LEVÉE DE L’IMMUNITÉ PARLEMENTAIRE DU DÉPUTÉ-MAIRE DE AGNAM : Farba Ngom brandit le Coran et démonte la procédure




 
La XVème législature a levé hier pour la deuxième fois l’immunité parlementaire de Farba Ngom. Cent huit (108) députés ont été favorables à la demande du ministère de la Justice et 21 députés, tous membres de l’opposition, ont voté contre. S’il n’a pas jugé nécessaire de se présenter devant ses collègues la première fois, cette fois-ci, le député maire de Agnam a tenu à se défendre lui-même devant la commission et la plénière. Farba Ngom, qui a encore une fois démonté les accusations relatives à son premier dossier, en jurant sur le Saint Coran, fait noter à ses collègues que la procédure pour laquelle ils ont été saisis pour la levée de son immunité parlementaire a été déjà lancée. Aïssata Tall Sall, abondant dans le même sens, a invité elle aussi ses collègues parlementaires à ne pas courber l’échine simplement parce que l’exécutif le demande. Sans succès.
 
 
 
Comme le prévoit le règlement intérieur de l’Assemblée nationale lors d’une plénière de levée d’immunité parlementaire, seuls le président de la commission ad hoc, son rapporteur, le ministre de la Justice, le député concerné ou son défenseur et un député avec avis contraire peuvent prendre la parole. Pour cette fois-ci, Farba Ngom a tenu à venir se défendre lui-même.
Après avoir écouté les motivations de la demande du ministère de la Justice, le député maire de Agnam, qui a été extrait de sa cellule pour assister à la séance plénière, a toisé d’emblée Yassine Fall en ces termes : «c’est parce que vous êtes une femme avec une famille que je me garderai de dire certaines choses, mais si j’avais un homme en face aujourd’hui, ce serait différent».
 
 
«C’est parce que vous êtes une femme que je me garderai de dire certaines choses»
 
 
Même s’il reconnaît sa maladie, Farba Ngom a précisé qu’il n’est pas mourant. «Je vous ai entendu dire dans vos conférences de presse que je ne suis pas malade. Je prends Dieu à témoin. Je ne suis pas mourant, mais personne ne devrait souhaiter le malheur à son prochain», déclare-t-il à Yassine Fall avant de se tourner vers ses collègues députés. «Vous êtes en train de lever mon immunité parlementaire pour qu’ils entament les poursuites, alors qu’ils ont déjà engagé les poursuites en question», souligne Farba Ngom, qui soulève l’abstention du député pastéfien Alioune Ndao, ancien procureur : «le professionnel de droit qui s’est abstenu lors du vote en commission sait que les poursuites visées sont déjà engagées. J’ai été extrait du pavillon spécial les 8 et 10 janvier. J’étais sur le point d’être conduit à la Dic le 12 du même mois, mais mon médecin est arrivé. J’ai été déféré au niveau du tribunal de grande instance et on m’a notifié ma garde à vue, alors que reste-t-il des poursuites ?», interroge-t-il.
 
«Le professionnel du droit s’est abstenu lors du vote en commission»
 
Revenant sur ses déboires depuis l’arrivée de ce nouveau régime, le maire de Agnam signale qu’il fait l’objet d’acharnement injustifié. «La Dic, dans l’affaire Jérôme Bandiaky, a défoncé les portes de mon champ et endommagé mes véhicules pour soi-disant rechercher de l’argent ou des armes et rien n’a été retrouvé. Vous avez levé mon immunité parlementaire une première fois, qui s’est soldée par 10 mois de détention sans audition et vous avez tous suivi la suite. Mon coinculpé, celui qui m’aurait remis l’argent dont on m’accuse, a été libéré par décision du juge, mais le ministère de la Justice me garde en prison à travers l’appel du procureur», explique Farba Ngom.
 
«Aucun fonds n’a jamais transité du Trésor public à mon compte bancaire, si ce n’est…»
 
Poursuivant, ce dernier brandit le Coran pour jurer de son innocence. «Voici un Coran complet sur lequel je jure qu’aucun fonds n’a jamais transité du Trésor public à mon compte bancaire si ce n’est mon salaire de député, mon salaire de maire ou encore l’argent de la location de mes immeubles au patrimoine bâti», promet-il en assurant son pardon à tous ceux qui sont impliqués de près ou de loin à son  dossier.
 
Aïssata T. Sall : «si nous laissons cette affaire passer, déchirons le règlement intérieur»
 
Pour la position contraire à la levée de l’immunité parlementaire, c’est Me Aïssatou Tall Sall qui s’est proposée. La présidente du groupe parlementaire de l’opposition est largement revenue sur tous les éléments qui justifient la contestation de la levée de l’immunité parlementaire de Farba Ngom. «Il n’est pas contesté qu’il a été en garde à vue à la gendarmerie nationale, le procès-verbal est dans le dossier. Il n’est pas contesté qu’il a fait l’objet d’un déferrement devant le procureur, qui s’est avisé parce que son immunité parlementaire n’a pas été levée», souligne Aïssata Tall Sall.
Selon elle, Farba Ngom se défendra contre toutes les accusations relatives aux objets retrouvés dans sa cellule et «les accusations vont s’effondrer comme château de cartes».
Pour Aissata Tall, ce qui est d’abord illégal, c’est d’avoir ouvert le téléphone de Farba Ngom sans sa présence ou celle de ses avocats ou encore de faire une conférence de presse pour donner des détails sur le contenu des téléphones alors que l’intimité de communication est garantie par la constitution, le code pénal et le code de communication. «Farba Ngom se défendra comme il s’est lavé par des contestations sérieuses, lorsqu’on l’a maintenu en prison», assure Me Tall qui s’adresse ensuite à ses collègues. «Cet après-midi, ce n’est pas Farba Ngom qui importe, c’est l’Assemblée nationale qui est à la barre. Allons nous accepter que notre immunité soit violée par des gendarmes d’une procédure d’enquête primaire sans que l’Assemblée ne se prononce ? Si nous laissons cette affaire passer, déchirons le règlement intérieur, il n’a plus de portée. Mes chers collègues, ne courbez pas l’échine parce que l’exécutif nous le demande», fulmine-t-elle.
Une assertion qui a sorti les députés de la majorité de leurs gonds. Ayib Daffé et Cie, rouges de colère, ont commencé à hurler sur leur collègue, lui faisant comprendre qu’ils n’ont aucune leçon à prendre d’elle. Dépassé par la tournure des événements, le président de l’Assemblée nationale a dû suspendre la séance pour une vingtaine de minutes.
À la reprise de la séance, 108 députés ont voté pour la levée de l’immunité parlementaire de Farba Ngom et 21 parlementaires ont voté contre.
 
Nd. Kh. D. F
 
 
 
 
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