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PAUVRETE MULTIDIMENSIONNELLE : Près d'un Sénégalais sur deux concerné, selon le Pnud et Oxford




 
8,149 millions de Sénégalais vivent dans la pauvreté. Selon la mise à jour statistique 2026 de l'Indice de pauvreté multidimensionnelle mondial (Pnud et Université d'Oxford), 8,3 millions de personnes (projection 2024) vivent au Sénégal en pauvreté aiguë. Le pays fait tout de même mieux que la moyenne subsaharienne, mais n'a pas réduit de moitié son indice.
 
 
Le rapport couvre 108 pays et 6,3 milliards d'habitants. Il dénombre 1,2 milliard de pauvres multidimensionnels, soit 18,9% de la population étudiée. Parmi eux, 534 millions (44,6%) sont en pauvreté sévère, et 952 millions de plus sont jugés vulnérables. Plus de la moitié des pauvres sont des enfants (51,5%, soit 617 millions). L'Afrique subsaharienne en compte 616 millions, plus que toutes les autres régions réunies, avec une incidence moyenne de 51,4%.
 
Comment la pauvreté est mesurée
 
Ici, la pauvreté ne se mesure pas au revenu, mais aux privations vécues au quotidien. Le rapport retient dix indicateurs répartis en trois dimensions. La santé comprend la nutrition et la mortalité infantile. L'éducation comprend les années de scolarité et la fréquentation scolaire. Le niveau de vie comprend le combustible de cuisson, l'assainissement, l'eau potable, l'électricité, le logement et les biens durables, comme la radio, le téléphone ou le réfrigérateur. Un ménage est « privé » d'un indicateur s'il ne remplit pas son critère, par exemple s'il cuisine au bois ou au charbon.
Les indicateurs ne pèsent pas tous pareil. Santé et éducation comptent chacune pour un tiers du total, et les indicateurs du niveau de vie se partagent le dernier tiers. Une personne est dite pauvre lorsque ses privations pondérées atteignent au moins un tiers du total. Trois notions en découlent. L'incidence est la part de la population qui franchit ce seuil. L'intensité mesure la gravité de la pauvreté chez ceux qui sont pauvres, c'est-à-dire la part des privations qu'ils subissent en moyenne. L'indice de pauvreté multidimensionnelle est le produit des deux. Il va de 0 (aucune pauvreté) à 1 (privation totale) et baisse quand il y a moins de pauvres, ou quand les pauvres sont moins privés.
 
Le Sénégal en chiffres
 
 L'indice du pays s'établit à 0,226. Il résulte d'une incidence de 45,1 % et d'une intensité de 50,2%, ce qui donne bien 0,451 × 0,502, soit environ 0,226. Cela signifie que 45,1% de la population est multidimensionnellement pauvre, soit 8,149 millions de personnes à la date de l'enquête et 8,340 millions selon la projection 2024. Les pauvres sont privés en moyenne de la moitié des indicateurs pondérés (50,2%).
La pauvreté sévère, qui désigne les personnes privées d'au moins la moitié des indicateurs pondérés, touche 22,7% de la population. Les personnes vulnérables, dont les privations se situent entre 20% et un tiers, représentent 20,2%. Elles ne sont pas classées pauvres, mais restent exposées.
Comparé à l'Afrique subsaharienne, le Sénégal fait mieux sur chaque indicateur. La région affiche un indice de 0,270, une incidence de 51,4%, une intensité de 52,6% et 28,6% de pauvreté sévère. L'indice sénégalais reste pourtant 2,5 fois supérieur à celui de l'ensemble des pays en développement (0,092). Chez nos voisins, l'incidence est plus lourde : 64,4% au Mali, 58,4% en Mauritanie, 66,2% en Guinée et 64,4% en Guinée-Bissau. Seule la Gambie fait un peu mieux, avec 41,7%.
 
Une pauvreté d'abord éducative
 
Le profil sénégalais se distingue de celui de la région. En Afrique subsaharienne, les conditions de vie expliquent environ la moitié de l'indice (48,5%). Au Sénégal, c'est l'éducation qui pèse le plus, avec 46,2%, devant le niveau de vie (29,2%) et la santé (24,7%).
Les tableaux du rapport indiquent aussi, pour chaque indicateur, la part de la population qui est à la fois pauvre et privée de ce service. En 2023, elle est de 39,7% pour le combustible de cuisson, 38,0% pour la fréquentation scolaire, 26,5% pour la nutrition, 24,7 % pour les années de scolarité, 22,8% pour l'assainissement, 21,8% pour le logement, 19,5% pour l'électricité, 9,6% pour l'eau potable, 7,0% pour la mortalité infantile et 5,5% pour les biens durables.
Côté revenus, 37,5% des Sénégalais vivent sous le seuil national de pauvreté et 17,9% sous le seuil international de 3 dollars par jour, calculé en parité de pouvoir d'achat (base 2021). Le taux multidimensionnel est donc nettement plus élevé que le taux monétaire international.
 
Treize ans de progrès, mais pas assez vite
 
Le Sénégal fait partie des treize pays disposant de quatre points de mesure. L'indice est passé de 0,345 en 2010-2011 à 0,286 en 2017, puis 0,263 en 2019 et 0,226 en 2023, soit une baisse d'environ 34,5%. L'incidence a reculé de 61,3% à 45,1% et l'intensité de 56,3% à 50,2%. Une réserve s'impose : entre deux enquêtes consécutives, seule la baisse de 2010-2011 à 2017 est statistiquement significative. Les écarts de 2017 à 2019 et de 2019 à 2023 ne le sont pas, au seuil de 95%.
Les avancées les plus nettes concernent les services de base. La privation en électricité est passée de 38,6% à 19,5%, l'assainissement de 42,1% à 22,8% et l'eau potable de 23,5% à 9,6%. Le combustible de cuisson recule de 53,2% à 39,7% et le logement de 37,1% à 21,8 µ%. La fréquentation scolaire passe de 47,7% à 38,0% et reste la deuxième privation la plus répandue. La nutrition recule de 39,4% à 26,5%, mais n'a presque pas bougé depuis 2019 (26,8%). La mortalité infantile était tombée de 13,7% à 5,8% en 2019, avant de remonter à 7,0% en 2023, une hausse non significative statistiquement. Les biens durables sont passés de 8,0% à 5,5%.
Le Sénégal ne figure pas parmi les 33 pays qui ont réduit de moitié leur indice en moins de quinze ans. La Chine y est parvenue en quatre ans, le Vietnam en sept, et l'Inde est passée de 0,283 à 0,069 en 14,5 ans. Le nombre de pauvres sénégalais est resté proche de 8 millions : 7,95 millions en 2010-2011, 8,149 millions en 2023. Le rapport décrit un schéma voisin pour l'Angola et la Zambie, où la pauvreté recule alors que la croissance démographique fait monter le nombre de pauvres. Le Sénégal est par ailleurs l'un des 15 pays subsahariens où, sur au moins une période, l'indice des adultes a baissé plus vite que celui des enfants.
Samba THIAM
 
LES ECHOS

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