Dans une déclaration au vitriol, le Secrétariat exécutif national de l’Alliance pour la République (Apr) s’est livré à un exercice de tir nourri contre le pouvoir en place. Entre sarcasmes appuyés, dénonciations acerbes et appels à la mobilisation, le parti de l’ancien président Macky Sall dresse un réquisitoire sans concession contre ce qu’il qualifie de dérive autoritaire et d’improvisation économique.
La dernière déclaration du Secrétariat exécutif national de l’Apr n’a pas ménagé la gestion du régime de Pastef. Dès l’entame, l’Apr applaudit sans ironie cette fois la décision du Conseil constitutionnel rendue le 8 avril 2026. Une décision qui, selon le parti, a eu le mérite de « sauver la liberté de la presse d’un naufrage programmé ». Dans le viseur, « certaines dispositions de la loi portant création du Conseil national de régulation des médias (Cnrm) », jugées liberticides. Dans un style qui oscille entre le soulagement et la pique bien sentie, l’Apr salue le rôle des députés ayant saisi le juge constitutionnel. Une manière piquante, selon le point de vue de rappeler que, parfois, l’opposition effectue le travail que le pouvoir semble avoir oublié.
Une liberté de la presse « rescapée de justesse »
Pour l’Apr, la tentative du régime était claire, « museler la presse après l’avoir déjà affamée financièrement et intimidée judiciairement ». Rien que ça. Le parti parle même d’une volonté d’« annihilation totale de la liberté d’informer ». Et comme dans toute bonne pièce satirique, le message est clair, « si les institutions tiennent encore debout, ce ne serait visiblement pas grâce au gouvernement », vitupère le parti de l’ancien président de la République.
Le ministre de la Communication sommé de lâcher du lest
L’Apr ne s’arrête pas en si bon chemin. Elle enjoint le ministre de la Communication de « mettre fin à ce qu’elle qualifie de harcèlement des médias privés ». Dans cette séquence, le parti joue la carte du défenseur des libertés, appelant « à laisser les journalistes travailler au service de la démocratie ». Une posture classique de l’opposition, mais ici servie avec une pointe d’ironie qui donne à la déclaration des allures de chronique politique mordante.
Austérité, le festival des mauvaises nouvelles
Changement de registre, mais pas de ton. Sur le front économique, l’Apr sort l’artillerie lourde. Et le Premier ministre en prend pour son grade. Dans une formule qui résume à elle seule l’esprit du texte, il est décrit comme un « annonciateur permanent de mauvaises nouvelles ». Le parti dénonce « une politique d’austérité » jugée « violente », qui frapperait indistinctement jeunes, femmes, ruraux et retraités. Une liste suffisamment large pour donner le sentiment que personne n’échappe à la tempête. Et comme si cela ne suffisait pas, l’Apr accuse « le gouvernement d’avoir trouvé une solution miracle à tous les problèmes. Une « politique de matraquage fiscal », dit-elle, qui ferait passer le percepteur pour la figure centrale de l’action publique.
Train de vie de l’Etat : « faites ce que je dis, pas ce que je fais »
Le contraste, selon l’Apr, est saisissant. D’un côté, des populations « en souffrance ». De l’autre, un pouvoir accusé d’opulence, de gabegie et de copinage. Le tableau est volontairement noirci, presque caricatural, mais c’est précisément ce qui fait le sel du texte. Le parti dénonce une gouvernance où les efforts sont demandés aux citoyens pendant que l’État, lui, ne se les applique pas. Une critique classique, mais ici enrobée d’un ton qui flirte avec la satire politique. Dans ce concert de critiques, l’Apr prend aussi soin de se positionner aux côtés des syndicats et des forces sociales. Elle exprime sa solidarité avec les travailleurs et appelle le gouvernement à répondre « immédiatement » à leurs préoccupations.
Libertés publiques, la charge finale
La déclaration revient sur la question des libertés, avec une exigence claire, la libération des « détenus politiques ». Un thème récurrent dans le discours de l’opposition, qui vient renforcer l’image d’un régime décrit comme « liberticide ». L’Apr appelle également les « forces vives » à s’unir et à intensifier la mobilisation. Une invitation à peine voilée à transformer le mécontentement en dynamique politique.
Fatou DIOP