Lors du lancement du dialogue annuel avec les Organisations de la société civile, les préoccupations des femmes relatives aux violences faites aux femmes, la montée fulgurante du féminicide ont été portées par la présidente du réseau Siggil Jigeen, Safiétou Diop qui a fait aussi remarquer que la dénonciation des violences et la prise en charge des victimes restent encore un problème. Elle a, à cet effet, plaidé pour le réexamen de certaines dispositions du Code de la famille.
Ngane Ndour : «Un État fort n'est pas un État qui se prive de critiques»
«Aujourd'hui, nous ne lançons pas simplement une journée de rencontres, nous posons les fondations d'un dialogue appelé à devenir permanent, structuré et porteur de résultats concrets pour les droits humains et la gouvernance au Sénégal», a indiqué le Directeur des Droits humains, Julien Ngane Ndour, lors du lancement de la journée du dialogue annuel avec les Organisations de la société civile (Osc) instituée par le ministère de la Justice. Par cette démarche, dit-il, l’Etat entend renforcer son action en s'ouvrant davantage à l'expérience, à l'expertise et aux propositions des acteurs de la société civile. « Un État fort n'est pas un État qui se prive de critiques, remarques, observations et recommandations ultérieures. C'est un État capable de les entendre, de les examiner et, lorsqu'elles sont pertinentes et constructives, d'en faire un levier de progrès », fait remarquer Julien Ngane Ndour.
Safiétou Diop : «La dénonciation des violences reste encore un problème»
«Nous prenons part à cette rencontre dans un esprit de partenariat, mais aussi avec la responsabilité de faire entendre les préoccupations des femmes et des filles de ce pays que nous partageons », a d’emblée lancé pour sa part Mme Safiétou Diop présidente du Réseau Siggil Jigeen, venue représenter le mouvement social féminin. Dans cette dynamique, elle est revenue sur l’enquête sur les violences faites aux femmes publiée par l’Ansd en décembre 2024. Ainsi, elle rapporte que 31,9% des femmes âgées de 15 ans ou plus ont déclaré avoir subi au moins une forme de violence au cours des 12 derniers mois précédents. Dans le contexte conjugal, poursuit-elle, 70,2% des femmes ont déclaré avoir subi des violences depuis leur première nuit. Elle n’a pas non plus manqué d’attirer l’attention du ministre de la Justice sur la recrudescence et la montée fulgurante des féminicides dans notre pays. «Ces chiffres doivent nous interpeller. Ils ne sont pas de simples statistiques. Ils représentent des réalités vécues, des atteintes à la dignité, au droit à la vie et la sécurité des femmes et des filles de ce pays», ajoute Mme Diop qui note également que des obstacles persistent dans l'accès à la justice.
Safiétou Diop : «ces dispositions du Code de la famille qui doivent être examinées»
Ces dispositions concernent certains articles du Code de la famille. Il s’agit, « de l’article 111 sur l'âge légal du mariage qui prévoit des âges différents pour les femmes et les hommes ; l’article 152 qui prévoit que seul le mari est le chef de famille, alors que les familles monoparentales dirigées par des femmes augmentent de plus en plus. Il y a des statistiques qui disent que 36% des familles sont dirigées par des femmes ; l'article 277 qui accorde l'autorité parentale exclusivement au père pendant le mariage ; et l’article 196 qui interdit la recherche judiciaire de paternité des enfants nés hors mariage », liste Safiétou Diop qui est d’avis que ces dispositions doivent être examinées à la lumière du principe constitutionnel d'égalité et des engagements internationaux du Sénégal. « Notre démarche n'est pas de mettre en cause les institutions, mais de contribuer à l'amélioration du droit. Nous demandons que les dispositions concernées soient examinées sur la base des textes officiels, des engagements ratifiés et des réalités vécues. Une législation protectrice doit être cohérente, compréhensible et appliquée de manière effective », précise la défenseure des droits des femmes. Elle appelle aussi le ministre de la Justice à renforcer les dispositifs d'accueil et d'orientation des femmes victimes de violences. En outre, la présidente du Réseau Siggil Jigeen estime que le dialogue annuel institué par le ministre de la Justice est une avancée importante et doit être pérennisé.
M. CISS