MIGRATION IRREGULIERE : L’Adha appelle la Cedeao à privilégier l’évaluation des politiques publiques




 
L'Action pour les droits humains et l'amitié (Adha) invite le Parlement de la Cedeao à aller au-delà des campagnes de sensibilisation sur la migration irrégulière et la traite des personnes. Dans un communiqué signé par son président, Adama Mbengue, également membre du Conseil consultatif national des droits de l'homme et du droit international humanitaire (Ccndh-Dih), l'organisation plaide pour une évaluation rigoureuse de l'application des lois, du respect des engagements des États membres et de l'efficacité des politiques publiques. Cette réaction fait suite à la session du Parlement de la Cedeao consacrée aux échanges entre parlementaires et citoyens sur les dangers de la migration irrégulière et de la traite des personnes, organisée notamment à Thiaroye-sur-Mer.
 
Si l'Adha salue cette initiative de proximité, elle estime que le débat doit désormais évoluer. « Après près de vingt ans de campagnes de sensibilisation, le véritable enjeu n'est plus d'identifier les causes de ces phénomènes, largement documentées, mais d'évaluer l'application des lois, le respect des engagements des États et l'efficacité des politiques publiques », souligne l'organisation.
L'Adha rappelle également que la migration irrégulière, le trafic illicite de migrants, la traite des personnes et les déplacements liés à l'érosion côtière relèvent de cadres juridiques distincts. Elle cite notamment les Protocoles de Palerme, la loi sénégalaise n° 2005-06 du 10 mai 2005 ainsi que la Convention de Kampala, qui imposent aux États des obligations spécifiques. Selon l'organisation, une approche uniforme de ces différentes problématiques risque d'affaiblir la protection des personnes concernées et de réduire l'efficacité des politiques publiques.
Dans son communiqué, l'Adha considère que la principale valeur ajoutée du Parlement de la Cedeao réside dans ses missions de contrôle, de suivi et d'évaluation de l'action des États membres. Si la sensibilisation conserve son utilité, elle ne peut, selon elle, se substituer à une véritable politique publique.
L'organisation estime que les populations attendent désormais des résultats concrets, notamment une application effective des lois, un renforcement de la protection des victimes de la traite des personnes, une lutte plus efficace contre les réseaux de trafic illicite de migrants, des réponses adaptées aux déplacements provoqués par l'érosion côtière ainsi que des politiques ambitieuses en faveur de la formation, de l'emploi et de l'insertion économique des jeunes.
À cet effet, l'Adha formule trois recommandations au Parlement de la Cedeao, « évaluer l'application des législations nationales relatives au trafic illicite de migrants et à la traite des personnes, renforcer le contrôle de la mise en œuvre des engagements communautaires et internationaux des États membres, et promouvoir des politiques publiques différenciées, fondées sur les droits humains, les données probantes et la redevabilité ».
Pour l'organisation, « la crédibilité de la gouvernance migratoire ne saurait être appréciée au regard du nombre d'ateliers ou de campagnes de sensibilisation organisés ». Elle dépendra plutôt de la capacité des institutions à faire respecter le droit, à protéger efficacement les personnes vulnérables et à apporter des réponses durables aux causes profondes de la migration irrégulière et des phénomènes qui lui sont associés.
 
Fatou DIOP
 
 
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