MAMADOU LAMINE MASSALY, PRÉSIDENT DU PARTI UNR AU RÉGIME : « Dette, opacité et vérité, le karma existe, et Dieu est juste »




 
 
 
Dans une sortie au vitriol, Mouhamadou Lamine Massaly, président de l’Unr, interpelle les autorités sur la gestion de la dette publique. Le supposé emprunt caché met l’ancien Pca dans tous ses états. Dans une note, il dénonce un manque de transparence qu’il juge préoccupant pour l’avenir du Sénégal.
 
Dans un contexte marqué par des interrogations croissantes sur la gestion des finances publiques, Mouhamadou Lamine Massaly, président du parti de l’Union pour une nouvelle République (Unr), est monté au créneau. Dans une note rendue publique, il s’adresse directement aux dirigeants du pays, évoquant une situation qu’il estime alarmante et appelant à un sursaut de responsabilité. « À vous qui dirigez le Sénégal, je m’adresse sans détour et avec gravité », lance-t-il d’emblée, inscrivant son propos dans un registre à la fois politique et moral. Pour lui, « les principes de transparence et de redevabilité semblent aujourd’hui mis à mal. Le karma existe et Dieu est juste, et l’histoire finit toujours par rattraper ceux qui gouvernent dans l’ombre », fait-il savoir.
L’ancien dignitaire du régime du président Wade pointe ce qu’il considère comme une contradiction majeure. Selon lui, « ceux qui dénonçaient hier une dette cachée » seraient aujourd’hui « confrontés à des pratiques similaires ». Il évoque des « emprunts aux contours flous », contractés sans communication claire ni pédagogie à l’endroit des citoyens. Au cœur de son interpellation, une question précise, « celle des 650 millions d’euros, soit plus de 426,3 milliards de francs Cfa, inscrits dans la loi de finances initiale de 2025. Cette somme a-t-elle été effectivement déclarée et engagée ? », s’interroge-t-il. Et de poursuivre : « si tel est le cas, le peuple sénégalais est en droit de connaître les conditions de cet emprunt, les taux appliqués, les échéances, les garanties, ainsi que les objectifs visés », dit-il. Au-delà des chiffres, Massaly met en avant ce qu’il perçoit comme un décalage entre l’endettement annoncé et la réalité sur le terrain. « Le Sénégal que nous parcourons ne porte pas les marques de tels investissements », déplore-t-il. Il questionne dans la foulée, « l’absence d’infrastructures majeures, de projets structurants ou de réalisations visibles susceptibles de justifier un niveau d’endettement » qu’il juge élevé sur une période relativement courte.
Autre sujet d’inquiétude soulevé, « la disparition du bulletin statistique de la dette, un document censé être publié trimestriellement. Depuis 2024, il semble avoir disparu. Est-il retenu volontairement ? », s’interroge-t-il, y voyant un signe d’un recul de la transparence.
L’accord avec Africa Finance Corporation est également évoqué. Massaly regrette « un manque d’informations sur les modalités de remboursement d’obligations qui auraient été négociées dans ce cadre. Pourquoi ces zones d’ombre sur des décisions qui engagent toute une nation ? », questionne-t-il. Dans son argumentaire, il rappelle que « la dette publique ne saurait être une affaire privée. Ces emprunts n’appartiennent pas aux gouvernants. Ils engagent chaque citoyen et les générations futures », insiste-t-il, plaidant pour une gestion rigoureuse, documentée et accessible à tous.
Le président de l’Unr s’attarde également sur ce qu’il décrit comme une rupture entre les engagements politiques et la pratique du pouvoir. Évoquant le slogan « Jub Jubal Jubbanti », il s’interroge sur sa traduction concrète dans la gestion actuelle des affaires publiques.
En effet, il pose une question qu’il juge incontournable. « Êtes-vous au service de la patrie, ou la patrie est-elle devenue un moyen au service d’intérêts particuliers ? ». Une interrogation qui, selon lui, résume le malaise ressenti par une partie de l’opinion. Pour Massaly, « le contraste entre l’endettement et l’absence de résultats tangibles alimente le doute et fragilise la confiance des citoyens. Les Sénégalais méritent mieux que des silences. Ils méritent la vérité », martèle-t-il.
Cependant face à cette situation qu’il décrit inquiétante, Mouhamadou Lamine Massaly appelle à un changement de cap. « La gestion des finances publiques doit être claire, expliquée et assumée. Chaque franc emprunté doit être retracé, chaque projet visible », soutient-il, estimant qu’il ne s’agit pas d’une faveur, mais d’une obligation. « Gouverner, c’est répondre devant le peuple », rappelle-t-il, avant de conclure que toute gestion sera, tôt ou tard, jugée « devant la nation, devant l’histoire, et devant Dieu ».
 
Fatou DIOP
 
 
LES ECHOS

Dans la même rubrique :