PATRIMOINE DES AUTORITÉS PUBLIQUES : L’Ofnac dénonce un taux faible des déclarations et révèle que “huit ministères et institutions” ne sont pas à jour




 
 
 
Le président de l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption, Moustapha Ka, a dressé un tableau préoccupant de l’état des déclarations de patrimoine au sein de l’administration publique sénégalaise, tout en mettant en avant la “nouvelle dynamique” engagée par l’institution dans la lutte contre la corruption depuis l’installation de la nouvelle équipe dirigeante fin décembre 2025.
 
Invité de l’émission Point de vue animée par Omar Gningue, le magistrat a révélé que plusieurs ministres et chefs d’institutions ne sont toujours pas en conformité avec leurs obligations déclaratives, malgré les nouvelles dispositions introduites par la réforme de 2025. «Nous avons aujourd’hui un très faible taux», a reconnu Moustapha Ka, précisant que l’Ofnac a identifié 1594 assujettis à la déclaration de patrimoine, alors que seulement 558 déclarations ont été effectivement déposées jusque-là. Le président de l’Ofnac a également indiqué que huit ministères et institutions n’ont pas encore transmis leurs listes nominatives, pourtant indispensables pour assurer le suivi des obligations prévues par la loi.
 
“Des ministres ne sont pas encore à jour”
 
«Il y a des ministres qui n’ont pas encore fait leur déclaration de patrimoine», a déclaré Moustapha Ka, ajoutant que certains retards remontent encore “à l’ancien dispositif”. Le responsable de l’Ofnac affirme avoir privilégié pour l’instant une approche “diplomatique et pédagogique” avant d’enclencher les sanctions prévues par les textes. Il a toutefois averti que les autorités récalcitrantes finiront par être sanctionnées si elles persistent dans leur refus de se conformer à la loi. Le président de l’Ofnac précise également que des chefs d’institutions figurent parmi les autorités qui n’ont toujours pas satisfait à leurs obligations déclaratives.
 
 
Les noms des défaillants pourront être publiés
 
Interrogé sur la publication des déclarations de patrimoine, sujet récurrent dans le débat public, Moustapha Ka a rappelé que la loi actuelle ne permet pas de rendre publics les contenus détaillés des patrimoines des ministres et chefs d’institutions, contrairement au président de la République conformément à l’article 37 de la Constitution. «La loi ne prévoit pas la publication du contenu des déclarations», a-t-il expliqué. En revanche, l’Ofnac pourra publier les noms des autorités qui refusent de satisfaire à leurs obligations déclaratives sur son site internet, au Journal officiel et “par tout moyen de diffusion publique”. Le président de l’Ofnac précise également que les noms des responsables ayant respecté leurs obligations pourraient eux aussi être rendus publics “pour les encourager”.
 
 
Un cas dans le secteur de la santé et un autre dans la presse
 
Le président de l’Ofnac a également insisté sur l’évolution des méthodes d’intervention de l’institution. Il révèle que deux dossiers d’autosaisine ont été enregistrés depuis l’arrivée de la nouvelle équipe dirigeante le 29 décembre 2025. «De 2012 à 2025, l’Ofnac n’avait connu que deux autosaisines. Ce qu’on a fait en douze ans, nous l’avons fait en moins d’un an», a-t-il affirmé. Les dossiers concernent notamment les secteurs de la santé et de la presse, même si le responsable de l’Ofnac invoque le secret de l’enquête pour éviter davantage de détails.
 
 
107 plaintes, 189 auditions et 147 réquisitions
 
Depuis l’entrée en fonction de la nouvelle équipe, l’Ofnac affirme avoir enregistré 107 plaintes et dénonciations. Selon Moustapha Ka, cet afflux traduit “l’engouement” suscité par les réformes engagées depuis l’alternance de 2024, notamment le renforcement des pouvoirs de l’institution, l’adoption d’une loi sur les lanceurs d’alerte et celle relative à l’accès à l’information.
Sur les 107 plaintes reçues, 33 ont été classées sans suite parce qu’elles ne relevaient pas du champ de compétence de l’Ofnac. En revanche, 27 ordres d’ouverture d’enquête ont déjà été signés et six autres projets sont en cours de transmission au département des investigations. Deux rapports d’enquête finalisés ont déjà été transmis, tandis que trois autres sont actuellement “en phase de transmission”.
L’Ofnac revendique également une activité soutenue dans le cadre des investigations. Selon son président, 189 personnes “de tous rangs et de tous statuts” ont déjà été convoquées et entendues. L’institution a par ailleurs adressé 147 réquisitions et demandes de concours à plusieurs administrations et structures financières afin de vérifier des comptes bancaires, des mouvements financiers, des cartes grises ou encore des titres fonciers. «Le refus de donner l’information sollicitée est constitutif d’infraction», a averti Moustapha Ka, précisant que toute administration réticente pourrait être poursuivie devant les juridictions compétentes.
 
Santé, foncier et transport parmi les secteurs ciblés
 
Le président de l’Ofnac a enfin identifié plusieurs secteurs particulièrement exposés aux dossiers traités actuellement par l’institution. Parmi eux figurent les collectivités territoriales, la santé, l’action sociale, l’habitat, le foncier, le transport, la formation professionnelle et l’environnement. Il évoque notamment “l’extorsion au niveau du contrôle routier” dans certains dossiers liés au secteur des transports.
Le magistrat a également indiqué que l’Ofnac peut être saisi de faits de corruption impliquant des Sénégalais établis hors du territoire national, notamment dans les représentations diplomatiques.
 
“Les résultats seront visibles devant la justice”
 
«Ce n’est pas n’importe quel rapport qui est transmis», a insisté Moustapha Ka en expliquant que chaque dossier fait l’objet d’un examen par une assemblée composée de douze membres indépendants, parmi lesquels des magistrats, universitaires, administrateurs civils et représentants de la société civile.
Selon lui, les résultats du travail de l’Ofnac seront véritablement visibles lorsque les autorités judiciaires engageront des poursuites ou convoqueront les personnes mises en cause.
 
Samba THIAM (avec la Rts1)
 
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