Trois mois après la sortie de son livre «Ousmane Sonko-Adji Sarr : l’histoire», Les Éditions Du Quotidien, Madiambal Diagne revient au-devant de la scène avec un nouvel ouvrage sur Macky Sall, le président de la République. Son titre : «Macky Sall derrière le masque», Les Éditions Du Quotidien. Dans le livre de 355 pages, l’auteur aborde les coulisses du pouvoir sénégalais et ses discussions personnelles avec Macky Sall et son épouse, mais également des anecdotes relevant du domaine strictement privé, voire intime. D’autres histoires liées à d’autres personnalités politiques de notre époque comme, comme le Pr Serigne Diop, dont il balance «le loupé». Abdoul Mbaye, Aminata Touré et Mahammed Boun Abdallah Dionne et leurs aspirations à remplacer Macky Sall sont cités dans l’ouvrage. C’est aussi le cas de l’ancien maire de Dakar à qui l’auteur consacre un chapitre entier avec un titre révélateur : «Khalifa Sall, naïf… jusqu'en prison». Madiambal Diagne aborde l’important rôle de la Première dame aux côtés du Président. Madiambal Diagne, dans ce livre, transporte le lecteur dans les dédales du pouvoir politique sénégalais, dévoilant des anecdotes «croustillantes» et des moments privilégiés vécus au sein du jardin privé du Président.
Dans son livre «Macky Sall : derrière le masque», Madiambal Diagne réserve une bonne place aux différents Premiers ministres de Macky Sall. C’est donc tout naturellement que l’un des premiers chapitres du livre de 355 pages porte sur le premier Premier-ministre de Macky Sall, Abdoul Mbaye et s’intitule «Abdoul Mbaye, Premier ministre à la place de son frère Cheikh Tidiane». Dans cette partie, l’auteur révèle les coulisses de sa nomination contre toutes les attentes et pronostics. L’auteur révèle que Abdoulaye Baba Diao, Pdg d’Itoc SA, s’est activement proposé pour la fonction. Madiambal Diagne assumera ensuite que son candidat à ce poste était l’ancien Directeur général de la Fao, Jacques Diouf et que comme le lui a dit la Première dame, si Diouf n’a pas été choisi, c’est parce qu’il a été rapporté au Président que Jacques Diouf avait des soucis de santé. «On nous a dit que Jacques est malade», lui a confié Marième Faye Sall quand, plus tard, le Président se plaindra de son Premier ministre Abdoul Mbaye. L’auteur raconte que Amadou Makhtar Mbow s’est fortement impliqué pour faire nommer au poste Amadou Kane (ndlr : finalement nommé Ministre de l’Economie et des Finances) qui se trouve être son propre gendre.
Quand la Première dame empêche la démission d'Abdoul Mbaye
L’auteur explique qu’Abdoul Mbaye, qui semble avoir un différend profond avec Mamadou Diagna Ndiaye, a pris la nomination, le 31 mai 2013, de ce dernier au poste de conseiller spécial du président de la République comme un affront personnel. Le lendemain, il envisage de démissionner et rassemble à ce sujet sa famille maternelle. Madiambal explique que quand l'information d’une démission imminente du Premier ministre lui parvient, il demande au Président de le recevoir d'urgence. «Je déboule à la Présidence de la République, alors que le cortège, moteurs tournants, attend le signal de départ. Le Président et la Première dame sont sur le perron. Dans la précipitation, je me gare n'importe comment (...). Le couple présidentiel m’invite à l'intérieur du bâtiment devant les regards étonnés». «Quel est le problème ?», interroge le Président. «Votre Premier ministre est sur le point de démissionner à cause de la nomination de Diagna Ndiaye qu'il considère comme dirigée contre lui. Il est présentement en réunion de famille chez sa maman pour leur annoncer sa décision», répond Madiambal. Là, la Première dame prend le téléphone, appelle Abdoul Mbaye et après avoir raccroché, elle a fait savoir que le problème était réglé. L'incident est clos, mais, raconte l’auteur, le Président Sall est visiblement agacé.
Aminata Touré et le poste de Premier ministre
En août 2013, le gouvernement Mbaye fait l’objet de critiques et semble avoir besoin d'un nouveau souffle. Pendant ce temps, le Président veut aussi remplacer Aminata Touré qui occupe le ministère de la Justice. Il lui propose de devenir sa Directrice de cabinet. Une offre que Mimi décline. Il est alors suggéré de nommer madame Touré au poste de ministre de l'Intérieur. Mais là également, Madame Touré refuse l'idée et s'arcboute sur une conviction : «J'ai déjà développé avec les magistrats des affinités. Si vous ne me nommez pas Premier ministre, laissez-moi à la justice, mais si rien de tout cela n'est possible, je vous prie de me laisser retourner là d'où je viens».
L'auteur de raconter que c'est à son retour de Namibie que le Président lui a confié sa décision de changer de Premier ministre. Macky Sall qui avait suivi la sortie de son Premier ministre dans l'émission "les affaires de la cité" sur la Tfm, poursuit l'auteur, n'a pas aimé la sortie de son chef de gouvernement. "Je pense qu'il méconnait le rôle et la place d'un Premier ministre, autrement il n'aurait pas parlé comme il l'a fait".
Selon l’auteur, après sa nomination, Aminata Touré a reçu le soutien de la Première dame. La séquence est importante, puisque, révèle l’auteur, Mimi Touré avait fait savoir que si elle a refusé le poste de Directeur de cabinet du président de la République, c’est à cause de l’implication de la Première dame de l’Etat dans la marche du cabinet présidentiel.
Le passage de Mimi Touré à la Primature, rappelle Madiambal Diagne, est ponctué de difficultés entre elle et son patron. Parmi les premiers : la volonté de Madame Touré d’écarter Amadou Ba du gouvernement ou encore ce qu’il convient d’appeler sa volonté d’imposer une dualité au sommet de l’Etat. L’auteur illustre cela par la convocation d’une réunion avec les cadres de l’Apr par Mimi à l’insu du président de la République. Le Président Sall, rappelle-t-il, appellera la bonne dame pour lui intimer l’ordre d’annuler cette réunion. Un clash plus sérieux intervient entre les deux quand le Président Sall apprend qu’une tournée économique a été entamée par son Premier ministre en Casamance. «C’est quoi cette histoire de tournée économique en Casamance ? Comment, en tant que Premier ministre, pouvez-vous programmer une tournée dans une zone aussi sensible sans m’en informer ?», a lâché Macky Sall à son Premier ministre.
La Crei-l’opposition du magistrat Ousmane Kane-l’intervention de Fez pour Tahibou Ndiaye
Dans un chapitre, l’auteur relate l’opposition du Conseiller juridique du président de la République, le magistrat Ousmane Kane, à la réactivation de la Cour de répression de l’enrichissement illicite. L’auteur explique que quand le président a décidé de l’envoyer à la Cour d’appel de Dakar, Kane a invité le président à le remplacer par un magistrat. Macky Sall passera outre en nommant le Pr Ismaïla Madior Fall. Quand la traque a été lancée, comment Macky Sall a voulu faire marche arrière, allant jusqu’à évoquer l’idée de rassembler une cagnotte pour solder tous les comptes. C’est le Pds qui s’est opposé à cette solution pour éviter de donner l’impression d’avouer des crimes économiques. Par contre, révèle l’auteur, l’ancien Directeur du Cadastre Tahibou Ndiaye a fait une offre de transaction avant de se rétracter. Le cas Tahibou Ndiaye se complique pour le couple présidentiel quand la famille de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif de Fez est intervenue dans le dossier pour demander la clémence du président de la République pour ce fervent disciple parmi les plus généreux mécènes de l’entretien de la Zawwiya du fondateur de la Tidjaniyyah.
Quand Sarkozy intervient pour Abbas Jaber
Parmi ceux qui ont accepté de transiger : l’homme d’affaires Abbas Jaber. Le Franco-sénégalais propose 5 milliards. Mais la ministre de la Justice rejette la proposition et en demande plus. Pour lui, c’est l’ancien Président français Nicolas Sarkozy qui intervient auprès du Président Sall. Après l’intervention de l’ancien Président français, Mimi Touré reçoit l’ordre d’accepter la proposition de Jaber.
Les péripéties de la nomination de Mohamed Dionne
Un autre Premier ministre de Macky Sall évoqué par l’auteur, Mahammed Boun Abdallah Dionne. La nomination de Dionne, révèle Madiambal Diagne, a été entourée de beaucoup d’émotion pour le nouveau chef du gouvernement. Le jour j, Dionne, alors ministre en charge du Pse, a été convoqué avec le Directeur de cabinet du président de la République Abdou Aziz Tall. Le Président a demandé au duo de lui préparer la liste du prochain gouvernement. Après l’établissement de cette liste, les deux hommes sont allés remettre leur travail au Président. Alors qu’ils partaient, Macky Sall a rattrapé de la voix Mahammed Dionne. Il lui demande d’aller se changer. Dionne demande s’il pouvait savoir pourquoi, le Président répond : «c’est toi le Premier ministre».
Khalifa Sall et la caution que le Président voulait payer par l’intermédiaire du Khalife des Tidianes de l’époque
Sur l’affaire Khalifa Sall, l’auteur explique comment Macky Sall a tenté à plusieurs reprises de sauver la tête de l’ex-maire de Dakar. Il l’a d’abord invité à rembourser pour éviter des poursuites, ce que Khalifa Sall refuse. Quand il a été envoyé en prison, le Khalife général des Tidianes a demandé la clémence du Président. Ce dernier propose d’y mettre les formes. Il demande ainsi au religieux de convaincre l’ex maire de Dakar d’accepter que le Khalife paye pour lui. Macky Sall promet même de contribuer à cet argent en puisant sur les fonds politiques du président de la République. L’auteur explique la surprise du Khalife a été grande quand l’ancien ministre socialiste a rejeté l’offre.
Un patron de presse réclame 2 milliards pour…
Madiambal Diagne revient également sur les relations entre le Président Sall et la presse sénégalaise. L’auteur note qu’il n’y a pas maison de presse qui n’a pas été une fois aidée par le président de la République pour éviter une noyade. L’auteur assure que bien des patrons de presse de bien des médias qui tirent sur le président se présentent chaque fin du mois au guichet de la présidence pour encaisser de quoi payer les salaires. Madiambal fait également écho du cas de ce patron de presse qui, ne pouvant plus bénéficier de l’aide du Président à cause des attaques de ses médias contre le régime, a voulu faire la paix. Ce patron de presse, écrit l’auteur, est allé jusqu’à proposer de rallier son mouvement politique à la majorité et à mener un farouche combat contre Ousmane Sonko. En contrepartie, il a réclamé 2 milliards de francs Cfa au chef de l’Etat par l’intermédiaire du Premier ministre de l’époque Mohamed Boun Abdallah Dionne.
Mamadou Lamine Diallo et la nomination
Dans le chapitre «Intrigues et coups tordus au Palais», l’auteur explique comment un collaborateur du président de la République a poussé le ministre de la Justice Sidiki Kaba à instruire le parquet de «lever le pied» sur le dossier Aida Ndiongue. Le Président Sall apprendra le coup derrière le dos, ce qui conduira à la révision de la liberté provisoire de la dignitaire du Pds en contrôle judiciaire. Mais le plus grave est sans doute le cas Mamadou Lamine Diallo. Selon Madiambal Diagne, quand il a rapporté au Président Sall que le patron de Tekki ne comprenait pas pourquoi il est le seul parmi les leaders qui ont élu Macky Sall en 2012 qui n’a jamais été récompensé, Macky Sall lui dit que c’est Moustapha Niasse qui lui dit que Diallo a dit qu’il n’accepterait rien de moins que le poste de Premier ministre. L’auteur rapporte à la page 191 que Diallo lui dira plus tard qu’il n’a jamais eu une telle prétention.
Dans la suite de son livre, l’auteur a abordé plusieurs sujets dont le courageux face à face entre le président Sall et les putschistes à Ouagadougou et révèle que l’actuel numéro 1 sénégalais se serait épanoui dans une carrière militaire. Madiambal raconte comment Macky Sall, lors d’une réunion avec les putschistes burkinabè qui en septembre 2015 avaient renversé le Colonel qui avait renversé le président Michel Kafando, le Président a tapé du poing sur la table pour imposer sa loi aux auteurs de la tentative de coup d'État de 2015 au Burkina Faso.
Sur la suppression du poste de Premier ministre, le fondateur du Groupe Avenir Communication note qu’en réalité, les relations n’étaient plus bonnes entre Macky Sall et Mahammed Dionne. La confiance entre les deux semble compromise quand le Président a constaté à plusieurs reprises des écarts entre ses instructions et ce que faisait le chef du gouvernement. Alors que concernant la question du troisième mandat, l’auteur note qu’en réalité il s’agit d’une intention qui lui est prêtée. La vérité, dit-il, c’est qu’après avoir, en un moment, donné du crédit à ceux qui accusent Amadou Ba d’avoir une proximité avec l’opposition, notamment le Pastef d’Ousmane Sonko, les deux hommes redeviennent proches. Et dit-il, depuis 2018, le Président Sall pense à Amadou Ba pour sa succession.
«Macky Sall : il n’est jamais bon de mêler la famille aux affaires d’Etat». Le titre de ce chapitre qui débute à la page 279 du livre suffit pour imaginer ce que l’auteur traite dans les pages qui suivent. Naturellement la gestion pré-production du pétrole et du gaz qui a éclaboussé le président de la République notamment à cause de son frère Aliou Sall, ouvre cette partie du livre. L’auteur n’y perd pas du temps et s’attaque à la frilosité du Président devant l’engagement politique de son frère.
Sidy Djimby NDAO