coûts du carburant, des pièces détachées et de l’entretien. Résultat, des tensions permanentes dans les gares, des incompréhensions entre conducteurs et usagers, et un secteur qui fonctionne à perte. Cela ne peut plus durer », avertissent les transporteurs, qui exigent une revalorisation urgente pour rétablir un équilibre devenu précaire.
Face à cette accumulation de griefs, les autorités ont proposé « la mise en place d’un comité ad hoc censé regrouper plusieurs ministères comme celui des Transports, de l’Intérieur, des Forces armées, des Finances pour réfléchir à des solutions ». Certes, des pistes ont été évoquées « avec une période d’évaluation de six mois, révision des restrictions horaires, meilleure organisation du transport. Mais aucune mesure immédiate n’a été actée, alimentant davantage la frustration », lance le syndicaliste.
La grève, désormais inévitable ?
Dans ce climat tendu, la menace d’une grève générale n’est plus une simple hypothèse. Elle devient une option sérieusement envisagée, à l’en croire. « Si rien n’est fait, nous serons dans l’obligation d’aller en grève », prévient Gora Khouma. Ainsi, le syndicaliste met l’Etat devant ses responsabilités pour apporter une solution définitive à la situation qui asphyxie les transporteurs.
Fatou DIOP