Oumy Sall et Mouhamed Yankhoba Dia risquent chacun 20 ans de réclusion criminelle devant la chambre criminelle de Dakar où ils ont été jugés hier, mardi 12 mai 2025. Ils leur sont reprochés des faits de viol, pédophilie, détournement de mineure sans fraude ni violences, d'actes contre-nature.
C'est une affaire de mœurs qui a laissé bouche-bée le public venu assister aux procès de la chambre criminelle du tribunal de Dakar. Les protagonistes, Oumy Sall alias Oumy Diagne et Mouhamed Yankhoba Dia alias Jacob. De révélations en révélations faites à l'enquête et devant le juge d'instruction, ces accusés ont fini par se débiner complètement devant la chambre. Poursuivis pour viol, pédophilie, détournement de mineure sans fraude ni violences, et d'actes contre-nature, ils ont fait face au tribunal 4 ans après les faits. La victime, F. K. Faye, était âgée à l'époque de 14 ans. Celle-ci a vécu l'horreur de sa vie en 2022, car elle a été violée à tour de rôle par les susnommés.
Tout est parti de la disparition de la FK Faye. Sa mère, Ndèye Khoudia Ndiaye, inquiète, se rend à la police des Hlm pour les informer. Elle leur révélait ainsi que, selon les riverains, sa fille a été vue pour la dernière fois accompagnée de Oumy Sall. Interrogée, cette dernière a dit avoir conduit la petite, qui voulait un endroit où passer la nuit de peur d’être battue, chez son voisin de quartier, Mouhamed Yankhoba Dia alias Jacob.
Une affaire rocambolesque
Une version démontée par la victime présumée, F. K. Faye qui a raconté aux policiers que cette nuit-là, vers 3h du matin, Oumy Sall l'a croisée à un "thiant" (cérémonie de chants religieux) et lui a demandé de l'accompagner chez son oncle pour récupérer quelque chose. Ne se doutant de rien, la fille dit l’avoir suivie. C’est ainsi que cette dernière l’a conduite dans la chambre de Jacob. C’est ainsi que son cauchemar a commencé. Dès qu’elle est entrée dans la chambre, Oumy Sall, dit-elle, a commencé à exercer des attouchements sexuels sur elle. Pire, lorsqu'elle a fini d'abuser d'elle, elle l’a bâillonnée. Et puis, c'était au tour de Jacob de la pénétrer sexuellement. Elle précisait même que cette nuit-là, Oumy Sall lui avait montré des vidéos de jeunes filles avec qui elle avait eu des relations sexuelles.
Appréhendé suite à la plainte, Jacob a contesté les faits, mais a été enfoncé Oumy Sall. Oumy, pour sa part, a reconnu avoir flirté avec elle sur son consentement.
À la barre du tribunal, ils ont continué à se renvoyer la balle. Pour le statut de lesbienne de Oumy Sall, il balance : "ce n'est pas la première fois qu'elle couche avec des filles. Tout le monde à Niary-Tally sait qu'elle est lesbienne. Elle a un jour envoyé à Mame Diarra Gaye, la fille avec qui j'ai eu un enfant, une vidéo dans laquelle elle entretenait des rapports sexuels avec sa copine Diatou. Elle a couché avec elle en les filmant. Elle a supprimé les vidéos quand je l'ai menacée".
Oumy Sall avoue à la police et nie à la barre
Oumy Sall, elle, a réfuté ces accusations de lesbianisme, de détournement de mineure, de viol et de pédophilie qui pesaient sur elle. Elle a commencé par dire qu'ils se connaissaient puisqu'ils habitaient tous Grand-Dakar. Le samedi 23 avril 2022, vers 3h du matin, dit-elle, en rentrant de ce "thiant" elle a été interceptée par la victime qui était en pleurs. Celle-ci lui demandait de lui trouver un endroit pour dormir puisqu'elle avait un problème avec sa mère et qu'elle craignait des représailles. C'est ainsi, précise-t-elle, qu’elle l'a conduite dans la chambre de Jacob, puisqu'elle ne pouvait pas l'emmener au Lac Rose, au domicile de sa mère. "Une fois chez lui, j'ai constaté que les deux se connaissaient. J'étais aussi accompagnée de mon garçon de 13 ans. Je ne l'ai jamais violée puisque je l'ai laissé au pas de la porte de la maison de Jacob. Je ne suis pas lesbienne puisque je fréquente que les dahiras", a-t-elle expliqué. Ce qui contraste avec les aveux qu'elle avait faits devant les policiers tout en reconnaissant qu'elle entretenait des rapports sexuels avec des filles. Elle ajoutait même que cela faisait 8 ans qu'elle s'adonnait à ces actes de lesbianisme quand elle était joueuse de football. En s'expliquant sur cet aveu, Oumy Sall a soutenu avoir été battue et brutalisée à la police et que c'est pour cela qu'elle a avoué ces faits.
Le procureur les traite de pédocriminel et requiert 20 ans de réclusion criminelle contre eux
Frère de Oumy Sall, Alioune Sall a lavé cette dernière à grande eau, puisqu'il a indiqué que, le jour des faits, elle a passé la nuit au Lac Rose, au domicile de leur mère. Le procureur qui a survolé le certificat médical de la fille qui s'est absentée à l'audience, a indiqué que les médecins ont conclu à des déchirures hyménales récentes. Fort de cette constatation, le parquet les a imputées aux accusés. Affirmant que ces derniers sont d'une mauvaise foi notoire, il a requis la peine de 20 ans de réclusion criminelle contre chacun des accusés qu'il qualifie de "pédocriminels". Les avocats de la défense ont plaidé leur acquittement. Là où Me Khadim Kébé fustige une enquête qui n'est pas exhaustive, Me Aboubacry Barro pour sa part a évoqué des accusations diffamatoires faites contre sa cliente concernant les faits de lesbianisme qu'on lui imputait. Délibéré au 9 juin 2026.
Fatou D. DIONE