Âgée de 16 ans, M. Fall, domestique, a traîné en justice Modou Gueye, l'époux de sa patronne qu'elle accuse de viol et de pédophilie pour des faits qui se sont passés en 2024. Jugé hier devant la chambre criminelle de Dakar, le procureur a requis la réclusion criminelle de 20 ans ainsi qu'une amende de 2 millions de F Cfa.
La chambre criminelle de Dakar s'est penchée hier sur l'affaire de viol présumé et de pédophilie qui opposait Modou Guèye à l'aide-ménagère de son épouse, M. Fall. Âgée de 16 au moment des faits en 2024, cette victime, qui a aujourd'hui 18 ans, l'accuse de faits de viol. C’est le 8 septembre 2024 qu’elle a saisi sa mère Mame Fatou Diouf pour lui faire part de l'abus sexuel qu'elle venait de subir de l'époux de sa patronne. Elle expliquait à sa mère qu'elle s'était rendue comme à son habitude chez sa patronne pour travailler. Arrivée sur les lieux, elle a trouvé Modou Guèye en caleçon multicolore, assis dans le salon en train de manipuler son téléphone portable. Dès qu'elle a commencé à nettoyer la chambre de sa patronne, il a surgi avant de la pousser et de la violer malgré sa résistance ainsi que ses appels à l'aide. Après que Modou Guèye a fini, d’abuser d'elle, précise-t-elle, elle avait essuyé, avec un mouchoir, les tâches de sang éparpillées par terre.
Immédiatement après, la maman, Mame Fatou Diouf, s'est rendue auprès de l'accusé pour se plaindre de ces faits de viol avant de saisir les policiers devant qui elle avait emmené la robe, le cuissard et le slip rouge que sa fille portait au moment des faits, ainsi que le mouchoir tâché de sang.
Modou Guèye avoue devant le juge d’instruction…
Auditionné, Modou Guèye avait contesté les accusations devant les enquêteurs de la Medina. Mais, à l'instruction, il avait reconnu l'existence de rapports sexuels consentis avec la domestique de sa femme. L'accusé ajoutait même qu'il était en couple avec elle et qu'ils ont eu à coucher à 4 reprises. La plaignante M. Fall, de son côté, avait déclaré n'avoir jamais consenti à cet acte sexuel. Heureusement pour elle, le certificat médical établi le lendemain des faits parle de déchirures hyménales récentes.
… et nie tout à la barre
Placé sous mandat de dépôt pour viol, cet accusé né en 1988 a été jugé hier devant la chambre criminelle de Dakar 2 ans après les faits. À la barre du tribunal, outre le viol qu'il a réfuté, Modou Guèye a aussi contesté la relation amoureuse qu’il entretenait avec la victime et qu'il avait évoquée au cours de l'instruction. Pour quelqu'un qui avait même promis le mariage à la fille devant le magistrat instructeur, il a changé de version à l'audience en soutenant que M. Fall et sa famille ne sont animés que par la recherche du gain.
Interrogée, la victime M. Fall est revenue sur les faits en réitérant avoir donné à sa mère le mouchoir tâché de sang avec lequel elle avait essuyé le sang après le viol. Sa mère, Mame Fatou Diouf, entendue, a dit que lorsque sa fille s'est présentée à elle, elle boitillait. Elle a même révélé que l'accusé a tenté de la corrompre. "Quand j'ai expliqué les faits à sa femme, elle m'a supplié de ne rien dire. On l'a conduite à l'hôpital où le médecin m'a dit qu'elle a perdu sa virginité. Lui, Modou, m'a demandé de garder le silence en contrepartie d'une somme d'argent, mais j'ai refusé. Il m'avait demandé de lui donner ma fille en mariage. Modou Guèye m'avait dit qu'il avait juste besoin d'une vierge et il l'a eue", a-t-elle expliqué.
La partie civile réclame 50 millions, le procureur requiert 20 ans de réclusion criminelle
L'avocat de la victime, Me Khalil Sèye, a attesté que Modou Guèye qui était au moment des faits torse-nu dans l'appartement, était déjà en érection en attendant la fille. L'avocat a demandé sa déclaration de culpabilité ainsi que la somme de 50 millions en guise de réparation. Le conseil estime que du fait des agissements de l'accusé, elle a perdu sa virginité. À côté de cela, dit-il, le couple de sa mère bat de l'aile à cause de cette affaire. Le procureur a requis 20 ans de réclusion criminelle contre Modou Guèye ainsi qu'une amende de 2 millions de F Cfa. Selon le parquet, le document médical établi le lendemain des faits parle de déchirures hyménales récentes, ce qui atteste que la victime était à son premier rapport sexuel contrairement aux dénégations de l'accusé.
Avocat de l’accusé, Me Ahmed Sall a parlé de rapports sexuels consentis entre les deux parties. Il a à titre principal demandé son acquittement pur et à titre subsidiaire son acquittement au bénéfice du doute. En sus, il a même demandé que la partie civile soit déboutée par rapport au dédommagement qu'elle a réclamé. Délibéré au 6 octobre 2026.
Fatou D. DIONE