ME AISSATA TALL SALL LORS DE LA «RENCONTRE GOUVERNEMENT-PRESSE» «Le Sénégal enverra ses soldats si la Cedeao décide d'une intervention… En 2021 on en avait des choses pour arrêter Sonko, mais on s’est dit que ça va se calmer»




 
 
 
Trouvaille majeure du gouvernement du Sénégal dans le cadre de sa communication, «les rencontres gouvernement-presse» a été une nouvelle fois l’occasion pour le gouvernement de s’expliquer sur tant de questions alors que le pays vit une vive tension politique. Hier, c’était au tour de trois ministres à savoir le Porte-parole du Gouvernement Abdou Karim Fofana et ses collègues ministres, Me Aïssata Tall Sall, des Affaires Étrangères et des Sénégalais de l'extérieur et Dr Annette Seck Ndiaye en charge des Sénégalais de l'extérieur se sont prononcés sur l’actualité nationale et internationale, notamment le cas Ousmane Sonko et les conséquences de son emprisonnement, la situation au Niger ou encore l’émigration irrégulière.
 
 
 
Le Sénégal participera à une éventuelle intervention militaire au Niger si la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) décide d’y avoir recours, suite au coup d’État mené à Niamey le 26 juillet. L’annonce est de la ministre sénégalaise des Affaires étrangères, Aïssata Tall Sall. S'exprimant devant la presse, Aïssata Tall Sall a invoqué les engagements internationaux du Sénégal envers la Cedeao et le fait qu'il s'agissait du «coup de trop». «Les militaires sénégalais, pour toutes ces raisons, vont y aller», a-t-elle dit.
 
Aïssata Tall Sall : «le Sénégal enverra ses soldats si la Cedeao décide d'une intervention»
 
 
 
A la question: «est-ce que nos soldats doivent y aller ?», le chef de la diplomatie sénégalaise n’y est pas allé par quatre chemins pour répondre. «Nos soldats doivent y aller pour deux raisons. La première c’est que le Sénégal ne peut pas être membre de la Cedeao et se soustraire aux décisions que la Cedeao prend», a rappelé la ministre sénégalaise des Affaires étrangères.
Selon Me Aïssata Tall Sall, le deuxième prétexte qui peut également justifier la participation du Sénégal dans cette décision de la Cedeao, c’est qu’il est temps que «ces coups de force dans nos pays cessent» regrette Me Tall. «On y va également parce qu’il faut arrêter ces coups d’Etat. Et même si on ne l’a pas fait pour le Mali, pour la Guinée ou encore le Burkina Faso, ce coup de force au Niger peut être qualifié de coup de trop. Le plus dommage c’est que quand ces militaires arrivent au pouvoir, ils disent vouloir mettre fin à l’insécurité. Mais la vérité, c’est que cela n’a jamais été fait. Au contraire, on constate que les militaires s’installent dans des postes de civils. C’est pourquoi la Cedeao a décidé de mettre un terme à ces coups d’Etat. Et donc pour toutes ces raisons les militaires sénégalais vont y aller. Au moment où je vous parle, les états-majors des Etats membres de la Cedeao sont en train de se réunir pour voir quel va être le modus operandi quand la décision politique sera prise au plus haut niveau», a fait savoir Me Aïssata Tall Sall, rappelant que l’ultimatum donné aux militaires au Niger, c’est une semaine.
 
 
Sidy Djimby Ndao
 
 
 
 
Les révélations de Abdou Karim Fofana sur l’attentat de Yarakh
 
 
 
Sur l’actualité nationale, c’est surtout l’attaque au cocktail Molotov d’un bus Tata de la ligne 65 qui a intéressé les journalistes. A ce propos, les identités des cinq blessés graves de «l’attentat terroriste» ont été révélées pour la première fois par le ministre Porte-parole du Gouvernement. Abdou Karim Fofana, qui dénombre sept victimes dont deux décédés, a révélé leurs noms et adresses. «Nous avons des identités. D'abord il s'agit de Boubacar Baldé, 35 ans habitant à Diamaguène, Farma Fall (73 ans, habitant à Yarakh), Modou Guèye (60 ans, Keur Massar), Soukary Camara (11 ans, Yarakh), Khady Sarr (41 ans, habite à Colobane)», a renseigné le porte-parole du gouvernement.
Poursuivant, il ajoute qu’en ce qui concerne les personnes décédées et transférées à la morgue de l'hôpital Dalal Jamm, leurs identités sont encore inconnues. «Les deux corps sans vie ne sont pas encore identifiables parce qu'ils sont complètement calcinés. Nous avons pu, selon le gouverneur de Dakar et l'hôpital Dalal Jamm, identifier le sexe de l'une des victimes décédées. On sait que l'une des victimes est une femme. L'autre, nous ne savons pas encore parce que les corps sont complètement calcinés», dit-il.
Le ministre du Commerce et porte-parole du Gouvernement, Abdou Karim Fofana, qualifie cette attaque de terroriste comme son collègue de l'Intérieur. «Tous les biens soustraits frauduleusement au cours de cette attaque ont été laissés à quelques mètres des lieux». Il a tenu à rassurer les populations que toutes les dispositions appropriées sont prises par l’Etat pour assurer la sécurité des personnes et des biens sur l’étendue du territoire national.
 
 
Sidy Djimby Ndao
 
 
 
Aïssata Tall Sall : «en 2021, on en avait des choses pour arrêter Sonko, mais on s’est dit que ça va se calmer»
 
 
 
Reprenant la parole pour aborder le cas Ousmane Sonko, la ministre des Affaires étrangères a livré un certain nombre de précisions, notamment, sur le délai de prescription pour arrêter le mis en cause. Sur ce point précis, rappelant que le procureur est le maître des poursuites, Aïssata Tall Sall, qui a arboré sa robe d’avocat, note que ce dernier a un temps pendant lequel il doit pouvoir poursuivre, au-delà de ce temps, quelle que puisse être sa volonté, il ne poursuivra pas. «Ce temps, il est de 3 ans quand c’est un délit parfois même cela peut être moins quand c’est une contravention, il est de 10 ans quand ce sont des actes criminels qui sont posés», a souligné la ministre, notant que «le procureur peut remonter sur les faits aussi loin que le délai de prescription lui permet».
A l’en croire, le maître des poursuites «a attendu parce qu’il lui fallait un faisceau de faits et d’actes lui permettant de soutenir l’incrimination». «Vous pensez qu’en 2021 on n’avait rien ? bien sûr qu’on en avait. Mais on s’est dit que peut être ça va se calmer et que ça va revenir à la raison. Parce que le gouvernement n’ouvre pas des procédures parce que seulement il veut en ouvrir. Aussi, il ne s’agit pas d’ouvrir des procédures pour, comme certains le pensent, liquider un adversaire politique», a fait savoir la ministre.
Son homologue du Commerce a quant à lui répondu à la question sur la «dissolution sans procès» du parti Les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef-Les Patriotes) de l’opposant Ousmane Sonko. Sur cette question, Abdou Karim Fofana a indiqué que la dissolution d’un parti politique n’est pas liée au procès. «Les partis politiques sont sous le régime déclaratif et en le faisant, ils ont des obligations. Maintenant, si vous ne respectez pas ces obligations, l’autorité a le droit de vous retirer cette autorisation. Pastef n’a qu’un triptyque c’est la manipulation, c’est l’invective, c’est la violence. L’ex parti Pastef est le symbole de la division, mais aussi de la violence ; c’est dire que la République du Sénégal qui rime avec tolérance et inclusion ne peut pas accepter cela, c’est une question de responsabilité devant l’histoire».
 
 
Me Aïssata Tall Sall taxe Juan Branco de lâche
 
 
 
Les journalistes ont aussi soulevé le cas de l’avocat français d’Ousmane Sonko, Juan Branco. Répondant aux questions, Me Aïssata Tall Sall a déclaré : «Juan Branco a fait preuve d’un double acte de lâcheté». Le ministre des Affaires étrangères considère le fait que le jeune avocat franco-espagnol ait décidé de passer par la Gambie prouve qu’il a fait un acte de lâcheté. «Il sait bien qu’il y a des aéroports au Sénégal. Il pouvait bien passer par ces voies. Alors pourquoi il a préféré passer par la Gambie et clandestinement par d’autres voies jusqu’à Dakar ? Pour quelqu’un qui prêche le courage et la témérité, c’est le premier acte de lâcheté qu’il a posé», indique Me Aïssata Tall Sall.
 
«Le Sénégal a attiré l’attention des autorités gambiennes sur cette affaire»
 
A propos du passage de l’avocat à la conférence de presse des avocats de Ousmane Sonko, la ministre note : «moi, en tant que femme, je ne prendrai jamais cette responsabilité de fuir quand je sais que je suis recherchée. Pour ce que Juan Branco veut nous vendre, il pourrait se comporter autrement», martèle la cheffe de la diplomatie sénégalaise. Pour ce qui est de la gestion des frontières avec la Gambie, par où l’avocat serait entré sur le sol sénégalais, Me Aïssata Tall Sall ajoute que «l’Etat du Sénégal a attiré l’attention des autorités gambiennes sur cette affaire». «D’ailleurs, il y a une commission mixte de gestion des frontières qui se penche sur la question et que des discussions sur cette affaire de façon pacifique et fraternelle soient tenues», a-t-elle ajouté.
 
Sidy Djimby Ndao
 
 
 
Dr Annette Seck Ndiaye fait le point sur l’émigration irrégulière
 
 
 
Autre question abordée lors de cette rencontre entre membres du gouvernement et journalistes, l’épineuse question de l’émigration irrégulière. Sur cette question, abordant le rapatriement de migrants de Dakhla au Maroc, la ministre chargée des Sénégalais de l’extérieur fait savoir qu’au total, «ce sont 478 compatriotes qui étaient à Dakhla».
Dr Annette Seck Ndiaye de brandir ses chiffres. «Selon les statistiques que nous avons au niveau de Dakhla, l’année dernière en 2022, 404 Sénégalais ont été rapatriés. Aujourd’hui, entre le mois d’avril et le mois de juin, quinze pirogues ont été arraisonnées dans les eaux territoriales marocaines, soit 1535 personnes, avec 1237 passagers d’origine sénégalaise», estime-t-elle.
Avant de poursuivre : «entre avril et juillet (derniers), nous avons rapatrié 970 personnes. En ce moment, nous avons encore 190 personnes qui sont encore à Dakhla. Parce qu’après ce rapatriement de 428 personnes, deux autres pirogues sont arrivées. L’une avec 74 passagers et l’autre 114.»
Outre les nationalités sénégalaises, dit-elle, « il nous a été donné de constater que nous avions des migrants de nationalité gambienne, guinéenne (Conakry) et malienne. » Au Sénégal, les zones de départ sont Saint-Louis, Rufisque, Mbour, Diourbel, Kayar, Abéné, Kafountine, énumère-t-elle.
A propos des 150 personnes portées disparues depuis plus de vingt jours à Fass Boye, Dr Seck précise : «nous avons entendu parler dans la presse de Fass Boye. Mais, nous n’avons pas d’informations concernant une pirogue venant de Fass Boye», a dit la tutelle. Elle a également tenu à corriger : « nous entendons beaucoup de chiffres qui sont annoncés concernant les décès en mer. Nous ne pouvons-nous baser que sur les informations que les migrants veulent bien partager avec nous. Dernièrement, une pirogue venant de Rufisque a été arraisonnée dans les eaux territoriales. On a eu 18 décès en mer. Pour la pirogue de Abéné-Kafountine, on nous a annoncé cinq décès. On a entendu dans la presse 300 décès. Je me suis demandée d’où venaient ces chiffres ».
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
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