L’ancien ministre sous Macky Sall et maire de Saint-Louis, Mansour Faye, monte au créneau dans le contexte de tensions croissantes entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale. Dans une publication sur Facebook, il exhorte le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, à dissoudre l’Assemblée nationale et à « rendre la parole au peuple », estimant que le Sénégal ne peut plus s’accommoder de la confrontation politique et de « l’ambiguïté » institutionnelle.
Le ton est frontal. Face à ce qu’il considère comme une dégradation de la situation politique, économique et institutionnelle du pays, Mansour Faye estime qu’il est temps de « regarder la réalité en face » et de prendre des décisions avant qu’il ne soit trop tard.
Pour l’ancien ministre, le problème dépasse désormais les comportements de certains militants de Pastef. Il met directement en cause la trajectoire prise par l’État depuis l’arrivée au pouvoir de cette formation politique. « Le Pastef, qui a conquis le pouvoir en promettant une rupture, a surtout installé une nouvelle manière de faire de la politique : celle de confrontation, de division et de mise à rude épreuve nos valeurs républicaines et de notre cohésion sociale », dénonce-t-il.
Mansour Faye dit toutefois ne pas vouloir s’attarder sur « les excès de certains militants », qu’il juge « notoires » et parfois « inquiétants ». À ses yeux, l’essentiel se situe ailleurs : dans la direction politique donnée au pays.
« Notre économie est en difficulté »
Après plus de deux années de pouvoir, l’ancien ministre dresse un bilan particulièrement sévère de la gouvernance actuelle. Il évoque une économie « en difficulté », des finances publiques « sous tension » et une confiance des citoyens qui se serait considérablement érodée.
À cela s’ajoute, selon lui, le sentiment d’impatience qui gagne les Sénégalais confrontés au manque d’emplois, à la dégradation de leur pouvoir d’achat et à l’absence de perspectives suffisamment convaincantes. « Les Sénégalais se lassent d’attendre des emplois, de voir leur pouvoir d’achat s’altérer quotidiennement et attendent, sans trop y croire, des perspectives et des réponses concrètes à leurs préoccupations », écrit-il.
Dans ce contexte, Mansour Faye s’interroge sur les priorités retenues par le pouvoir. Il vise notamment le projet de référendum évoqué dans le débat politique et considère qu’une telle consultation ne constitue pas l’urgence du moment.
« Un référendum ! Pour quoi faire ? », lance-t-il, estimant que celui-ci risquerait de mobiliser l’administration, d’engager des dépenses publiques et de monopoliser le débat national autour de questions qui, « aussi légitimes puissent-elles être », ne constitueraient pas, selon lui, la priorité absolue.
La transparence ne doit pas masquer les urgences économiques
Le maire de Saint-Louis ne rejette pas pour autant les exigences de transparence dans la gestion publique. Il reconnaît que la déclaration et la publication du patrimoine ainsi que la reddition des comptes répondent à « une demande sociale ».
Mais il estime que ces questions ne doivent pas détourner l’attention des difficultés économiques auxquelles le pays est confronté. « Un gouvernement sérieux doit savoir hiérarchiser les urgences », affirme-t-il.
Dans son énumération, Mansour Faye place en tête l’économie, l’emploi, la dette, le pouvoir d’achat, l’investissement, la sécurité et la restauration de la confiance dans les institutions. « Le Sénégal n’a pas besoin de nouvelles distractions institutionnelles. Il a besoin d’une direction ! », martèle-t-il.
Un appel direct au président de la République
C’est ensuite directement au chef de l’État que Mansour Faye adresse son message. Il estime que Bassirou Diomaye Faye porte désormais une responsabilité personnelle dans la situation politique du pays et l’invite à exercer pleinement les prérogatives attachées à sa fonction. « Monsieur le Président, vous avez été élu président de la République. Vous n’avez pas été élu pour être l’ombre de quelqu’un, ni pour gouverner sous influence », écrit-il.
Sans nommer directement Ousmane Sonko dans ce passage, Mansour Faye fait clairement référence à l’ancien Premier ministre, devenu président de l’Assemblée nationale, dont les relations avec le chef de l’État se sont fortement dégradées.
L’ancien ministre de Macky Sall invite ainsi Bassirou Diomaye Faye à assumer son autorité présidentielle et à ne pas laisser s’installer une confusion des responsabilités au sommet de l’État. Selon lui, le chef de l’État doit désormais choisir entre deux trajectoires : celle d’un président qui aurait laissé perdurer une « confusion des responsabilités » ou celle d’un chef de l’État ayant eu « le courage de remettre chaque institution à sa place et chaque responsable devant ses responsabilités ».
« La République n’est ni une propriété privée »
Dans son réquisitoire, Mansour Faye insiste sur la nécessité de préserver la primauté des institutions sur les ambitions individuelles.
« Le Sénégal ne peut pas être gouverné par les rapports de force personnels », soutient-il, avant d’ajouter : « La République n’est ni une propriété privée, ni un appareil partisan, ni l’instrument d’une ambition individuelle. Elle appartient au peuple. »
Cette partie de son intervention indexe le bras de fer entre l’Exécutif et la majorité parlementaire dominée par Pastef et qui nourrit les inquiétudes sur la stabilité institutionnelle.
Pour Mansour Faye, lorsque le fonctionnement de l’Assemblée nationale ne répond plus aux exigences de la stabilité institutionnelle et que la majorité elle-même apparaît « prisonnière de ses contradictions », il existe une réponse démocratique : retourner devant les électeurs.
« La priorité n’est pas le référendum »
L’ancien ministre en fait ainsi le cœur de son message au président de la République. « La priorité n’est pas le référendum que l’on nous annonce pour nous distraire mais plutôt la clarification politique », écrit-il. Et pour parvenir à cette clarification, il ne voit qu’une seule solution : « la dissolution de l’Assemblée nationale ».
Mansour Faye demande ainsi à Bassirou Diomaye Faye de rendre la parole aux Sénégalais afin qu’ils puissent choisir une nouvelle représentation nationale. « Il faut rendre la parole au peuple », insiste-t-il, estimant que le pays doit pouvoir disposer d’une Assemblée « à la hauteur des défis du moment ».
Pour lui, une nouvelle élection législative permettrait de sortir le pays de « l’ambiguïté », de la « confrontation permanente » et des « querelles de pouvoir » qui, selon son analyse, contribuent à fragiliser à la fois l’économie et la démocratie.
« Dissolvez-la ! »
Dans la dernière partie de son message, Mansour Faye hausse encore le ton. Il en appelle à la responsabilité historique du président de la République : « L’histoire ne vous jugera pas sur vos discours. Elle vous jugera sur les décisions que vous aurez eu le courage de prendre lorsque la République avait besoin de vous. »
Il demande ainsi au chef de l’État de « rompre avec les ambiguïtés », d’« affirmer l’autorité de l’État », de « remettre la République au-dessus des hommes » et de « rendre la parole au peuple ».
Pour conclure, l’ancien ministre reprend une formule attribuée à la députée et ancienne ministre Aïssata Tall Sall : « Dissolvez-la ! Dissolvez-la ! Dissolvez-la ! ». Une formule par laquelle Mansour Faye transforme son appel en véritable injonction politique à l’adresse du chef de l’État.
Sidy Djimby NDAO