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LES FAUX JUMEAUX DIOMAYE-SONKO : CHRONIQUE D'UNE RUPTURE ANNONCEE : L’erreur de Sonko n'aura pas été d'avoir désigné Diomaye candidat à la présidentielle, mais d’avoir cru qu'on pouvait donner le pouvoir sans le perdre




 
Il lui a donné le prénom de son fils et celui de sa mère à sa fille. Lui en a fait le président du Sénégal. Deux ans plus tard, un immense fossé s’est creusé entre eux, la majorité qu’ils se sont construite ensemble bloque deux fois le budget. Les fissures devenues évidentes, Le duo fondateur de Pastef vit sa dernière semaine d'unité de façade. Enquête sur deux hommes qui se sont aimés comme deux siamois, mais qui n'ont jamais été d'accord.
 
 
En prison : la première fissure
 
Lorsqu’ils ont été arrêtés à quelques semaines d’intervalle, Diomaye au mois de mars et Sonko au mois de juillet 2023, tout le monde raconte l'unité sacrée scellée lors des séjours dans les maisons d’arrêt du Cap Manuel et de Sébikotane. En réalité, c'est là que la divergence éclate. « Ousmane voulait sortir et appeler à la rue. Diomaye disait : ‘’on écrit, on prépare la saisine de la Cedeao, on ne répond pas aux provocations’’ », témoigne un codétenu politique. Sonko voit la prison comme une tribune qui lui permet de maintenir la pression sur le régime de Macky Sall. Alors que Diomaye la prend comme une administration.
Un membre du Bureau politique de Pastef de l'époque raconte : « en réunion de liaison en prison, via les avocats, Bassirou a rejeté la proposition de Sonko d’appeler à un mot d'ordre national depuis la prison. Il a dit : ‘’ce sera interprété comme un appel à l’insurrection’’. Ousmane l'a très mal pris ».
 
Le Bureau politique : le technocrate contre le tribun
 
Avant sa dissolution, le Pastef fonctionne avec deux têtes, une bicéphalie sur des tempos diamétralement opposés. Quand Sonko décide à l'instinct, tranche en live sur Facebook, Diomaye fait des fiches, demande les rapports Igf, exige le quorum. « Bassirou a bloqué trois fois une décision de Sonko de lancer une levée de fonds non tracée en 2022. Il a dit : ‘’si on veut gérer l'État, on ne peut pas gérer le parti comme une tontine », raconte un cadre de Pastef.
C'est tout l'inverse de l'image publique. L’opinion croit Sonko rigoureux et Diomaye doux. En interne, c'est Diomaye l'intransigeant, le procédurier.
 
La désignation du candidat : le pari affectif
 
Face aux multiples procédures judiciaires et au rejet de sa propre candidature, Ousmane Sonko s'est trouvé dans l'incapacité de se présenter à l'élection présidentielle de février 2024. Le 15 janvier 2024, Sonko choisit Diomaye comme candidat du Pastef, parti dissous en juillet 2023. Il aurait pu choisir Birame Soulèye, plus malléable, moins légitime. Ou même un allié, en la personne du sage Habib Sy ou Cheikh Tidiane Dièye. Non, il choisit le plus fort. La décision a fait l'objet d'échanges et d'un choix concerté entre les responsables et les instances du Pastef afin de ne pas être exclus du processus électoral, notamment pour le recueil des parrainages
 
Deux raisons expliquent le choix de Diomaye
 
Il y a d’abord ce que l’on peut appeler la dette affective : « si je ne lui fais pas confiance, à qui le ferai-je ? C'est le père de mes enfants symboliques. » Quelqu’un qui donne votre nom à son garçon et celui de votre mère à sa fille, dans notre culture, vous lui devez une dette de reconnaissance.
Il y a ensuite un calcul purement politique : « si je mets un faible, le système le broie. Si je mets Bassirou, ils ne pourront pas dire que Pastef n'a pas d'hommes d'État ». L’intransigeance de Diomaye et sa capacité organisationnelle sont considérées par Sonko comme des atouts pour asseoir leur pouvoir naissant. Mais à la pratique il est clair que Diomaye, s’il n’est pas broyé, a été bien happé par le système.
Et en filigrane, Sonko pensait que la gratitude serait une institution. Il a oublié que la Présidence en est une autre, plus forte. Que les lambris du palais finissent par vous isoler et vous faire perdre de vue le point de départ de votre trajectoire. « Il m'a dit le soir de la désignation : ‘’Bassirou ne peut pas me trahir, on porte mon nom chez lui’’. Ce n'était pas politique, c'était intime », rapporte un proche de Sonko.
 
La loyauté ne survit pas à l'exercice du pouvoir
 
Depuis avril 2024 et leur arrivée au pouvoir, le schéma se répète : Sonko parle et révèle au grand jour le legs piégeux laissé par l’ancien régime, Diomaye recadre et essaie de porter ses habits de président au-dessus de la mêlée. Sonko menace et réclame à la justice une célérité dans la reddition des comptes, Diomaye temporise, freine certaines initiatives de la chancellerie. Sonko veut la rupture avec le Fmi et prône une priorité pour les financements endogènes, Diomaye reçoit le Fmi et engage des négociations avec l’institution de Bretton Woods. Sonko veut que l’audit du cabinet Forvis Mazars soit publié, Diomaye le garde au secret. Une divergence qui finit par éclater au grand jour, explicitée par Sonko lui-même sur les réseaux sociaux sous très forte audience. La bombe est lâchée, lorsque du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ousmane Sonko réclame un encadrement des fonds spéciaux qui englobent les fonds politiques de la Présidence, soupçonnés d’être utilisés pour alimenter la Fondation des Premières dames ou pour asseoir les bases du nouveau parti présidentiel, Kiiraay, mis sur les fonts baptismaux avec ceux-là qui avaient combattu le Projet porté par les deux « frères ». La déchirure devient abyssale lorsque Diomaye fit appeler Sonko pour lui annoncer sa démission comme Pm. Ce qui était dans l’air depuis des mois sonna comme une délivrance pour tous les deux. Que nenni ! Sonko porté par son camp au perchoir de l’Assemblée nationale, la lutte prit une autre tournure, plus radicale, mettant face-à-face deux institutions nées du suffrage des Sénégalais. Leur opposition se cristallise autour de la tenue des promesses de campagne portées par le candidat Diomaye. Sonko et son camp accusent ainsi le président de la République de reniement et décident d’utiliser le parlement pour conduire les changements. Mais ils se heurteront à la configuration du régime présidentialiste dont le Conseil constitutionnel est le garant. Toutes les propositions de loi récusées par la Présidence sont déclarées irrecevables par les 7 Sages.
Le projet de Loi de finances rectificative 2026 sera ainsi le point d’achoppement final, il est l'aboutissement de cette guéguerre qui perdure. Le gouvernement de Diomaye, par les ministres des Finances, Diba, et du Budget, Sarr, présente un budget. Le groupe parlementaire de Pastef le rejette deux fois.
Et l'argument du Premier ministre Al Aminou Lô jeté à la figure des députés patriotes : « ne punissez pas le peuple », devient de fait l'arme de Diomaye pour gouverner sans Pastef, en exécutant les budgets en vertu de « toutes dispositions juridiques », par décret.
 
Mardi : Le face-à-face inévitable
 
Ce mardi, en plénière, aucune possibilité de renvoyer en commission. Il va falloir trancher et ce sera un vote sur qui dirige le Projet. Si Pastef rejette une 3e fois en plénière, Diomaye exécutera sans eux et assumera la rupture. S'il adopte par extraordinaire la Lfr, Sonko aura perdu le contrôle de sa majorité. Ce qui est peu probable.
Dans les deux cas, l'erreur de Sonko n'aura pas été d'avoir désigné Diomaye candidat à la présidentielle. Son erreur aura été d'avoir cru qu'on pouvait donner le pouvoir sans le perdre.
 
Mansour KANE
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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LES ECHOS

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