A la surprise générale, le Directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) a pondu un communiqué pour mettre en garde contre l’exploitation illégale des Wifi communautaires. Dahirou Thiam a même invoqué l'article 181 de la loi n°2018-28 du 12 décembre 2018 portant Code des Communications électroniques qui stipule : «sera puni d'un emprisonnement d'un (1) an à cinq ans et d'une amende de trente (30) à soixante (60) millions de francs CFA, quiconque :
aura exercé l'une des activités soumises à l'obtention d'une licence ou autorisation sans la licence ou l'autorisation requise ou l'aura continuée en violation d'une décision de suspension ou de retrait». L’impression qui se dégage de cette sortie de Dahirou Thiam est celle d’un régulateur en réaction, et non en anticipation.
Or, informent des spécialistes du secteur, la mission première d’une autorité de régulation est d’anticiper les mutations du secteur, d’encadrer les innovations et d’éviter que des pratiques informelles ne s’installent durablement. «Brandir aujourd’hui des menaces de prison et de lourdes amendes ressemble davantage à un rattrapage qu’à une stratégie maîtrisée», lâche une source. La question est simple : où était la régulation lorsque ces «Wifi communautaires» se développaient ?
Notre source, révulsée, enseigne : «un régulateur efficace ne découvre pas les phénomènes, il les prévoit, les organise et les accompagne».
Au lieu d’intervenir en aval avec un ton répressif, poursuit-il, l’Artp gagnerait à travailler en amont avec la concertation, un cadre adapté et des solutions inclusives.
Et pourtant, pas plus tard que samedi, lors d’une rencontre avec ses militants, le Directeur général se vantait de son bilan à la tête de l’institution, allant jusqu’à s’attaquer à son prédécesseur, qu’il qualifiait de paresseux.
Aujourd’hui, les faits donnent plutôt l’impression inverse. Cette sortie tardive sur les «Wifi communautaires» renforce l’idée d’un pilotage à vue, où la réaction prend le pas sur la vision.
Pire, lâche notre source, il est même ridicule de faire dans la menace aujourd’hui, alors que si le travail avait été fait en amont comme il se doit, on n’en serait tout simplement pas là.
Pour nos interlocuteurs, il est peut-être temps de changer de posture. «L’Artp se doit aujourd’hui de passer de la réaction à l’anticipation. Car à ce niveau de responsabilité, ce n’est pas la communication qui est attendue, mais des résultats concrets et une régulation proactive», indiquent-ils.
Fatou Diop