MOTION DE SOUTIEN A AKILEE: Le Club des investisseurs éclate en 1000 morceaux



Ça a chauffé vendredi dernier dans le forum de discussion des membres du Conseil des investisseurs sénégalais (Cis). Et pour cause, ses membres ont pris très mal le fait que la structure publie une motion de soutien à Akilee dans son différend avec la Senelec, sans qu’il y ait eu auparavant une discussion en interne sur le sujet. Et ils ont bien tenu à dénoncer cette démarche et à s’en désolidariser. Certains demandant même que les prérogatives et limites du Directeur exécutif Abdourahmane Diouf soient reprécisées pour que pareille situation ne se reproduise.

C’est à croitre que les conséquences du différend entre la Senelec et Akilee va avoir des conséquences même en dehors des deux entités. Et ce ne sont pas les membres du Conseil des investisseurs sénégalais (CIS) qui diront le contraire. Comme l’a révélé «Le Quotidien» dans son édition du week-end, la publication d’une motion de soutien à la start-up a installé la division dans les rangs du CIS. La preuve par la discussion, parfois très houleuse, qui a eu lieu au sein de la structure et dont nous avons le compte-rendu. Tout est parti d’un message envoyé jeudi soir aux membres pour les informer de la publication de la motion le lendemain dans les journaux. Suffisant pour sortir un membre du Conseil d’administration de ses gonds.

«Je regrette et condamne une telle démarche»

«Monsieur le président et Monsieur le Directeur exécutif, quand est-ce que cette motion a été discutée et par quelle instance de notre organisation ? Le Conseil d’administration dont je suis membre n’en a pas été saisi et la dernière rencontre publique ne l’a pas évoquée. Par-delà le soutien à des entreprises nationales authentiques, il me parait très grave qu’on puisse engager notre organisation et même décider de publication dans la presse, sans un minimum de concertation préalable sur des sujets de cette importance. Je regrette et condamne une telle démarche», explique ce patron très connu dans le monde des finances. Une auteur grosse pointure du CIS de marteler : «nous avons un Conseil d’administration qui doit donner sa position sur de telles questions. Je ne comprends pas cette démarche. Merci de nous édifier M. le Directeur exécutif» (ndlr : Abdourahmane Diouf). Les interrogations d’un autre patron très connu vont dans le même sens. «Soutenir le secteur privé national, oui à 100%, mais pourquoi avons-nous fait nôtre cette diligence sur ce dossier ? Avons-nous l’aval du Conseil d’administration avant tout ?»

«Engager le club dans une si importante question me semble bien hasardeux. Je me démarque complètement de ce sujet»

Un autre patron très connu, avec un business florissant dans l’hôtellerie et la location de voitures de luxe, n’y va pas par quatre chemins pour dénoncer : «le but premier du club était et doit rester l’investissement. Engager le club dans une si importante question sans en avoir discuté en Conseil d’administration et le mettre sur la boucle pour une parution de cette affaire dans les journaux ou un journal, dont personnellement je ne connais ni les tenants ni les aboutissants, me semble bien hasardeux. En conséquence, je me démarque complètement de ce sujet».

«Le Cis ne saurait au nom d’un soutien aux privées nationaux, cautionner des actions de prévarication»

Un autre membre, patron de presse, refuse lui aussi de cautionner cette motion de soutien. «Je ne sais pas qui a pris l’initiative d’une telle motion et comment elle a été discutée, mais elle ne saurait m’engager», dit-il. Et d’ajouter : «le Cis ne saurait au nom d’un soutien aux privés nationaux, cautionner des actions de prévarication. En répondant spontanément à l’invite d’adhérer au CIS, je pensais m’engager dans une structure qui éviterait les errements de certaines organisations patronales sénégalaises. Je souhaiterais que dans les mêmes formats de cette déclaration, que le CIS communique pour désavouer un tel soutien exprimé de manière péremptoire et manifestement avec une totale méconnaissance de cette affaire ou une mauvaise foi certaine».

«Au vu des positions exprimées, le devoir du secrétaire exécutif est de retirer cette motion de soutien»

Le concert de désapprobation se poursuit avec cet autre membre, qui invite à rappeler à Abdourahmane Diouf ses limites et prérogatives et à lui demander de retirer la motion. «Cette déclaration qui ne m’engage pas et n’engage pas plusieurs membres du CIS pose un réel problème de gouvernance au sein du club. Il est ainsi souhaitable que des réglages urgents de nos process soit fait et qu’il soit précisé et reprécisé à M. le secrétaire exécutif, les limites de ses pouvoirs et de ses prérogatives. Au vu des positions exprimées, le devoir du secrétaire exécutif est de retirer cette motion de soutien et si elle est déjà publiée, il doit pouvoir très rapidement corriger et préciser que cette motion de soutien n’engage pas le CIS, mais exprime sa position personnelle. Le secteur privé pour être crédible et doit être irréprochable et montrer l’exemple en matière de bonne gouvernance».

«Cela pose un problème de légitimité et peut être gravement préjudiciable à la cohésion de notre groupe»

Ne se faisant pas prier de manifester sa surprise et sa colère, un autre membre de commenter : «Il est dommage que des membres du CIS prennent connaissance de ce sujet aussi important, non pas au travers de débats internes, mais pratiquement en même temps que le public. Des positions qui engagent notre institution ne devraient pas être prises sans concertations avec les membres ni autorisation préalable du Conseil d’administration. Cela pose un problème de légitimité et peut être gravement préjudiciable à la cohésion de notre groupe».

«Cette démarche de soutenir une entreprise sans un avis concerté, validé par tous est une erreur grave»

Un autre grand patron abonde dans le même sens. «Je partage la position de ceux qui m’ont précédé. Cette démarche de soutenir une entreprise fusse-t-elle membre du CIS, dans un différend dont certains parmi nous ignorent les tenants et les aboutissants et sans un avis concerté, validé par tous est une erreur grave. Il est vrai que nous sommes tous pour soutenir le privé national, mais pas de cette manière. L’erreur étant humaine, j’espère que tout ceci sera rectifié et oublié», dit-il.
Un autre membre, plus radical, de noter : «Un privé national fort ne doit pas participer au dépeçage d'un outil public. Je crains que nous tombons encore dans des histoires de bande de copains». Une réaction qui a fait sortir Abdourahmane Diouf de ses gonds.

Abdourahmane Diouf : «Ces accusations sont très graves à l’endroit de ma personne et de ma réputation»

Ce dernier, qui a répondu en citant le nom de cet intervenant et d’un autre membre, n’a pas fait dans la dentelle. «J’ai bien pris note de vos messages respectifs. Je suis très surpris de vos réactions. Je vous invite à la prudence et à la retenue. Ces accusations sont très graves à l’endroit de ma personne et de ma réputation. Je vous invite à attendre d’avoir les informations qui vous permettront de vous prononcer en toute connaissance de cause», dit-il.

«Le Directeur exécutif est à la disposition du Conseil et des membres et non le patron»

Mais l’une des personnes citées revient à la charge. «Je crains que ce soit bien tard. On est à la Une de presque tous les journaux de la place. Abdourahmane a été très maladroit en nous faisant son sms hier nuit à titre d’information, adressé à nous qui aurions dû être les auteurs. (…). Il faut clairement préciser les limites de ses attributions pour que cela ne puisse se renouveler. Le Directeur exécutif est à la disposition du Conseil et des membres et non le patron», assène-t-il. Non sans ajouter : «cher Abdourahmane, ce n’est pas ta personne qui est en cause… nous avons assez de responsabilités et d’éducation pour cela. C’est justement le fait de demander d’attendre des informations… qui nous pose problème. Nous aurions dû les avoir avant».

Babacar Ngom tempère et propose une réunion sur la question

«Depuis la publication de la motion de soutien du CIS à Akilee (dont le fondateur Amadou Ly est membre du CIS), je note vos différentes interventions et contributions. Il est vrai que c'est une affaire sensible. En des moments pareils, la sérénité doit prévaloir. Je vous propose d'organiser une réunion Zoom en début de semaine pour en discuter plus amplement», note-t-il.

Mbaye THIANDOUM
LES ECHOS

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