Deux convocations en moins d’un mois, des violences qui persistent et une décision radicale qui fracture le monde de l’arène. Face à la montée des agressions et des débordements, la Fédération sénégalaise de lutte campe sur sa position : suspension des Face à Face et Open Press. Une ligne dure assumée par Bira Sène, contestée frontalement par les promoteurs, Baye Ndiaye en tête.
Le gouverneur rappelle tout le monde à l’ordre
Le monde de la lutte sénégalaise vit des heures sous haute surveillance administrative. En moins de trente jours, le gouverneur de Dakar, Ousmane Kane, a convoqué à deux reprises les acteurs de l’arène. Après une première rencontre, le 8 janvier dernier, consacrée aux problèmes de simol et aux violences récurrentes, une nouvelle réunion s’est tenue ce jeudi à la gouvernance de Dakar.
Si l’objet officiel de cette seconde convocation n’a pas été communiqué, le fond ne laisse que peu de place au doute : violences lors des Face à Face, débordements dans les rues après les galas, agressions et saccages devenus quasi systématiques. Un climat délétère qui inquiète l’autorité administrative et place la lutte sous la menace d’un coup d’arrêt brutal.
Bira Sène droit dans ses bottes
Présent à la rencontre, le président de la Fédération sénégalaise de lutte, Ibrahima Sène dit Bira, n’a pas esquivé le débat. Face aux critiques de certains promoteurs, il a réaffirmé sa décision de suspendre les Face à Face et Open Press, estimant qu’il s’agissait d’un passage obligé pour freiner la spirale de la violence. «S’il n’y avait pas cette décision, personne n’allait penser à trouver des solutions !», a-t-il lancé, convaincu que le choc provoqué par la suspension est nécessaire pour réveiller les consciences. Tout en se disant disposé à accompagner les promoteurs, le patron de la lutte insiste sur l’urgence d’une solution durable. «Nous sommes prêts à accompagner les promoteurs mais il faut régler ce problème et trouver une solution durable pour le bien des Sénégalais», a-t-il martelé.
La confidence qui change tout
C’est sur un ton plus grave que Bira Sène a livré une révélation lourde de sens, appelant l’ensemble des acteurs à la responsabilité collective.
« Le gouverneur de Dakar avait pris la décision d’arrêter définitivement la lutte. Et ce, avant même que je ne prenne service », confie-t-il.
Une décision extrême qu’il affirme avoir réussi à temporiser.
« Je lui ai demandé de nous accorder du temps et de nous accompagner. Donc j’assume la décision que j’ai prise, car je l’ai prise en toute responsabilité », insiste-t-il, avant d’appeler à un changement profond : « Il faut un retour aux fondamentaux… »
Un avertissement clair : si les violences persistent, la survie même de la lutte pourrait être remise en cause.
Sponsors, visibilité et engagements en jeu, Baye Ndiaye brise le consensus
Mais cette ligne dure ne fait pas l’unanimité. En marge de la réunion, le promoteur Baye Ndiaye a publiquement exprimé son désaccord avec la suspension des Face à Face, tout en validant le principe des sanctions contre les lutteurs violents.
Devant le gouverneur Ousmane Kane et le président de la Fsl, le patron d’Albourakh Events n’a pas mâché ses mots, qualifiant la mesure de «mauvaise décision» et appelant à sa révision, même à titre provisoire. «Nous sommes en phase avec Bira Sène sur les sanctions infligées aux lutteurs car la violence n’a pas sa place dans l’arène», reconnaît-il, avant de poser ses limites : «mais, en ce qui concerne l’arrêt des Face à Face, nous ne pensons pas que c’est la bonne décision.»
Pour Baye Ndiaye, la méthode pose un problème autant que le fond. «Il devait en amont consulter les promoteurs avant de prendre cette décision, car nous avons des engagements avec les sponsors qui ne peuvent avoir de la visibilité qu’à travers les Face à Face», déplore-t-il.
Un argument économique central dans un sport où la promotion conditionne la réussite des galas et l’équilibre financier des événements.
Plutôt qu’une suppression pure et simple, le promoteur avance une alternative : encadrer strictement les Face à Face dans des espaces sécurisés, sous contrôle des forces de l’ordre. «Le Cices est un lieu où on peut organiser des Face à Face sans problèmes», affirme-t-il, fort de son expérience. «J’ai à maintes reprises organisé des Face à Face là-bas avec l’assistance de la gendarmerie et il n’y a jamais eu de débordements.»
Et de rappeler une réalité incontournable du spectacle : « on ne peut organiser un combat sans en faire la promotion », insiste Baye Ndiaye, promoteur du combat royal entre Modou Lô et Sa Thiès prévu le 5 avril 2026, avant de conclure sa prise de position par un appel clair : « je suggère qu’on puisse revoir cette décision. »
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