La France a officiellement réagi au récent durcissement de la législation sur l’homosexualité au Sénégal. Paris a en effet exprimé sa «préoccupation» face à l’évolution du cadre juridique visant les personnes Lgbt+. Cette prise de position intervient dans un contexte de premières condamnations judiciaires et de critiques croissantes au niveau international.
À la suite de l’adoption, en mars dernier, d’une loi renforçant la répression des relations homosexuelles au Sénégal, la France a exprimé, par la voix de son ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, sa «préoccupation» face au durcissement significatif du cadre juridique visant les personnes Lgbt+. Lors d’un point de presse tenu le jeudi 16 avril, le porte-parole du Quai d’Orsay, Pascal Confavreux, a déclaré que la France suivait «avec attention et inquiétude» l’évolution de la législation sénégalaise. Il a notamment souligné que le doublement des peines encourues, ainsi que l’introduction de nouvelles incriminations liées à «l’apologie» ou au financement de la promotion de l’homosexualité, constituaient des éléments préoccupants au regard des engagements internationaux en matière de droits humains.
Le Quai d’Orsay a évoqué le sujet avec Cheikh Niang
Selon les informations rapportées par Agence France-Presse, cette question a également été évoquée au plus haut niveau diplomatique. Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est entretenu récemment à Paris avec son homologue sénégalais, Cheikh Niang. Si le contenu détaillé de cet échange n’a pas été rendu public, il s’inscrit dans une séquence diplomatique où les enjeux liés aux libertés individuelles occupent une place croissante dans les relations bilatérales.
Dans sa déclaration, le Quai d’Orsay a tenu à rappeler la doctrine constante de la France en la matière. «La France est engagée mondialement en faveur de la dépénalisation universelle de l’homosexualité, de la défense des droits des personnes Lgbt+ et de la lutte contre toutes les formes de discrimination fondées sur l’orientation sexuelle», a insisté Pascal Confavreux. Une position qui s’inscrit dans la continuité des engagements internationaux de Paris, notamment au sein des instances onusiennes et européennes.
Une autre condamnation
Au-delà de la position française, cette évolution législative suscite une mobilisation plus large sur la scène internationale. Le Haut-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dénoncé un texte «contraire aux principes fondamentaux des droits humains», estimant qu’il pourrait «renforcer la stigmatisation et les discriminations à l’encontre des minorités sexuelles». Plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont également alerté sur «les risques d’une criminalisation accrue, susceptible d’encourager les abus et de restreindre davantage les libertés individuelles».
Ce durcissement intervient dans un contexte national particulièrement sensible, où la question de l’homosexualité suscite des débats intenses, à la croisée des considérations religieuses, culturelles et politiques. Si les autorités sénégalaises justifient cette évolution par la nécessité de préserver les valeurs sociétales, ses détracteurs y voient une atteinte aux libertés fondamentales et un recul préoccupant de l’État de droit.
Dans ce climat, la prise de position de la France, bien que mesurée dans sa formulation, témoigne d’une vigilance accrue des partenaires internationaux du Sénégal. Elle illustre également la délicatesse d’un sujet où se confrontent souveraineté nationale et normes universelles des droits humains, dans un équilibre toujours plus difficile à maintenir.
Sidy Djimby NDAO