Le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a reçu, ce jeudi 20 août 2026, une délégation du mouvement Al Falah. Au menu des échanges, les longues détentions en matière criminelle, l’égalité devant la loi, le Code de la famille et le rôle des cadis. Une rencontre au cours de laquelle le ministre a annoncé des réformes et affiché sa volonté de renforcer le dialogue avec les organisations islamiques.
La justice sénégalaise au cœur d’un échange avec les acteurs religieux. Ce jeudi, Me Moussa Sarr a reçu une délégation du mouvement Al Falah conduite par son président, Ousmane Guéladio. Une audience qui intervient dans un contexte où les questions liées à l’égalité devant la loi, aux conditions de détention et au fonctionnement de l’appareil judiciaire alimentent de nombreuses attentes. La délégation d’Al Falah a placé la justice au centre des enjeux de paix et de stabilité du pays. Le mouvement, dont l’action remonte à 1943 sous l’impulsion de son fondateur El Hadji Mahmoud Ba, a également présenté son réseau d’écoles, d’instituts et de mosquées ainsi que son œuvre éducative et religieuse.
« L’égalité de tous devant la loi »
Au cours des échanges, les représentants d’Al Falah ont insisté sur une exigence centrale, l’égalité des citoyens devant la justice. La délégation a notamment fait état du sentiment de traitement inégal exprimé par certains citoyens et soulevé plusieurs préoccupations relatives au fonctionnement de la justice. Parmi les dossiers évoqués figurent les longues détentions en matière criminelle, une question particulièrement sensible pour les familles de personnes incarcérées. Le mouvement a également exposé les attentes d’une partie de la communauté musulmane concernant le Code de la famille, ainsi que les interrogations autour de la place et du rôle des cadis dans le système judiciaire. La délégation a, par ailleurs, salué certaines mesures prises récemment en faveur de la dignité des détenus, notamment la suppression de la fouille à nu.
Des réformes annoncées sur les détentions criminelles
Sur la question de la détention provisoire en matière criminelle, Me Moussa Sarr n’a pas éludé les préoccupations soulevées. Le ministre a reconnu que cette situation concerne une part importante de la population carcérale. Il a surtout annoncé que des réformes visant à limiter la durée de ces détentions sont actuellement dans les circuits. Une perspective qui pourrait répondre à l’une des principales préoccupations exprimées par le mouvement Al Falah. Le ministre a également réaffirmé sa volonté de veiller à l’égalité de traitement des citoyens devant la loi, tout en accordant une attention particulière à la protection des personnes vulnérables.
Les cadis au cœur des préoccupations
Autre point sensible, la place des cadis dans l’organisation judiciaire. Sur ce sujet, le ministre de la Justice a indiqué la nécessité de recruter de nouveaux cadis, notamment pour pourvoir les tribunaux d’instance qui n’en disposent pas. Il a également évoqué le renforcement de leurs capacités. Une orientation qui traduit, selon le ministre, la nécessité de consolider le rôle de ces acteurs dans le fonctionnement de la justice.
La question du Code de la famille a également été abordée au cours de l’audience. La délégation a exposé les attentes d’une partie de la communauté musulmane sur cette question. Me Moussa Sarr a pris bonne note des préoccupations présentées, sans annoncer, à ce stade, de mesure précise sur le contenu du Code.
Me Moussa Sarr veut poursuivre le dialogue
Au-delà des questions techniques et judiciaires, le ministre a voulu inscrire cette rencontre dans une démarche plus large de dialogue avec les organisations islamiques. Se présentant comme un « serviteur des citoyens », à la tête d’une administration qui porte « à elle seule le nom d’une vertu », Me Moussa Sarr a salué l’engagement d’Al Falah en faveur de l’éducation, de la paix et de la foi. Il a insisté sur le refus constant du mouvement de toute forme de violence, qu’elle soit verbale ou physique.
Le ministre a annoncé la volonté de son département de poursuivre le cycle d’audiences avec d’autres organisations islamiques autour des questions de justice. L’objectif affiché est de renforcer l’écoute, de recueillir les préoccupations des différentes composantes de la société et de consolider les valeurs de paix et de cohésion nationale.
« La diversité religieuse est une chance pour le Sénégal »
En clôturant les échanges, Me Moussa Sarr a remercié la délégation d’Al Falah et livré un message à forte portée symbolique. « La diversité religieuse est une chance pour le Sénégal ». La délégation a, de son côté, renouvelé son estime au ministre, salué son accessibilité et réaffirmé sa disponibilité à accompagner les initiatives en faveur de la paix, de la stabilité et de la cohésion nationale.
Fatou DIOP