La microfinance est un pilier de l’inclusion financière au Sénégal qui occupe ainsi la première place de la microfinance dans l’espace Uemoa. Cependant, il reste à relever les défis de la mobilisation du financement durable. A cet effet, le ministre Alioune Dione a identifié de nouveaux instruments de financement, mais se désoler de constater que, faute de taxonomie clairement établie, de capacités techniques suffisantes et de dispositifs de refinancement adaptés, ces instruments sont trop peu mobilisés.
« La microfinance est aujourd'hui un pilier de l'inclusion financière et du financement de notre économie » ! C’est l’avis du ministre de la Microfinance et de l'Economie sociale solidaire, Alioune Ndione venu présider la 30e session du Comité national de coordination des activités de microfinance (Cnc) sur les enjeux liés à l'accès à des financements durables. Il en veut pour preuve les chiffres du secteur : « Les institutions de microfinance desservent plus de 4,7 millions de membres et clients. À fin 2025, l'encours des crédits distribués atteint 849,9 milliards de francs Cfa et l'encours d'épargne s'établit à 634,7 milliards de francs Cfa, avec des fonds propres atteignant 230,6 milliards de francs Cfa. Ces performances placent le Sénégal au premier rang de la microfinance dans l'espace Uemoa, avec 15,5% des comptes de microfinance de l'Union », rapporte le ministre Alioune Dione qui n’a pas non plus occulté les difficultés du secteur. Les créances en souffrance, dit-il, représentent encore 6,0% de l'encours de crédit, toujours supérieur à la norme prudentielle de 3%.
Les Imf sollicitées pour accompagner la transition climatique
Poursuivant, il est revenu sur la loi n° 2025-04 du 19 février 2025 portant réglementation de la microfinance qui, à l’en croire, vise un secteur plus solide, plus transparent et plus sûr. Ce qui lui fait dire que l'Etat attend des institutions de microfinance un effort réel de mise en conformité. A cet effet, il précise que son département, en collaboration avec l'Apim-Sénégal et les organes de supervision a engagé plusieurs chantiers pour accompagner les institutions de microfinances (Imf) dans l'appropriation de ce nouveau cadre juridique à un moment où, dit-il, l’environnement mondial du financement a changé. En effet, le ministre annonce que les subventions et les lignes de crédit bonifiées se raréfient, l'accès aux ressources longues se heurte toujours à de lourdes contraintes juridiques et économiques, et la viabilité financière devient une condition de survie. En dépit de ce tournant dans le secteur, il révèle que les institutions de microfinance sont pourtant de plus en plus sollicitées pour accompagner la transition climatique et environnementale de leurs membres : agriculture résiliente, énergies renouvelables décentralisées, gestion durable des ressources naturelles.
Nouveaux instruments de financement trop peu mobilisés
Ainsi, même s’il estime que de nouveaux instruments sont en train d'émerger, notamment la finance verte et climatique, les obligations sociales et durables, les garanties partielles de portefeuille, le refinancement local ; il regrette de constater, dit-il, que ces instruments restent encore trop peu mobilisés par nos institutions, faute de taxonomie clairement établie, de capacités techniques suffisantes et de dispositifs de refinancement adaptés à leur taille. « C'est tout le sens du thème de cette session : « La microfinance face aux défis de la mobilisation du financement durable ». Il s'agit de sécuriser des ressources stables, diversifiées et adaptées, et de concilier la mission sociale d'inclusion financière avec la viabilité économique à long terme tout en restant dans le respect de la protection de l'environnement », fait remarquer Alioune Dione.
Le Pactifu pour faciliter l'accès au financement pour les activités productives
Face à ces défis, il a décliné les principaux axes de sa feuille de route qui repose, à l’en croire, sur la Stratégie de finance ciblée avec sa déclinaison opérationnelle le Pactifu (Pacte pour l'inclusion financière universelle) qui vise à renforcer la protection des membres et des clients, améliorer la gouvernance des institutions et la culture financière, promouvoir la transparence et les pratiques responsables, et faciliter l'accès au financement pour les activités productives. «Ce financement passe par les institutions de microfinance, avec une priorité aux projets à fort impact social dans l'agriculture, la pêche, l'élevage et la transformation des produits locaux. Il est donc un levier de création d'emplois et de réduction de la pauvreté dans nos territoires», explique Alioune Dione qui révèle, dans la foulée, que le Pactifu a déjà mobilisé 12 milliards dont la mise à disposition de lignes de garantie et de refinancement de plus de 3 milliards au profit des Imf par le Fongip et la Cdmp, filiale de la Cdc.
Chaque franc mobilisé doit produire un impact réel au bénéfice de nos populations
Quant aux partenaires techniques et Financiers, ils ont été invités par le ministre de la Microfinance de se référer aux structures publiques de l’Etat pour toute intervention dans le secteur. «Cette démarche n'est pas une contrainte administrative. Elle garantit l'alignement de vos interventions sur les politiques publiques et sur les priorités nationales. Elle permet aussi d'éviter les duplications, de corriger les déséquilibres… À l'heure où les ressources se raréfient, la coordination est un impératif d'efficacité, car chaque franc mobilisé doit produire un impact réel au bénéfice de nos populations, en particulier des femmes, des jeunes et des acteurs des zones rurales», explique le ministre Alioune Dione.
M. CISS