Face aux urgences économiques, agricoles et climatiques, le Premier ministre Ousmane Sonko a dressé, lors du Conseil des ministres du 20 mai 2026, un diagnostic sans détour des failles structurelles du pays. Modernisation des marchés après des dizaines d’incendies, préparation de la campagne agricole, prévention des inondations et finalisation du Sénégal Connect Park, le chef du gouvernement a multiplié les instructions et fixé le cap d’une accélération des réformes stratégiques.
Le Premier ministre Ousmane Sonko a profité du Conseil des ministres du 20 mai 2026 pour mettre la pression sur plusieurs départements ministériels confrontés à des dossiers jugés sensibles pour l’économie et la stabilité sociale du pays. Dans une communication dense, le chef du gouvernement a insisté sur la nécessité d’accélérer les réformes, d’améliorer la gouvernance publique et d’anticiper les risques liés à la prochaine saison des pluies. Au cœur des préoccupations du gouvernement figure la situation critique des marchés publics et équipements commerciaux. Le Premier ministre a dressé un constat alarmant de la vétusté des infrastructures marchandes au Sénégal. Selon lui, cinquante-trois marchés ont enregistré un ou plusieurs incendies entre 2013 et 2024, révélant l’ampleur des risques sécuritaires et des défaillances structurelles qui touchent le secteur.
Le diagnostic présenté par le chef du gouvernement met également en lumière des insuffisances sur les plans technique, organisationnel, environnemental et sanitaire. Une situation qui fragilise davantage les commerçants et les collectivités territoriales, déjà confrontés à des difficultés de gestion et de financement.
Pour inverser la tendance, le Premier ministre a rappelé les ambitions du Programme de modernisation et de gestion des marchés (PROMOGEM), dont le plan stratégique 2025-2029 prévoit la restructuration de 528 marchés existants ainsi que la construction de 67 nouveaux marchés modernes à travers le pays. Mais Ousmane Sonko estime que le programme doit gagner en efficacité et en autonomie. Il préconise ainsi une mutation institutionnelle permettant à la structure de disposer d’une autonomie administrative et financière, accompagnée d’une enveloppe de 57,5 milliards de FCFA sur quatre ans dans le cadre du Plan d’investissement public de l’État.
Le Premier ministre a demandé au ministre de l’Industrie et du Commerce, en collaboration avec les ministères des Finances, de l’Urbanisme et des Collectivités territoriales, de concevoir un véritable réseau national de marchés modernes et de garantir une gestion rigoureuse de ces infrastructures par les collectivités locales et le secteur privé national.
Autre dossier stratégique, la préparation de la campagne agricole 2026-2027. Le chef du gouvernement a salué les efforts de structures comme l’Isra et les Ics dans la production d’engrais et de semences certifiées. Toutefois, il a relevé plusieurs fragilités persistantes, notamment l’autonomie semencière encore incomplète, les problèmes de qualité constatés lors de la dernière campagne et les insuffisances dans le ciblage des bénéficiaires des intrants agricoles. Le Premier ministre a aussi pointé les difficultés d’accès au crédit agricole, les problèmes de maintenance du matériel ainsi que le déficit d’infrastructures de stockage. Il a insisté sur l’accélération de la digitalisation des procédures déjà expérimentée dans les zones pilotes de Tivaouane et Nioro.
Dans l’attente de la réforme des subventions agricoles et de la nouvelle politique agricole, il a demandé aux services compétents de garantir la transparence des coûts, la disponibilité effective des intrants et une distribution régulière sur toute l’étendue du territoire.
À quelques semaines de l’hivernage, la prévention des inondations a également occupé une place importante dans la communication du chef du gouvernement. Ousmane Sonko a salué les opérations de curage des réseaux de drainage, la vérification des ouvrages et le pré-positionnement des équipements d’intervention déjà engagés par les services de l’État. Mais il a insisté sur le caractère interministériel de la gestion des inondations et demandé une coordination renforcée entre le ministère de l’Hydraulique, le ministère de l’Intérieur et les autres services concernés. Le Premier ministre a ordonné l’actualisation immédiate des plans communaux d’urgence, la vérification des systèmes d’alerte précoce et l’organisation d’un exercice national de simulation avant le 15 juin 2026.
Enfin, le chef du gouvernement est revenu sur le projet Sénégal Connect Park, présenté comme un pilier de la souveraineté numérique du pays. Malgré un taux d’achèvement estimé à 95 %, le projet reste confronté à des blocages financiers et contractuels. Le Premier ministre a ainsi demandé la transmission rapide à la Banque africaine de développement d’un nouveau calendrier réaliste de clôture, tout en accélérant les discussions avec la Banque ouest-africaine de développement autour du financement et de la concession du projet.
Fatou DIOP