Le groupe parlementaire Takku-Wallu Sénégal a décidé de ne plus saisir le Conseil constitutionnel contre la réforme du Code électoral, invoquant le contexte politique et les récentes déclarations du chef de l’État. Une décision qui traduit un repositionnement tactique, sur fond de tensions au sein du pouvoir.
Le groupe parlementaire Takku-Wallu Sénégal a finalement choisi de ne pas engager de recours devant le Conseil constitutionnel contre la loi modifiant les articles L29 et L30 du Code électoral, pourtant adoptée par la majorité. Dans un communiqué rendu public ce 5 mai à Dakar, les députés de l’opposition expliquent avoir « souverainement » décidé de surseoir à cette démarche, après « de larges discussions » et « une analyse approfondie du contexte politique actuel ».
Ce revirement intervient alors même que le groupe avait annoncé, dans la foulée du vote du texte, son intention de contester sa constitutionnalité. Mais entre-temps, un élément nouveau est venu rebattre les cartes : la prise de parole du président de la République, qui s’est exprimé publiquement sur la réforme en question, annonçant des mesures à venir portant sur les mêmes dispositions législatives.
Dans ce contexte, Takku-Wallu Sénégal dit vouloir éviter toute interférence dans ce qu’il décrit comme des « tensions internes » au sein du parti au pouvoir. Le groupe parlementaire affirme ne pas vouloir « prendre position dans des querelles partisanes qui se jouent de l’intérêt supérieur du Sénégal », une formule qui en dit long sur la lecture politique qu’il fait de la séquence actuelle.
Derrière cette posture, se dessine une stratégie claire : laisser la majorité assumer seule les conséquences de ses choix législatifs. « Par cette décision, le groupe parlementaire Takku-Wallu Sénégal laisse ainsi la majorité face à ses propres responsabilités », souligne le communiqué, tout en promettant de rester vigilant quant à la préservation des acquis démocratiques.
Ce choix de ne pas saisir le juge constitutionnel peut être interprété de plusieurs manières. D’un côté, il traduit une volonté d’apaisement dans un climat politique déjà sous tension, marqué par des dissensions internes au sein du pouvoir. De l’autre, il peut aussi être perçu comme une manière pour l’opposition parlementaire de ne pas offrir à la majorité un terrain de confrontation juridique qui pourrait, paradoxalement, renforcer sa position.
En creux, Takku-Wallu Sénégal semble également envoyer un signal politique : celui d’une opposition qui entend se démarquer des luttes internes du camp présidentiel, tout en se positionnant comme garante des équilibres institutionnels. Une ligne de crête délicate, dans un contexte où chaque prise de position est scrutée à l’aune des recompositions politiques en cours.
Reste que cette décision soulève des interrogations. En renonçant à saisir le Conseil constitutionnel, le groupe parlementaire se prive d’un levier institutionnel majeur pour contester une loi qu’il jugeait, quelques jours plus tôt, problématique. Ce choix traduit-il une confiance dans les annonces présidentielles ? Ou une prudence dictée par l’incertitude entourant l’évolution du rapport de forces au sommet de l’État ?
Quoi qu’il en soit, Takku-Wallu Sénégal réaffirme son rôle d’opposition « constructive » et de « veille républicaine » au sein de l’Assemblée nationale. Une manière de rappeler qu’au-delà de cet épisode, le groupe entend continuer à peser dans le débat politique, sans nécessairement recourir à l’arme juridictionnelle.
Sidy Djimby NDAO
Pape Djibril Fall se démarque de l’initiative des non inscrits
«Je n’ai ni été informé ni associé à cette démarche»
La décision de 13 députés non inscrits de ne pas faire un recours en inconstitutionnalité ne concerne pas Pape Djibril Fall. Dans un communiqué, le président de Les Serviteurs se veut clair : «je viens de constater avec une très grande surprise un communiqué attribué aux députés non-inscrits. Vous constaterez avec moi que je ne suis pas signataire de ce communiqué. J’informe l’opinion publique que je n’ai ni été informé ni associé à cette démarche. Je garde ma position de principe sur cette modification des articles L29 et L30 du code électoral, qui ne vise qu’à sécuriser de manière antidémocratique et peu orthodoxe la candidature de celui qui nous sert actuellement de Premier ministre.
Thierno Alassane Sall aussi
«Nous ne renonçons pas à saisir le Conseil constitutionnel…»
Lui aussi cité dans l’initiative des non inscrits de ne pas faire un recours en inconstitutionnalité, Thierno Alassane Sall s’en démarque. Le président de la République des Valeurs écrit dans un communiqué : «nous ne renonçons pas à saisir le Conseil constitutionnel au sujet de la loi portant réforme des articles L.29 et L.30 du Code électoral. Les discussions avec les collègues députés sont toujours en cours. Nous invitons les députés de toute obédience à rejoindre l’initiative. La saisine du Conseil constitutionnel en l’espèce est un devoir, car, comme le disait Mamadou Dia, «on ne renonce pas à un devoir». On ne saisit pas le juge constitutionnel pour ou contre quelqu’un : on le saisit pour protéger la démocratie et l’État de droit. Il nous semble essentiel de saisir toute occasion pour écarter une loi manifestement inconstitutionnelle».