Réuni durant le week-end à Dakar pour l’Assemblée générale consacrée à l’adoption des textes de la coalition Diomaye Président, responsables politiques, alliés et militants de la mouvance présidentielle ont écouté un long discours du chef de l’État Bassirou Diomaye Faye. Face aux interrogations et aux critiques grandissantes autour de l’avenir de cette coalition depuis la réhabilitation du parti Pastef, le président de la République est revenu en détail sur la genèse de cette alliance née dans un contexte de crise politique marqué par la dissolution de Pastef et son incarcération. Dans une intervention à la fois explicative et politique, il a défendu la légitimité historique de la coalition qui a porté sa candidature à la présidentielle de 2024, rappelé le rôle de plusieurs alliés dans cette dynamique, répondu indirectement aux attaques dont il fait l’objet au sein même de son camp, notamment de la part du leader de Pastef Ousmane Sonko, tout en appelant à la discipline dans la majorité et au respect de l’opposition dans le débat démocratique sénégalais.
Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a choisi de parler. Et de parler longuement. Devant les responsables et militants réunis au King Fahd Palace de Dakar, ce samedi 7 mars 2026, à l’occasion de l’Assemblée générale consacrée à l’adoption des textes de la coalition Diomaye Président, le chef de l’État est revenu sur les circonstances politiques exceptionnelles qui ont conduit à la naissance de cette alliance devenue aujourd’hui un sujet de discorde au sein même de la majorité.
Dans un discours à la fois pédagogique et défensif, Bassirou Diomaye Faye a tenu à rappeler ce qu’il considère comme la «vérité historique» de la coalition qui a porté sa candidature à l’élection présidentielle de mars 2024. «Je prends à témoin le Dr Abdourahmane Diouf et Serigne Gueye Diop, que j’ai contactés depuis ma cellule de prison pour les inviter à se joindre à nous», a-t-il déclaré d’emblée devant l’assistance, comme pour replacer la naissance de cette coalition dans le contexte de répression politique qui prévalait alors.
Le Président sénégalais a tenu à rappeler qu’il reste membre du parti Pastef. «Il est essentiel de préciser d’emblée que, tout comme les autres leaders présents ici, je fais partie d’un parti politique, le Pastef. Ce que j’ai réalisé au sein de ce parti n’est pas une revendication que je fais. Cependant, une chose est certaine : nul ne peut effacer le travail que j’ai accompli au sein du Pastef. Malgré le bruit ambiant, je demeure plus que jamais ancré dans ce mouvement», a-t-il insisté.
Mais c’est surtout sur la question juridique et politique de la dissolution de Pastef que Bassirou Diomaye Faye a voulu apporter des précisions, rappelant les circonstances qui ont rendu nécessaire la création de la coalition Diomaye Président. «La vérité historique et juridique est que le Pastef a été dissous le 31 juillet 2023. Ce n’est que le 27 mars 2024, soit trois jours après mon élection, que le Pastef a été rétabli. C’est mon prédécesseur qui m’a remis en main propre le décret d’abrogation de la dissolution, que j’ai immédiatement transmis au leader du Pastef», a-t-il expliqué.
La vérité sur la création de Diomaye Président
Dans ces conditions, poursuit-il, il lui aurait été impossible de se présenter à l’élection présidentielle sous la bannière de ce parti. «Il convient de souligner que si je ne m’étais fondé que sur le récépissé du Pastef, je n’aurais pas pu participer à l’élection présidentielle de 2024, car le Pastef n’existait plus à cette époque.»
D’où la nécessité, selon lui, de s’appuyer sur d’autres formations politiques et de constituer une coalition électorale. «Dans ce contexte, nous avons sollicité des leaders et des responsables politiques pour les inviter à nous rejoindre au sein de la coalition Diomaye Président. Ces personnes se sont engagées à nos côtés et nous ont remis leurs récépissés afin que nous puissions être candidat. Telle est la vérité historique.»
Le chef de l’État est également revenu sur la date de naissance officielle de la coalition et sur les décisions prises lors de son assemblée constitutive. «Le 22 septembre 2023, l’assemblée générale de la coalition s’est réunie et a pris des décisions. Parmi celles-ci, il a été décidé de nommer notre coalition “Coalition Diomaye Président” ; Monsieur Abdoulaye Fall a été désigné responsable de la coalition ; et Monsieur Amadou Ba a été désigné mandataire de la coalition. C’est à cette occasion que la coalition Diomaye Président a officiellement vu le jour. Nul ne peut falsifier cette histoire.»
Le cas Aminata Touré
Concernant Aminata Touré, Diomaye explique : «alors que j’étais incarcéré, nous avons dépêché une délégation composée de El Malick Ndiaye, Ayib Daffé, Abass Fall et Yacine Fall pour discuter avec elle afin qu’elle rejoigne notre coalition. Quiconque prétend que Diomaye a créé une coalition cherche à falsifier l’histoire de celle-ci, mais cette tentative est vouée à l’échec», a-t-il déclaré.
«Le Sénégal n’a pas commencé avec nous et il ne se terminera pas avec nous»
Mais, au-delà de la défense de la coalition, Diomaye a également voulu replacer l’action politique dans une perspective historique plus large. En effet, alors que certains ont tendance à restreindre l’histoire du Sénégal en la période 2021-2024, le Président a invité «tous les acteurs politiques de notre pays, qu’ils soient avec nous ou non, à garder à l’esprit que le Sénégal n’a pas commencé avec nous et qu’il ne se terminera pas avec nous. Le Sénégal est le fruit d’une longue histoire, depuis la résistance à la colonisation jusqu’à la lutte pour l’indépendance… Il est illusoire de croire que tout cela commence en 2024. », fait-il savoir.
«Nous avons conquis le pouvoir avec vous et nous devons l’exercer avec vous»
Dans la suite de son intervention, Bassirou Diomaye Faye a également tenu à expliquer son silence face aux nombreuses attaques politiques dont il fait l’objet depuis plusieurs semaines, notamment de la part de certains responsables du camp présidentiel. «Je vais vous expliquer les raisons de mes silences. Parfois, face à des attaques, certains s’attendent à ce que je réagisse immédiatement. Cependant, en tant que président de la République, si je réagissais comme tout le monde l’attend, je ne serais pas digne de ma fonction», assure le chef de l’État, qui estime que la priorité doit rester la stabilité et la paix sociale. «Un leader ne doit pas avoir la parole facile. J’ai choisi de me concentrer sur les problèmes des Sénégalais », explique le chef de l’Etat.
S’adressant directement aux alliés de la coalition Diomaye Président, le chef de l’État a tenu à leur lancer un message de reconnaissance et d’assurance. «Nous avons conquis le pouvoir avec vous et nous devons l’exercer avec vous. Vous avez toute votre place dans ce que nous faisons. Je vous invite simplement à agir dans la discipline», promet-il.
Dans une formule qui sonne comme une pique politique contre Ousmane Sonko qui l’a interpellé à plusieurs reprises et d’une manière à la limite de l’attaque politique, le Président sénégalais dit à qui veut l’entendre qu’il a choisi d’ignorer les attaques dont il fait l’objet. «En tout état de cause, pour qu’il y ait une dispute, il faut deux personnes. Mais si une seule personne parle, il s’agit surtout de bougonnement, de grommellement, c’est juste quelqu’un qui maugrée. On ne peut empêcher quelqu’un de protester, mais on peut choisir de l’ignorer pour éviter d’être distrait», tance-t-il.
Sidy Djimby NDAO