Pour avoir sectionné les deux doigts de la coépouse de sa sœur, l'étudiante en droit Ndèye Amy Ndiaye risque 1 an de prison ferme. Elle a comparu hier lundi devant le juge des flagrants délits de Dakar pour des faits de coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail de 45 jours.
À l'issue de la bagarre qui l'opposait à Ndèye Amy Fall, coépouse de sa grande-sœur, Amina Kamara a failli atterrir devant la chambre criminelle pour y être jugée pour des faits beaucoup plus graves que des coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail de 45 jours. Car hier, le procureur de la barre des flagrants délits de Dakar devant qui elle a comparu lui a dit qu'ils avaient tous les éléments pour la renvoyer en chambre criminelle. Mais, dit-il, ils ont pris en compte sa condition. Ce qui fait qu'elle a été renvoyée en jugement hier, lundi en flagrant délit.
Amina Kamara avoue et convoque l’excuse de provocation
Étudiante en 3ème année de droit, Amina Kamara s'est ruée sur sa victime au cours d'une bagarre avant de lui sectionner deux doigts. Faits qu'elle a reconnus à la barre avant d'invoquer l'excuse de provocation comme moyen de défense. Le jour des faits, précise-t-elle, elle est montée pour manger. Mais, dit-elle, lorsqu'elle s’est levée pour changer de place comme il n'y en avait plus, Ndèye Amy Ndiaye lui a donné un violent coup de banc à la tête. Lorsqu'elle est tombée, la coépouse de sa grande-sœur en a profité pour la rouer de coups jusqu’à lui ôter ses vêtements. «C’est en slip que je suis descendue. Tous les enfants qui étaient là ont vu ma nudité. Je me suis rhabillée et j’ai pris une lame que j'ai dissimulée dans ma poche, avant de remonter. Je m'en suis servie pour la lacérer puisque sa bonne prenait sa défense au moment de la bagarre», a-t-elle relaté.
Ndèye Amy Fall dément
La partie civile Ndèye Amy Fall a donné une version différente de celle qu'elle a servie. «Elle a l’habitude de murmurer des choses à chaque fois qu’elle monte pour manger. En dehors des mots blessants qu’elle proférait à mon encontre, elle me bousculait à chaque fois que l’occasion se présentait. Ce jour-là, quand je lui ai demandé d’arrêter ce qu’elle faisait, elle s’est jetée sur moi. Elle a voulu me balancer le banc qui a atteint ma femme de ménage. Après, elle est descendue en disant qu’elle va me tuer. Paniquée je suis allée me réfugier dans ma chambre», a-t-elle narré. Elle poursuit : «c'est au moment où elle criait comme une folle que je l'ai aperçue avec la lame. J'ai appelé au secours tout en me protégeant le visage. Mais malheureusement, avant que les domestiques ne réagissent, elle m’a lacéré la main. C’est sous le soleil ardent que je me suis rendue à la clinique, pieds nus. De là, on m'a délivré un certificat médical dans lequel le médecin a conclu que je risquais de perdre l'usage de mes deux doigts. Depuis lors, je ne parviens pas à les bouger».
Le proc charge la dame et requiert 2 ans dont 1 ferme
Le procureur a, dans ses observations, écarté l’excuse de provocation et la légitime défense dont la prévenue faisait état. Sollicitant la requalification des faits en coups et blessures volontaires ayant entraîné la perte de l’usage d’un membre, il a requis 2 ans de prison dont 1 an ferme contre la mise en cause. «L'acte qui vaut la comparution de la prévenue est inqualifiable. Cette petite dispute n'aurait pas pu causer les blessures de la partie civile. Elle s'est armée d'une lame pour s'attaquer à sa victime. L'acte est volontaire. Rien ne justifie l'usage de la lame. Elle avait une volonté manifeste de faire mal. Elle a commis un acte particulièrement grave», a étayé le ministère public.
Hormis la décision d'apaisement qu'ils ont demandée, les avocats de la défense ont aussi plaidé une application bienveillante de la loi pénale contre la prévenue pour ne pas, disent-ils, voir la carrière de juriste de leur cliente plombée. Délibéré au 26 juin prochain.
Fatou D. DIONE