La décision du ministère des Finances de s’opposer au paiement des pécules accordés aux élèves professionnels de l’École nationale des travailleurs sociaux spécialisés provoque une vive colère du Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale. Dans un communiqué au ton particulièrement virulent, le syndicat dénonce une remise en cause d’acquis sociaux « obtenus de haute lutte » et accuse le ministre des Finances Cheikh Diba de mener une politique de restrictions budgétaires ciblant les travailleurs de la santé et de l’action sociale. Au cœur de la polémique : une lecture stricte des textes de la Fonction publique opposée à plusieurs décennies de pratiques administratives et d’accords syndicaux.
La tension monte d’un cran entre le gouvernement sénégalais et les syndicats du secteur de la santé et de l’action sociale. En cause, la décision du ministère des Finances et du Budget de bloquer l’attribution de pécules aux élèves professionnels de l’École nationale des travailleurs sociaux spécialisés pour la session 2025-2026, après une mesure similaire visant déjà les élèves de l’École nationale de développement sanitaire et social.
Le syndicat accuse le ministre des Finances Cheikh Diba de refuse de signer le projet d’arrêté interministériel qui l’attribue.
Le document, transmis par le ministère de la Santé, prévoyait l’octroi d’un pécule mensuel équivalent à 50% du salaire net du mois de novembre de l’année d’admission des élèves concernés. Mais pour le ministère des Finances, une telle disposition ne repose sur aucun fondement juridique.
Pour le ministère des Finances, aucune disposition jurique ne le permet
Le ministre souligne qu’«aucune disposition juridique» ne prévoit le versement d’un pécule supplémentaire, aussi bien pour les fonctionnaires que pour les agents non-fonctionnaires de l’État admis à des concours professionnels.
Plus encore, le ministre des Finances estime que maintenir ce dispositif au profit des seuls élèves de l’Entss constituerait une «rupture du principe d’égalité», dans la mesure où les élèves professionnels d’autres écoles nationales ne bénéficient pas d’un traitement similaire.
Une argumentation juridique qui n’a manifestement pas convaincu le Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale. Dans un communiqué publié le 8 mai 2026 sous le titre particulièrement offensif : « Monsieur le Ministre des Finances, trop c’est trop : la coupe est pleine !!! », le syndicat accuse frontalement Cheikh Diba de s’attaquer méthodiquement aux acquis sociaux des travailleurs du secteur.
Le syndicat rappelle que le pécule accordé aux élèves professionnels de l’Endss avait été obtenu «au prix d’une âpre lutte» en 2006 sous le magistère de l’ancien ministre de la Santé Abdou Fall. Il ajoute que les montants avaient ensuite été revalorisés dans le cadre des accords issus du protocole du 17 février 2014 signé entre le gouvernement et le Sutsas sous les ministres Awa Marie Coll Seck et Mansour Sy.
Pour le syndicat, la décision actuelle revient donc à remettre en cause des engagements formels de l’État issus du dialogue social. «Voilà que M. Cheikh Diba nous fait comprendre que ses prédécesseurs ignoraient en satisfaisant notre revendication que le statut général des fonctionnaires ne le permettait pas», écrit le syndicat, qui va jusqu’à évoquer les «fonds communs» dont bénéficierait le ministre des Finances, s’interrogeant publiquement sur leur conformité avec le Statut général de la Fonction publique.
Au-delà de la question des pécules, le syndicat dresse un réquisitoire beaucoup plus large contre la politique budgétaire conduite par le ministère des Finances. Il accuse Cheikh Diba d’avoir soutenu une diminution du budget du ministère de la Santé ainsi qu’une réduction drastique des ressources allouées à l’action sociale.
Selon le communiqué, ces coupes budgétaires ont notamment privé «des milliers de personnes en situation de handicap» de bourses familiales. Le syndicat dénonce également des retards dans le paiement de certaines indemnités, notamment les heures supplémentaires des chefs de poste de santé et des sages-femmes, ainsi que le non-paiement du deuxième trimestre du Fonds de motivation destiné au personnel étatique.
Le Sutsas évoque aussi des «coupures exagérées de salaire pour faits de grève», dénonçant une situation financière devenue difficile pour de nombreux agents confrontés à des engagements bancaires, à quelques semaines de la Tabaski.
Le climat social risque désormais de se tendre davantage dans le secteur de la santé et de l’action sociale. Dans son communiqué, le Sutsas appelle ses militants à la «vigilance» et à la «riposte» contre ce qu’il qualifie de logique gouvernementale de «dénégation et de sabordage» des acquis syndicaux.
Le syndicat évoque également la poursuite du «10e plan d’actions » de l’Asas And Gueusseum dans une phase «d’intensification de la radicalisation de la lutte». Une formulation qui laisse présager de nouvelles mobilisations dans les prochains jours.
Sidy Djimby NDAO