MADIEYE MBODJ, VICE-PRESIDENT DE PASTEF CHARGE DE LA VIE POLITIQUE NATIONALE « Toute crise, si elle est gérée avec lucidité et maturité, porte potentiellement en elle les germes d’un dépassement positif »




 
 
 
 
 
En attendant d’avoir un nouveau gouvernement pour savoir si le Président Diomaye va s’inscrire dans la continuité ou dans la rupture, après le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko, le vice-président de Pastef chargé de la vie politique nationale, Madièye Mbodj, est persuadé que si cette crise est gérée avec lucidité et maturité, elle peut porter les germes d’un dépassement positif, voire d’un grand bond en avant. Par contre, il estime que la dislocation du duo serait préjudiciable au Projet et porterait, dit-il, un coup de semonce à la marche en avant de la révolution démocratique.
 
 
 
 
 
Les Echos : La date du 1er congrès de   Pastef a été récemment fixée au 6 juin prochain. Quelles sont les mesures phares attendues, au moment même où le président de la République vient de limoger le Premier ministre Ousmane Sonko, président de votre parti ?
 
Madièye Mbodj : « Ce 1er congrès  que nous n’avons pas pu tenir précédemment  à cause essentiellement des années de braise imposées par le régime autocratique finalement déchu, devrait contribuer à renforcer l’organisation et l’unité du parti, valider ses textes de base et normaliser la composition de ses instances, à préciser ses orientation et ses tâches dans la nouvelle période historique d’approfondissement de la Révolution du 24 Mars, avec la conviction forte que dans le domaine de la politique, il n’existe aucun acquis définitif. Il nous revient aussi, dans ce cadre, de prendre en charge une    tâche importante, celle de systématiser et de théoriser notre expérience sénégalaise d’amorce d’une Révolution démocratique, sociale, citoyenne et populaire d’inspiration souverainiste et panafricaniste, en nous attachant à en situer les forces, faiblesses et limites, à en tirer les leçons apprises et en  à dresser les perspectives, pour un partage le plus fécond possible en notre sein ainsi qu’avec les autres peuples frères d’Afrique et du monde. Quant à Ousmane Sonko, le 1er Congrès sera l’occasion pour les militants de l’élire dans la transparence, officiellement et démocratiquement à la tête du parti, qu’il continuera à inspirer. Entre le PR et le PM, soit dit en passant, chacun des deux protagonistes a tenu parole : ‘’Je ne démissionnerai pas’’, avait martelé le PM Sonko, Gardien de la Révolution. ‘’Quand je n’aurai plus confiance en lui, je prendrai mon décret’’, avait précisé le président de la République, Gardien de la Constitution. Toute crise, si seulement elle est gérée avec lucidité et maturité, porte potentiellement en elle les germes d’un dépassement positif, voire d’un grand bond en avant. Au Peuple sénégalais alors, Garant de la Révolution, de déterminer souverainement la suite de la marche en avant du pays sur le chemin de la rupture alternative, tracé dans l’Agenda national de transformation, Sénégal Vision 2050 ». 
 
Qu’est-ce qui peut expliquer cette situation de relations heurtées entre le Président et son PM, deux responsables politiques présentés pourtant comme un bloc indivisible lors de l’élection présidentielle de 2024 ?
 
« Vous savez, Wolof Njaay le souligne si bien : ‘’Nit da fa lëndëm’’, autrement dit, l’être humain est profondément opaque, c’est-à-dire de nature difficilement saisissable. Autre vérité largement partagée sous toutes les latitudes : ‘’le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument’’. Mais on a tendance quelque part à oublier de souligner que le pouvoir agit aussi bien souvent plutôt comme un révélateur, un révélateur grandeur nature du côté sombre de l’individu, comme le laisse entendre le juste principe de la dialectique marxiste selon lequel ‘’un se divise en deux !’’ Après la victoire, Diomaye et Sonko se sont retrouvés tous les deux à la tête de l’Etat, à des positions stratégiques mais différentes. Une situation nouvelle à laquelle il faut ajouter la complexité quasi-inédite du rapport à gérer entre, d’un côté le chef de l’Etat, auquel la Constitution et presque tout notre héritage politique colonial et néocolonial confèrent la plénitude des pouvoirs. Dans notre expérience, le président de la République est le gardien légal et légitime de la Constitution, de l’autre côté, le Premier ministre, en même temps président du parti majoritaire et ‘’chef politique’’ du chef de l’Etat lui-même - qui continue de revendiquer sa qualité de militant de Pastef -, se positionne comme le Gardien légitime et légal de la Révolution.  En ce moment-ci des parcours politiques et économiques en cours dans notre pays, la dislocation du duo Sonko-Diomaye, tant voulue et attendue par tous les ennemis du Projet, serait préjudiciable sans aucun doute, certes au Projet, mais aussi forcément quelque part et à l’un et à l’autre. La portée d’une telle situation va d’ailleurs au-delà de leurs personnes respectives, elle porterait un coup de semonce, subjectivement et objectivement, à la marche en avant de la révolution démocratique d’inspiration souverainiste et panafricaniste tant au Sénégal qu’à travers le continent tout entier et la diaspora. Ce n’est pas un hasard si tous les tenants du système et ennemis du Projet, de la souveraineté et du progrès de l’Afrique, ainsi que leurs divers relais de l’intérieur comme de l’extérieur, soliloquent, insolences et injures à la bouche, concentrant leurs micros, leurs attaques, injures, mensonges et calomnies de bas étage sur la personne d’Ousmane Sonko, qui entend rester fidèlement aux côtés du peuple, premier garant de cette même Révolution ! »
 
Le Président Diomaye Faye persiste à croire que si ce n’était la Coalition Diomaye Président, il n’aurait pas pu être président. Vous qui êtes témoin de l’historique de cette candidature, quel est le vrai du faux dans cette affaire et quel est l’apport réel de Pastef à l’élection de Bassirou Diomaye Faye ?
 
Il faudrait d’abord savoir de quelle Coalition Diomaye Président on parle ! C’est un fait de l’histoire, sans Pastef et sans son leader Ousmane Sonko, on ne parlerait pas aujourd’hui au Sénégal d’un président de la République du nom de Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Il demeure évident cependant qu’il a fallu par- dessus tout l’adhésion massive du peuple, sans oublier le coefficient personnel du candidat ni la conjonction avérée, peu ou prou, avec différentes entités, pour assurer la victoire du 24 mars 2024 de façon incontestable dès le 1er tour.  La Coalition Diomaye Président que moi je connais et que j’ai contribué à mettre en place, dans sa conception, son organisation et son déploiement, aux côtés d’autres dirigeants de Pastef et d’alliés de la 1ère heure, à l’exemple des Leaders (hommes et femmes) Alliés du Candidat Ousmane Sonko (Lacos), est celle-là même initialement constituée en tant que        Coalition Sonko Président, laquelle a courageusement affronté et contourné tous les obstacles et interdictions, jusqu’à l’enregistrement audiovisuel de la cérémonie d’investiture du candidat Sonko, réalisée sous la supervision de son infatigable mandataire Ayib Daffé et d’autres leaders ou responsables :  c’est cette Coalition Sonko Président qui est devenue par la suite, comme on le sait,  Coalition Diomaye Président avec le camarade juriste Amadou Ba comme mandataire, dès lors que, par ses manœuvres arbitraires successives, le régime Apr-Bby avait fini d’écarter arbitrairement et définitivement la candidature de Sonko. Nous étions là, un groupe de plusieurs dirigeants, quand il s’était agi de désigner, sous la responsabilité de Sonko, les cinq candidats potentiels membres de Pastef, chacun muni d’un récépissé de parti en bonne et due forme, ainsi que les deux alliés candidats, l’objectif étant de déjouer les pièges de Macky Sall et, dans tous les cas, d’assurer la présence au moins d’un de nos candidats à l’élection présidentielle de mars 2024. Nous étions encore là quand finalement le choix du président du parti porta sur Bassirou Diomaye Faye comme candidat officiel de Pastef, tout en maintenant par précaution les candidatures des deux alliés, M. Habib Sy et M. Cheikh Tidiane Dièye. Nous étions aussi là quand il a fallu choisir de répartir avec toute la rigueur requise, les récépissés et parrainages entre les trois candidats retenus et validés -Faye, Sy et Dièye : les récépissés de parti, les parrainages des élus et les parrainages citoyens. Il ressort clairement de ces quelques illustrations, et ce n’est là qu’un aperçu sommaire, que c’est bien le parti Pastef, ce qui est d’ailleurs naturel et normal, qui a porté principalement la candidature de Bassirou Diomaye Faye , son Sg encore à l’époque ; il l’a bien portée de bout en bout, par-delà les embuches et les traquenards du Macky, avec faut-il le répéter ici, l’apport combatif et multiforme de nos différents alliés, dans la coalition ou hors de la coalition, à tel ou tel moment crucial de la lutte. C’est le parti Pastef, la perspicacité et la crédibilité de son leader, qui ont principalement permis de définir la tactique électorale, de mobiliser les moyens requis, de renforcer grandement la confiance à l’endroit du Candidat choisi, en plus naturellement du coefficient personnel de celui-ci comme dit plus haut, de motiver largement la mobilisation populaire à travers une campagne électorale mémorable menée tambour battant pendant dix jours seulement, dès la sortie de prison ».
 
 
 
 
 
 
M. CISS
 

LES ECHOS

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