L’élection de Ousmane Sonko à la tête du parlement sénégalais fait partie sans doute des plus controversées. Si son clash avec le président Bassirou Diomaye Faye lui a valu son limogeage comme Premier ministre, vendredi 22 mai, quatre jours plus tard, il accède au perchoir de l’Assemblée nationale. Un timing assez suspect aux yeux du Front pour la défense de la démocratie et de la République (Fdr). Les opposants réunis autour dudit Front accusent donc le groupe parlementaire de la majorité d’avoir ourdi son plan, pour préparer le retour de Ousmane Sonko depuis plus d’un an avec la modification du Règlement de l’Assemblée.
Un coup d’Etat parlementaire, voilà comment le Fdr qualifie la réintégration et l’élection de Ousmane Sonko en tant que président de l’Assemblée nationale. Pour ces opposants, cette «forfaiture est le dernier acte d'un complot ourdi depuis près d'un an et exécuté froidement, étape après étape», assure le Fdr qui explique : «le 27 juin 2025, sous couvert de réformer le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, la majorité mécanique de Pastef posait les premiers jalons du recyclage illégal de son leader. En effet, avec la réforme de l'article 56 de la proposition de loi portant Règlement intérieur, Pastef cherchait à transformer l'Assemblée nationale en un véritable tribunal populaire. Le projet prévoyait de s’octroyer le droit de convoquer, manu militari, n'importe quel citoyen, d'auditer des députés au mépris de leur immunité et de soumettre ministres et magistrats (voire le président de la République !) selon le bon vouloir de la majorité parlementaire. Bref, il s'agissait d'anticiper l'accaparement de tous les pouvoirs par le... futur président de l'Assemblée nationale !».
Heureusement, assure le Fdr, le Conseil constitutionnel a censuré ces dérives d'un autre âge. Malgré tout, en imposant, avec la modification de l'article 15, l'élection immédiate d'un nouveau président de l'Assemblée en cas de démission du titulaire, Pastef préparait le terrain pour le coup de force aujourd’hui vécu. «Son objectif étant de prendre les Sénégalais de court et d’engager une guerre de clans ne pouvant qu’être destructrice. Nous savons tous que Sonko, en restant membre du gouvernement, ne pouvait plus être député depuis 2024, avec ou sans lettre de démission, en application de l’article LO172 du Code électoral. Le cœur du scandale a été la modification de l’article 124 du Règlement intérieur pour préparer l'installation illégale de l’ancien Premier ministre. Pourtant, la Constitution à son article 54 est limpide : pour organiser le retour d'un ministre qui fut député avant d’être membre du gouvernement – ce qui n’est pas le cas de Sonko -, il faut une loi organique qui doit être, en toute cohérence, insérée, comme toutes les dispositions relatives aux élections des députés, dans le Code électoral. Une exigence constitutionnelle contournée par l’insertion de nouvelles dispositions dans le Règlement intérieur, dispositions qui, dans leur mouture actuelle, essaient de régler de manière flagramment inopérante le seul cas de Sonko qui, encore une fois, ne saurait être concerné», indique le Fdr.
Panique
A en croire les membres du Fdr, l’enchainement des derniers événements traduit une véritable panique. «En effet, pressés par les investigations en cours, les députés de Pastef ont violé la Constitution, le Code électoral et les règles de fonctionnement de l'Assemblée nationale en vue de conférer, d'urgence, à leur Gourou une immunité parlementaire. Et dans son premier discours, ce Gourou a persisté dans son entreprise de sabordage de la République en parlant au nom du parti Pastef du haut du perchoir de l’Assemblée nationale, rabaissant cette dernière au rang de section du Pastef ou d’arme de premier plan dans la guerre ouverte entre les factions du parti au pouvoir», déplorent-ils.
Face à cette ‘’atteinte grave au fonctionnement régulier de nos institutions’’, le Fdr dit appeler l'ensemble des forces vives du Sénégal à ne pas faiblir et à organiser une riposte à la hauteur de la forfaiture. Ils estiment qu’il faut «exiger et obtenir la démission immédiate et sans condition de Ousmane Sonko, président illégal et illégitime de l'Assemblée nationale», lâche, amer, le Fdr.
Nd. Kh. D. F