Président du Conseil départemental de Tambacounda et membre éminent du bureau politique de l'Alliance pour la République du président Macky Sall, Mamadou Kassé a donné son opinion sur l'actualité. Déboires des supporters sénégalais au Maroc, la réaction des jeunes de Rufisque, la crise universitaire, les accusations contre l'opposition. La question de l'homosexualité au Sénégal jusqu'aux engagements pris par le chef de l'État lors de sa tournée économique dans la région de Tambacounda, le président du conseil départemental, sans concession.
Comme tout le monde, vous avez peut-être suivi le verdict rendu par le Tribunal de Rabat, la semaine passée. Justement quel est le sentiment qui vous anime ?
Mon sentiment est d’abord animé de la fibre patriotique parce qu'il s’agit de compatriotes confrontés à une procédure judiciaire à l’étranger, dont le sort suscite chez moi une émotion particulière. Seulement, au-delà de l’émotion, nous devons garder la tête froide parce que le Sénégal est un État responsable et respectable. C'est pour cela qu'à ce stade, les voies diplomatiques doivent être privilégiées pour que nos compatriotes recouvrent la liberté qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Donc j'en conclus qu'après ce lourd verdict, l’émotion est légitime, mais les réponses sont à chercher dans la voie diplomatique.
A Rufisque, certains, notamment les jeunes, sont sortis pour manifester contre cette décision. Est-ce le bon comportement, quand on sait que les autorités marocaines depuis le début de cette affaire n'ont fait aucune concession ?
Je comprends l’indignation d’une partie de la jeunesse qui pense à ces supporters qui étaient partis sous le drapeau pour se retrouver derrière les barreaux. Cependant, la révolte dans la rue n’est pas toujours la solution, surtout lorsqu’il s’agit d’un dossier géré dans un pays comme le Maroc avec lequel nous avons des relations historiques et des positions communes au niveau international sur plusieurs questions.
Ce qui est important aujourd’hui, c’est de s’assurer que les droits fondamentaux des détenus soient respectés, conformément aux conventions internationales et je pense qu'ils disposent de l'assistance pour cela. En tout cas la violence n'est pas la réponse appropriée.
Madiambal Diagne, par rapport à cette question précisément, a fait quelques propositions pour qu'on puisse dépasser cette situation. Vous les partagez ?
Je pense que toute proposition qui vise à apaiser et à trouver une solution constructive mérite d’être examinée. Il apparaît que sa proposition appelle à l'utilisation de passerelles diplomatiques pour obtenir la grâce pour les détenus. A mon sens, quelle que soit le voie, l'essentiel est que ces supporters sénégalais retrouvent leur pays.
Au niveau de l'Alliance pour la République, le Président Macky Sall a opéré quelques changements, en vous nommant à la tête du très stratégique poste des Finances. Comment se portent les finances de l'Apr ? Les signaux sont au rouge ou au vert ?
Permettez-moi d’abord une précision, j'ai été nommé secrétaire national aux affaires économiques et financières au sein de l’Alliance pour la République.
À la suite des réaménagements opérés par le Président Macky Sall, cette responsabilité traduit une volonté de structuration et de modernisation, mais surtout de réflexion sur l'approche programmatique et la critique constructive sur l'orientation économique actuelle de notre pays. Nous nous y attellerons avec tout l'engagement nécessaire avec de bonnes ressources humaines du parti conformément au vœu du président du parti. Sur la situation financière du parti, posez la question au trésorier général du parti qui pourra vous donner les réponses appropriées (rires).
Avec votre programme de reconquête du pouvoir, beaucoup de vos camarades ont, semble-t-il, repris du service. Vous pensez que l'Apr peut revenir au pouvoir ?
Bien sûr. Les alternances ne signifient pas la disparition, mais le repositionnement tel que vous pouvez le constater pour un grand parti comme l'Apr qui, malgré la perte des responsabilités, reste résilient et attractif avec des adhésions massives et une crédibilité à la base.
En effet, L’Apr demeure un parti fort, avec un ancrage territorial solide et une expérience de gouvernance. Retenons donc qu'un grand parti ne disparaît pas, il se réorganise et gagne en maturité pour engager les combats futurs. Il est clair que les Sénégalais ont pu se rendre compte que Macky Sall au-delà d'être un visionnaire a permis au Sénégal de faire des bonds considérables matérialisés par des résultats concrets et des réalisations visibles et palpables.
Comment se porte l'Apr à Tambacounda ? Êtes-vous toujours le premier parti dans la région ?
À Tambacounda, l’Apr reste une force politique majeure. Nous avons un maillage territorial certain, des élus engagés et surtout, une base militante active. De plus, Tambacounda a bénéficié d’investissements structurants ces dernières années, et cela reste dans la mémoire collective comme des acquis favorables à nos actions politiques.
On ne peut pas évoquer l'actualité avec vous, sans pour autant parler de ce qui se passe dans les universités du Sénégal, avec la grève des étudiants et la sortie du procureur. A ce stade des choses, quel est le discours qui vous semble le plus plausible, entre celui défendu par les autorités étatiques et les étudiants ?
Les étudiants ont le droit d’exprimer des revendications légitimes concernant leurs bourses. Ce qu’il faut éviter, c’est l’escalade. Le dialogue doit primer et il est de la responsabilité du gouvernement d'instaurer les voix dudit dialogue et de trouver des solutions aux différentes plateformes de revendications. Une université ne doit jamais devenir un champ de confrontation politique mais doit rester un lieu exclusif de transmission des savoirs. C'est pour cela que la révoltante mort de l'étudiant Abdoulaye Ba doit être élucidée.
Ce qui est étonnant aussi c'est que ceux qui il y trois ans signaient des pétitions à tout va sur la situation de l'université, restent aphones face aux dérives actuelles. Leurs pétitions, ainsi que je le soupçonnais, étaient animés d'objectifs aujourd'hui très clairs.
Abdou Nguer, pour avoir dit ce qu'il pense du premier communiqué du procureur de la République, est aujourd'hui en prison. Est-ce que ce n'est pas aussi une atteinte à ses droits, sa liberté d'émettre son opinion sur des sujets qui touchent à la vie de la Nation ?
La liberté d’expression est un principe fondamental que les Sénégalais ne sont pas prêts à négocier même si elle doit s’exercer dans le respect de nos lois et règlements.
Je pense que dans une démocratie mature comme la nôtre, le débat doit être encouragé mais pas étouffé. Aussi, la justice doit s'appliquer avec équilibre et proportionnalité. Donc pour le cas de Abdou Nguer, ce qui est surprenant c'est que ce qui devait être jugé en flagrant délit puisse être renvoyé à des délais qui semblent s'en éloigner.
On vous accuse, vous de l'opposition, d'avoir instrumentalisé les étudiants pour rendre ce pays ingouvernable...
C’est une accusation classique adressée à l’opposition, mais vous savez bien que ni l'Apr ni les autres Partis d'opposition n’ont besoin d’instrumentaliser qui que ce soit. Les difficultés sociales parlent d’elles-mêmes et les étudiants sont assez responsables pour prendre en charge leurs revendications. Notre rôle est d’analyser et de proposer. En somme, la forme d'opposition a changé il s'agit de s'opposer mais pas de manipuler.
Le pouvoir doit comprendre que la critique n’est pas une déstabilisation, mais une fonction démocratique dont l'opposition ne fera jamais l'économie au risque de dévoyer son rôle principal. Ce que nous avons toujours rejeté à savoir la violence, nous n'en ferons jamais la promotion.
L'actualité, c'est aussi le débat sur la question de l'homosexualité et le durcissement des peines. Avez-vous vous un mot là-dessus.
C’est un sujet sensible, qui touche aux valeurs sociales, culturelles et religieuses de notre pays. Tout le monde sait que les Sénégalais demandent juste que ceux qui avaient promis la criminalisation passent à l'acte. Le peuple leur a tout donné pour cela, notamment une confortable majorité à l’Assemblée nationale.
Ma conviction est que les lois doivent refléter les réalités sociétales tout en évitant les risques d'une stigmatisation injustifiée.
Le président de la République, dans le cadre de sa tournée économique dans la région de Tambacounda, avait annoncé plusieurs mesures. Pour le Pcd de Tambacounda que vous êtes, qu'en est-il des promesses, concernant l'Université du Sénégal oriental et les autres mesures de relance économique ?
Nous nous réjouissons que pour les grands projets engagés depuis le Plan Sénégal émergent (Pse) la continuité ait été choisie comme modus operandi. L'Université du Sénégal oriental à Tambacounda est une très belle réalisation née du Yoonu Yokkuté, programme politique du Président Macky Sall et ayant pris forme dans le Pse, programme de gouvernance choisi en 2014. Le voir se concrétiser dans l'agenda de transformation du nouveau régime serait la meilleure preuve de la continuité de l'Etat, processus dans lequel le mérite de chacun doit être vanté.
C'est aussi le cas pour le terminal à containers et la densification du réseau routier et autoroutier dans notre zone dans le cadre du Programme spécial de désenclavement (Psd).
Enfin, nous accueillons avec beaucoup d'espoir le fait que le président de la République ait demandé au Premier ministre de travailler sur les contours du Plan Diomaye pour le Sénégal oriental tout en espérant qu'il ne connaîtra pas le même sort que le Plan Diomaye pour la Casamance qui, de mon point de vue, peine à produire les résultats escomptés. Tambacounda ne demande pas des privilèges exceptionnels mais simplement justice territoriale, équité et respect des engagements.
Propos recueillis par
Madou MBODJ