En tournée dans le Jolof pour la vente des cartes de Pastef, Ousmane Sonko hausse le ton. À Dahra, devant une foule fortement mobilisée malgré une pluie battante, le président de Pastef-Les Patriotes a livré un discours aux allures de mise en garde. Selon lui, le pouvoir travaille à provoquer son parti pour justifier sa dissolution et récupérer son récépissé, dans le but de l’écarter des prochaines échéances électorales. Face à ce qu’il présente comme une stratégie de déstabilisation, le leader de Pastef appelle ses militants au calme, à la discipline et à ne répondre à aucune provocation.
La pluie n’aura pas eu raison de la mobilisation militante. À Dahra, Ousmane Sonko a été accueilli par une forte affluence de militants et de sympathisants de Pastef, venus participer à l’opération de promotion et de vente des cartes du parti. Une mobilisation qui intervient dans un contexte politique particulièrement tendu et que le président de Pastef entend manifestement transformer en démonstration de force. Mais au-delà de la campagne d’adhésion, le leader des Patriotes a surtout profité de son passage à Dahra pour adresser un message politique de fond à ses troupes.
« Les Sénégalais ne se sont pas battus pour ça »
Ousmane Sonko a dénoncé un éloignement des engagements pris devant les Sénégalais. Pour lui, le changement espéré par les électeurs ne saurait se résumer à une alternance de personnes au sommet de l’État. « Les Sénégalais n’avaient pas voté pour ce qui se fait actuellement au pouvoir », a-t-il lancé, avant de dénoncer les pratiques qu’il assimile à celles de l’ancien système.
L’ancien Premier ministre s’en est pris aux pratiques consistant à « acheter des maires et autres leaders » à travers des mécanismes politiques qu’il a combattus avec ses compagnons. « Les Sénégalais ne se sont pas battus pour ça. Les gens ne sont pas morts pour ça », a-t-il martelé, rappelant ainsi le lourd tribut politique et humain payé par les militants et sympathisants de Pastef avant l’arrivée au pouvoir du camp présidentiel.
Pour Sonko, le mandat confié par les électeurs devait ouvrir la voie à une transformation profonde du système. Or, estime-t-il, « c’est ce même système qui est au palais ».
Sonko répond à Diomaye
C’est toutefois sur le terrain électoral que le leader de Pastef a porté son attaque la plus lourde. Selon Ousmane Sonko, certaines institutions pourraient être utilisées pour « manigancer les élections », filtrer les candidatures et, in fine, empêcher le peuple de choisir librement ses représentants. « En démocratie, c’est le seul peuple qui est souverain, pas les institutions », a-t-il déclaré, avant d’affirmer que certains responsables pourraient chercher à instrumentaliser les institutions dans une perspective électorale.
Mais surtout, Sonko a révélé ce qu’il présente comme un scénario actuellement envisagé contre son parti : provoquer Pastef afin de créer les conditions permettant sa dissolution. « Ils sont dans des calculs de provoquer Pastef pour enfin le dissoudre et récupérer le récépissé. Ça fait partie de leurs calculs », a-t-il affirmé.
« Je sais beaucoup de choses… »
Face à ce qu’il décrit comme un risque de provocation, Ousmane Sonko a demandé à ses militants de ne pas tomber dans le piège. « Je sais beaucoup de choses. C’est pour cela que je vous demande d’être calmes, sereins et intelligents, de ne pas répondre à la provocation », a-t-il lancé.
« Mon plus grand souhait, c’est la dissolution de l’Assemblée nationale »
Ousmane Sonko n’a pas non plus caché ses ambitions électorales. Évoquant les prochaines élections, il a déjà placé le curseur sur les Locales. « S’il organise les locales en janvier 2027, on le corrigera », a-t-il lancé.
Plus loin, il a également exprimé son souhait de voir l’Assemblée nationale dissoute, promettant une nouvelle démonstration de force dans le cadre de législatives anticipées. « Mon plus grand souhait, c’est la dissolution de l’Assemblée nationale. Il sera lamentablement battu aux élections législatives », a-t-il déclaré. Le ton est donné.
Sonko traite de momies et de zombies politiques ses détracteurs qui « ciraient » ses chaussures
En visite au siège de Pastef à Linguère, Ousmane Sonko a répondu aux attaques de responsables du parti présidentiel, Kiiraay, qui l’ont pris à partie après le meeting de Dahra. « Toutes ces attaques contre ma personne, c’est par manque de volonté politique, manque de capacité qu’ils le font. Mais surtout par pure méchanceté », a-t-il déclaré dimanche, au lendemain du meeting de Dahra.
Répondant à Mary Teuw Niane, Sonko assène : « vous avez remarqué que l’encens provoqué par les manifestations grandioses, la vente des cartes de Pastef, est rallumé. Ils ont commencé à écrire sur les réseaux sociaux. Ils sont devenus des momies politiques, des zombies politiques. Comme ils ont l’audace et le courage d’écrire, vous les entendrez dans les jours à venir m’attaquer à outrance. Ne soyez pas surpris », lâche le leader de Pastef.
Sonko d’enchaîner : « tous ces gens-là qui m’attaquent, avant la séparation, ils disaient que j’étais le Messie et non celui qu’ils décrivent aujourd’hui. J’étais leur idole, car ils comptaient sur moi pour être maire, pour garder leur poste ; et même leur nouveau messie » dit-il. Et d’ajouter : « quand ils avaient besoin de postes, ils me ciraient les chaussures », lance-t-il.
Fatou DIOP