« METTRE FIN À LA XÉNOPHOBIE » Le Parti socialiste appelle à « protéger les Sénégalais sans renier le Sénégal »




 
 
Alors que les débats sur la présence des étrangers au Sénégal et la montée de discours jugés xénophobes prennent de l’ampleur dans l’espace public, le Parti socialiste (Ps) affiche sa position. Par la voix de son porte-parole national, Abdoulaye Wilane, la formation de gauche appelle à lutter contre la xénophobie tout en défendant une régulation plus stricte de l’entrée, du séjour et de l’activité économique des étrangers.
 
 
 
Dans une note politique intitulée « Mettre fin à la xénophobie : protéger les Sénégalais sans renier le Sénégal », le Parti socialiste tente de tracer une ligne de crête entre la défense des intérêts des citoyens sénégalais et le refus de toute stigmatisation des étrangers.
Pour le parti, les inquiétudes qui traversent actuellement la société sénégalaise sont loin d’être infondées. « Le Sénégal traverse une période où les difficultés économiques et sociales alimentent légitimement les inquiétudes : chômage, précarité, pouvoir d’achat, accès à l’emploi, difficultés des petites activités et sentiment de déclassement d’une partie de notre jeunesse », relève Abdoulaye Wilane.
Mais ces difficultés, insiste-t-il, ne sauraient faire de l’étranger le responsable des maux du pays. « Elles ne sauraient justifier que l’étranger devienne le responsable commode de difficultés dont les causes sont d’abord économiques, sociales, institutionnelles et structurelles », soutient le porte-parole du Ps.
 
 
 
« Réguler n’est pas stigmatiser »
 
 
 
Dans sa déclaration, le Parti socialiste ne remet toutefois pas en cause le principe d’une politique de contrôle et de régulation de l’immigration. Bien au contraire. Il estime que l’État doit pleinement exercer ses prérogatives en matière d’entrée, de séjour et d’activité économique sur le territoire national. « Un État souverain a non seulement le droit, mais aussi le devoir, de connaître, d’organiser et de réguler les conditions d’entrée, de séjour, de travail et d’exercice des activités économiques sur son territoire », écrit Abdoulaye Wilane.
Le Ps demande ainsi davantage de fermeté contre le travail illégal, la fraude, l’exploitation ou encore la concurrence déloyale. Mais cette fermeté, précise-t-il, doit s’exercer dans le respect du droit et sans distinction fondée sur la nationalité. « La fermeté de l’État ne devient pas de la xénophobie lorsqu’elle s’exerce sur la base du droit », fait valoir le porte-parole socialiste.
Pour le parti, le risque apparaît lorsque la lutte contre des pratiques illégales se transforme en mise en accusation de l’étranger en tant que tel. D’où la nécessité, selon le PS, d’objectiver le phénomène au lieu de se contenter des perceptions.
« Avant de parler “d’envahissement”, il faut donc objectiver les phénomènes, mesurer leur ampleur et distinguer ce qui relève de la présence étrangère, de l’immigration régulière, de l’irrégularité, de la concurrence déloyale, de la concentration économique ou de véritables problèmes d’intégration », souligne Abdoulaye Wilane.
Et de résumer la philosophie défendue par sa formation : « Une République sérieuse ne gouverne pas par les impressions : elle gouverne par les faits, le droit et l’intérêt général. »
 
 
 
La défense des travailleurs sénégalais mise en avant
 
 
 
Le Parti socialiste entend également réaffirmer la légitimité de la défense des intérêts économiques nationaux. Il considère notamment que la jeunesse sénégalaise, les artisans, les commerçants, les entrepreneurs et les travailleurs doivent pouvoir accéder à des opportunités dans des conditions équitables.
« La défense des intérêts sénégalais est parfaitement légitime », reconnaît le PS, qui estime que la préférence nationale peut être défendue, à condition qu’elle ne devienne pas une politique de rejet de l’étranger.
Pour la formation socialiste, le véritable combat doit surtout porter sur les faiblesses structurelles de l’économie sénégalaise. Renforcer l’appareil productif, améliorer la formation professionnelle, accélérer l’industrialisation et créer des emplois décents constituent, à ses yeux, les réponses durables aux difficultés de la jeunesse. « Si notre économie demeure incapable d’offrir suffisamment d’opportunités à sa jeunesse, changer de nationalité aux personnes présentes sur le territoire ne réglera jamais le problème de fond », estime Abdoulaye Wilane.
Le Ps refuse ainsi une lecture des difficultés du marché de l’emploi qui ferait de la présence étrangère l’explication principale du chômage des jeunes Sénégalais.
 
 
 
L’hospitalité sénégalaise invoquée
 
 
 
Dans sa note, le Parti socialiste s’appuie également sur l’histoire et l’identité du Sénégal pour rejeter toute dérive xénophobe. Le pays, rappelle-t-il, est « historiquement une terre d’accueil, de brassage et de coexistence ».
Une tradition que la formation politique considère comme une richesse, mais qui ne doit pas être confondue avec une absence de règles. « L’hospitalité ne signifie pas l’absence de règles. Accueillir ne signifie pas renoncer à contrôler. Respecter l’étranger ne signifie pas renoncer à défendre nos intérêts », écrit Abdoulaye Wilane.
Pour le Ps, l’enjeu consiste donc à concilier ces deux exigences : un État capable de faire respecter ses règles et une société qui ne renonce pas à ses valeurs d’ouverture. « Nous pouvons être un peuple hospitalier et un État organisé », insiste le porte-parole national.
 
 
 
Le Ps met aussi en garde contre le communautarisme
 
 
 
La déclaration socialiste ne se limite pas à la question de la xénophobie. Le parti attire également l’attention sur le risque d’une montée du communautarisme.
S’il reconnaît à chacun le droit de conserver ses attaches culturelles et ses traditions, le PS estime que celles-ci ne doivent pas se transformer en instruments de mobilisation politique ou électorale. « Une société démocratique doit permettre à chacun de conserver ses attaches culturelles et ses traditions », affirme Abdoulaye Wilane, avant de rappeler la nécessité de préserver « ce qui nous rassemble : la citoyenneté, la République et l’intérêt général ».
Le parti redoute notamment l’émergence d’une société organisée autour de communautés constituées en « blocs politiques distincts ».
Pour le PS, la réponse à ce risque ne peut cependant pas être la stigmatisation des étrangers. « Le communautarisme se combat par la citoyenneté, l’intégration, l’égalité devant la loi et la force des institutions, pas par la xénophobie », tranche le porte-parole.
 
 
 
« Les Sénégalais sont aussi des migrants »
 
 
 
Autre argument développé dans la note : la situation des millions de Sénégalais établis à l’étranger.
Le Parti socialiste rappelle que des compatriotes vivent, travaillent, étudient et entreprennent dans de nombreux pays. Une réalité qui, selon lui, doit conduire le Sénégal à mesurer la portée de son propre discours sur les étrangers. « Nous savons donc, mieux que beaucoup d’autres, ce que signifie partir, s’installer ailleurs et chercher à y construire sa vie », écrit Abdoulaye Wilane.
Dès lors, l’exigence de respect pour les Sénégalais vivant hors du pays doit, selon le PS, aller de pair avec le respect accordé aux étrangers présents au Sénégal. « Le respect que nous réclamons pour les Sénégalais doit être celui que nous sommes capables d’accorder aux autres », estime le porte-parole socialiste.
 
 
 
Une régulation compatible avec la solidarité africaine
 
 
 
Le Parti socialiste inscrit enfin le débat dans une perspective plus large, celle de l’intégration africaine et de la libre circulation en Afrique de l’Ouest.
Pour la formation politique, la libre circulation ne signifie pas l’absence de contrôle. Les États doivent pouvoir protéger leurs économies et leurs populations tout en respectant les engagements régionaux. « La libre circulation en Afrique de l’Ouest n’est pas une invitation à l’anarchie. Elle doit s’accompagner de règles, de contrôles, de responsabilités et de mécanismes permettant aux États de protéger leurs économies et leurs populations », souligne encore l’ancien maire de Kaffrine.
Mais le Ps met en garde contre une conception de la souveraineté qui conduirait à fermer le pays aux autres Africains. « Nous ne pouvons pas réclamer la libre circulation pour les Sénégalais lorsqu’ils partent ailleurs et, dans le même temps, considérer systématiquement la présence des autres Africains chez nous comme une menace », relève-t-il.
Pour le parti, la souveraineté doit plutôt permettre de déterminer « qui entre, dans quelles conditions, avec quels droits et quelles obligations ».
 
 
 
« La justice sociale avant le rejet »
 
 
 
Dans cette prise de position, le PS revendique enfin une approche directement inspirée de son identité politique. « Pour un socialiste, la question doit être posée autrement », écrit Abdoulaye Wilane. Le combat doit, selon lui, porter sur « le travail, la dignité, la justice sociale et l’égalité devant la loi ».
La formation entend ainsi défendre le travailleur sénégalais contre l’exploitation, l’entrepreneur contre la concurrence déloyale et la jeunesse contre le chômage et le déclassement.
Mais elle refuse que cette défense se traduise par une mise en accusation collective des étrangers. « Nous devons demander à l’État de mieux réguler les activités économiques et migratoires. Mais nous devons également refuser qu’une nationalité entière soit transformée en bouc émissaire des insuffisances de nos politiques publiques », affirme le porte-parole national.
La ligne socialiste se veut donc claire : « protéger les Sénégalais et préserver les valeurs qui ont construit notre société ».
En conclusion de sa note, Abdoulaye Wilane résume cette position en une série de formules : « Il faut combattre l’illégalité sans combattre l’étranger. Il faut combattre la concurrence déloyale sans alimenter la haine. Il faut combattre le communautarisme sans remettre en cause la dignité des communautés. Il faut défendre la souveraineté nationale sans renoncer à notre solidarité africaine. »
Avant de conclure par une formule qui résume toute la position du Parti socialiste : « Le Sénégal aux Sénégalais, oui. Le Sénégal contre les étrangers, non. La régulation, oui. La stigmatisation, non. La souveraineté, oui. La xénophobie, non. » Pour le Ps, c’est cette ligne de « responsabilité, de justice sociale et de cohésion nationale » qui doit désormais guider le débat sur la présence étrangère au Sénégal.
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
LES ECHOS

Dans la même rubrique :