Le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, a présidé ce jeudi 9 avril la cérémonie de rentrée solennelle du Stage du Barreau, organisée par l’Ordre des avocats du Sénégal. Sur un ton taquin, le Président Faye a demandé à l’Ordre des avocats de ne plus rester autant de temps sans organiser une si belle cérémonie. Dans son allocution, le chef de l’Etat a beaucoup insisté sur la nécessité de renforcer la formation des professionnels du droit, tout en s’engageant à mener les réformes nécessaires pour le renforcement de l’indépendance de la justice.
D’un air nostalgique, le Président Bassirou Diomaye Faye, qui présidait la rentrée solennelle du stage du barreau hier, s’est souvenu, dès les premiers mots de son discours, d’une phrase qui l’a particulièrement interpellé il y a vingt ans de cela et dont il cherche encore la signification : la fameuse assertion de Corneille Balgi « le secret est transparent et la transparence est secrète ».
Saluant la tenue de ladite cérémonie, le Chef de l’Etat a évoqué la récente pose de la première pierre de l’École des avocats. "Ce moment de communion, où s’élèvent les exigences du droit et la rigueur du verbe, est à la fois un temps d’introspection, de projection et de réengagement collectif au service de la justice", a-t-il déclaré avant d’assurer que cette cérémonie revêt un caractère particulier, car elle s’inscrit dans un contexte marqué par la mise en œuvre de projets structurants pour le secteur judiciaire. "La pose de la première pierre de l’École des avocats n’était pas seulement symbolique. Elle traduit une volonté ferme de doter notre pays d’un instrument de formation capable de façonner des compétences fondées sur la rigueur et l’éthique, au service de citoyens engagés pour la défense", a dit le Président Faye.
Le chef de l’État estime que cet outil contribuera à renforcer durablement les capacités du Barreau, à élever le niveau d’exigence du service public de la justice et à garantir aux citoyens une défense plus efficace de leurs droits et libertés.
Sur la question des réformes, Bassirou Diomaye Faye a rappelé que la modernisation de la justice constitue une priorité de son mandat. Il a ainsi appelé à un investissement collectif des acteurs du secteur, notamment à travers le recrutement, l’ouverture du concours du Barreau et le renforcement de la formation. « Une justice forte repose sur des acteurs solidement formés », a-t-il martelé.
S’appuyant sur des données chiffrées, le chef de l’État a dressé un constat préoccupant du système judiciaire sénégalais. "Les chiffres actuels sont sans appel : le Sénégal compte environ un magistrat pour 100.000 habitants, avec 530 magistrats, 472 greffiers et seulement 439 avocats inscrits au tableau de l’Ordre", fait-il savoir avant de poursuivre : « ce déficit est significatif, d’autant plus qu’il concerne une profession dont l’accès ne saurait être indûment et définitivement restreint. Il est impératif de corriger cette situation afin que notre pays soit pleinement au rendez-vous de l’exigence de l’État de droit qu’il s’est fixée", a-t-il souligné, s’adressant notamment au bâtonnier.
Le président de la République a également insisté sur le rôle central des juristes, en particulier des avocats, dans la consolidation de l’État de droit. Selon Bassirou Diomaye Faye, leur expertise est indispensable pour éclairer les décisions, défendre les positions de l’État et garantir le respect des principes juridiques. « Ici comme ailleurs, le rôle des juristes, particulièrement des avocats, est déterminant. Votre expertise contribue à éclairer les décisions, à défendre nos positions et à garantir que notre pays reste une référence en matière de respect du droit", a-t-il affirmé.
De son côté, le President Bassirou Diomaye Faye s’engage à œuvrer davantage pour une indépendance de la justice. « Le renforcement de l’indépendance de la justice constitue une priorité absolue. Une justice indépendante n’est pas un slogan, c’est une exigence démocratique et sociétale", a-t-il indiqué .
Pour lui, une justice indépendante garantit l’égalité des citoyens devant la loi, protège les libertés fondamentales et contribue à la stabilité nationale. Il a ainsi assuré que les réformes nécessaires seront poursuivies afin de consolider cette indépendance, d’améliorer les conditions de travail des acteurs judiciaires et de renforcer la confiance des Sénégalais dans leur système judiciaire.
Le Président a également évoqué les Assises de la justice au Sénégal comme un cadre de référence pour impulser ces transformations.
Le chef de l’Etat a aussi insisté sur le rôle central du Barreau dans l’édification de l’État de droit. "Vous êtes les défenseurs des libertés, les garants du contradictoire, les voix de celles et ceux qui n’en ont pas. Votre rôle est irremplaçable dans la consolidation de l’État de droit", a-t-il rappelé avant de saluer la Conférence des barreaux de l'Uemoa, présentée comme un modèle d’organisation de la profession d’avocat. Selon lui, cette structure constitue à la fois un levier d’intégration et un rempart pour la défense des droits. « En décidant de vous rassembler pour exercer la profession dans les mêmes conditions au sein des huit pays de l’Uemoa, vous rendez la défense plus forte, plus cohérente et vous œuvrez à une justice plus grande", dit-il.
Nd. Kh. D. F