LITIGE FONCIER A KINIABOUR: Après avoir fait emprisonner 5 villageois, l’Ageroute escortée par les gendarmes pour terrasser leurs champs



 
 
 
 
Le litige foncier qui oppose l’Ageroute (qui construit l’autoroute Aibd-Mbour) à des populations de Kiniabour (à environ 65 km de Dakar) a pris un autre tournant, hier. Alors que 5 des propriétaires des champs concernés sont actuellement emprisonnés à la prison de Mbour, l’agence, sous couvert du préfet de Mbour, a débarqué très tôt hier sur le site, accompagnée d’une forte escorte de gendarmes. Impuissants, les paysans n’avaient que leurs yeux pour constater la destruction de leurs cultures et la confiscation de leurs champs. Lâchées par leur maire qui s’est lavé les mains de cette affaire, les victimes n’ont pu que commettre un huissier pour constater les dégâts, dans la perspective d’une bataille judiciaire.
 
 
 
«C’est aux environs de 7h du matin que des femmes qui allaient au travail ont vu des agents de l’Ageroute et des gendarmes dans les champs. Elles nous ont alertés. Mais quand nous sommes arrivés, nous ne pouvions rien faire. Ils ont dit qu’ils avaient un ordre du préfet. Nous sommes restés en spectateurs à les regarder tout détruire. Nous sommes en plein hivernage et il y avait des cultures dans les champs. Ils ont tout détruit et fait le terrassement», a déclaré Amadou Diouf, un des membres des familles concernées et dont le grand-frère fait partie des cinq villageois détenus à Mbour depuis une semaine, pour coups et blessures sur des agents de l’Ageroute, qui avaient retiré leur plainte. Les villageois qui ont commis un huissier pour faire le constat, entendent user de toutes les voies de droit pour se faire justice.
 
 
 
La mairie de Sindia s’en lave les mains
 
 
 
Les populations dépossédées de leurs terres sont d’autant plus amères que les autorités locales de la mairie de Sindia leur ont tourné le dos. «Nous nous sommes rendus à le maire, mais le maire a refusé de nous recevoir. On a vu son adjoint qui nous a dit qu’ils ne sont pas au courant de cette opération», fustige Amadou Diouf, qui trouve l’excuse trop facile.
 
 
 
Soupçons de deals…
 
 
 
Pour Amadou Diouf, cette affaire est d’autant plus scandaleuse que rien ne leur prouve que les terres soient affectées à l’Ageroute. «Personne ne nous a montré de papiers ou document quelconque pour justifier la confiscation de nos terres. Il n’y a eu aucune notification. Il n’y a eu aucune audience publique, aucune étude environnementale, s’il s’agit d’un nouveau projet», dit-il. Abondant dans le même sens, Saliou Ngom est d’autant plus outré que l’espace réservé à l’autoroute a déjà été affecté sans coup férir. «Nos terres de culture se trouvent hors de la clôture de l'autoroute. C’est une zone qui n’a rien à voir avec le projet d'autoroute. L’autoroute est déjà construite et clôturée. Sur les 100m de large que l’Ageroute avait pris, la route (2 voies) n’a même pas occupé les 25m, donc plus de 75m au total sont inexploités entre la route et la clôture. L’Ageroute n’a même pas pu exploiter les 30% des 100m qu’elle nous avait initialement pris», dénonce-t-il, des photos à l’appui.
Et de soupçonner des mains invisibles de privés derrière cette affaire : «voilà qu’on sort encore de la clôture et s'empare de nos champs, parce que tout simplement la zone est propice a la construction d'habitations, d’hôtels, de stations d'essence pour des privés…, au détriment de notre agriculture vivrière et des perspectives d'habitat de la population de Kiniabour». Et de conclure avec une note de désespoir quand à la marche du pays. «Voici le Sénégal d’aujourd'hui. Un Sénégal où on vous arrache vos biens pour les remettre à d'autres ; un Sénégal où vous vous réveillez un jour pour assister à la destruction abusive et organisée de ce que vous et votre famille avez construit pendant toute votre vie».
 
Mbaye THIANDOUM

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