LES MOTS FAÇONNENT LE MONDE L’ambassadeur Oumar Demba Ba raconte l’atelier du discours et les mutations de la diplomatie




 
 
 
Dans son ouvrage «Les mots façonnent le monde. Discours et diplomatie» - Édition L’Harmatan, Oumar Demba Ba livre une réflexion sur le pouvoir du discours et son influence sur le cours de l’histoire. Fort de 33 années passées au service de la diplomatie sénégalaise, dont 24 comme conseiller diplomatique des présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall, l’ancien diplomate plonge le lecteur dans les coulisses de la fabrication du discours, tout en revisitant les grands principes de la diplomatie et les mutations du multilatéralisme contemporain.
 
 
 
Les mots peuvent-ils changer le cours de l’histoire ? Pour Oumar Demba Ba, la réponse ne fait guère de doute. Dans son nouvel ouvrage intitulé ‘’Les mots façonnent le monde. Discours et diplomatie’’, l’ancien conseiller diplomatique des Présidents Wade et Sall s’intéresse à cette matière première de la vie politique et diplomatique : le discours.
Présentant son livre, Oumar Demba Ba le décrit comme «une somme d’une petite expérience dans la diplomatie sénégalaise». Une expérience accumulée au fil de 33 années de carrière, entre le ministère des Affaires étrangères, la Mission permanente du Sénégal auprès des Nations-Unies et la présidence de la République, où il a exercé pendant 24 ans comme conseiller diplomatique auprès des présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall.
Loin de se limiter à une analyse théorique de la parole politique, l’auteur entend montrer comment un discours se construit, depuis sa conception jusqu’à son prononcé. Il s’intéresse ainsi à ce qu’il appelle «l’atelier du discours», c’est-à-dire l’ensemble des étapes qui permettent à une idée de devenir un texte, puis une parole publique susceptible de toucher une audience et, parfois, d’influer sur le cours des événements.
 
 
 
Du mot à l’action
 
 
 
Pour Oumar Demba Ba, le discours n’est pas simplement un exercice rhétorique. Lorsqu’il porte une vision et exprime un message, il peut devenir un véritable instrument d’influence. C’est cette idée qui constitue la trame de l’ouvrage. L’auteur s’appuie notamment sur plusieurs grands discours qui ont marqué l’histoire des peuples et des États, afin d’en examiner la portée, le contexte et les conséquences.
L’objectif est de rechercher, derrière chaque discours, «la quintessence» du message : ce qu’il porte, ce qu’il inspire et la manière dont il peut contribuer à modifier le destin d’une collectivité.
 
 
 
Dans les coulisses de la fabrication du discours
 
 
 
L’un des apports revendiqués par l’auteur est de faire découvrir au lecteur ce qui se passe avant qu’un discours ne soit prononcé devant une audience. Comment naît un discours ? Qui l’écrit ? Comment choisit-on les mots ? Quelle place occupe le conseiller ou le rédacteur ? Quelle est la part du dirigeant ? Et pourquoi certaines formulations parviennent-elles à « faire mouche » alors que d’autres restent sans véritable impact ?
Oumar Demba Ba s’appuie ici sur son expérience au sommet de l’État pour répondre à ces questions. Il décrit différentes méthodes de travail. Dans certaines traditions, un discours peut être écrit par une seule personne chargée de la rédaction. Dans d’autres, notamment dans certains cabinets présidentiels ou ministériels, la production du texte relève d’un travail collectif.
Cette « cuisine interne » du discours constitue l’un des fils conducteurs de l’ouvrage. L’auteur examine les différentes formes d’écriture, les méthodes de préparation et les évolutions technologiques qui ont progressivement transformé la manière dont les dirigeants prennent la parole. Du texte imprimé au téléprompteur, les outils changent, mais l’enjeu demeure le même : trouver les mots capables de transmettre une vision et de produire un effet sur ceux qui les entendent.
 
 
 
La diplomatie, une affaire de temps long
 
 
 
Le livre ne s’arrête pas au discours politique. Son second grand axe concerne la diplomatie, notamment la diplomatie bilatérale et multilatérale.
Fort de son expérience au ministère des Affaires étrangères, à la Mission permanente du Sénégal auprès des Nations-Unies et à la présidence, Oumar Demba Ba insiste sur une caractéristique fondamentale de la diplomatie : le temps long. Contrairement à l’immédiateté qui caractérise de plus en plus la communication politique et médiatique, la négociation diplomatique repose sur la durée. Elle nécessite de faire dialoguer plusieurs États, plusieurs intérêts et plusieurs volontés souveraines. « La diplomatie, c’est le temps long », résume-t-il.
L’auteur prend l’exemple de la Convention des Nations-Unies sur le droit de la mer. Ce texte, qui compte plusieurs centaines d’articles, est le résultat de longues années de négociations entre États. Pour Oumar Demba Ba, cette lenteur n’est pas nécessairement une faiblesse du système multilatéral. Elle découle de la nécessité de parvenir à des compromis entre des États indépendants et souverains. La diplomatie consiste précisément à faire converger ces intérêts divergents sans recourir à la confrontation armée. « Quand plusieurs volontés souveraines, indépendantes se rencontrent, c’est le temps long », explique-t-il.
Une manière, pour l’ancien diplomate, de défendre la négociation internationale face aux critiques qui présentent parfois la diplomatie comme une succession interminable de paroles et de procédures.
 
 
 
Souveraineté et souverainisme : une distinction assumée
 
 
 
L’ouvrage aborde également une question particulièrement présente dans les débats contemporains : celle de la souveraineté. Oumar Demba Ba tient à distinguer la souveraineté du souverainisme. La première constitue, selon lui, un principe fondamental de l’ordre international. Elle garantit notamment l’indépendance des États et le respect de leur intégrité territoriale. Le souverainisme, en revanche, correspond à une forme d’exagération de cette souveraineté, qui peut conduire à nier les interdépendances entre les États.
L’auteur insiste sur un paradoxe : les États sont souverains, mais ils ne peuvent vivre isolément. L’égalité des États à l’Assemblée générale des Nations-Unies constitue, à ses yeux, une illustration concrète de cette souveraineté. Peu importe la taille ou la puissance d’un pays : au sein de cette instance, chaque État dispose d’une voix. Mais cette souveraineté n’exclut pas la nécessité de coopérer.
Oumar Demba Ba cite notamment le domaine de l’aviation civile internationale. Un État exerce sa souveraineté sur son espace aérien, mais les déplacements aériens internationaux ne seraient pas possibles sans des conventions permettant d’organiser la circulation des avions au-dessus des différents territoires. Pour l’auteur, cet exemple illustre la réalité du monde contemporain : la souveraineté et l’interdépendance ne sont pas nécessairement contradictoires.
Oumar Demba Ba prend soin de préciser que ses développements sur le souverainisme ne constituent pas une critique dirigée contre une situation politique particulière. « Ce livre, c’est une réflexion globale », affirme-t-il, en soulignant que le souverainisme n’est pas un phénomène propre au XXIe siècle ni à un pays déterminé.
 
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
 
 
LES ECHOS

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