Le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme appelle à une mobilisation générale pour stopper la déforestation et faire de la reforestation un levier de développement économique et touristique. « Le Sénégal oriental doit sonner la mobilisation pour sauver ses forêts ». C’est le message fort porté ce week-end à Sinthiou Fissa, dans le département de Bakel, par le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Alpha Thiam, à l’occasion du lancement de la 43ᵉ édition de la Journée nationale de l’Arbre et de la Campagne nationale de reboisement 2026.
Représentant son collègue en charge de l’Environnement et de la Transition écologique, le ministre a livré un plaidoyer sans détour sur l’urgence environnementale qui frappe la région de Tambacounda. Devant les autorités administratives et coutumières, les représentants des organisations non gouvernementales et les populations, il a appelé à une véritable rupture dans les pratiques qui accélèrent la disparition du couvert forestier.
« Nos poumons verts sont à l’agonie »
Autrefois réputé pour la richesse et la densité de ses forêts, le Sénégal oriental fait aujourd’hui face à une dégradation préoccupante de ses ressources naturelles. Une situation qui, selon Alpha Thiam, impose une réaction à la hauteur de l’enjeu. « Nos poumons verts sont à l’agonie », a-t-il lancé, mettant en garde contre les conséquences du déboisement sur les générations futures. Le ministre a notamment souligné la lenteur de la régénération naturelle des arbres face à l’intensité de leur exploitation. Dans un propos particulièrement évocateur, il a déclaré, « couper un arbre sans le remplacer, c’est signer l’acte de sécheresse de nos propres enfants. »
À travers cette formule, le ministre entend rappeler que la lutte contre « la déforestation ne saurait se limiter à des opérations ponctuelles de plantation. Elle doit s’inscrire dans une politique durable de restauration des écosystèmes et de protection des ressources naturelles ».
Réduire la pression sur les forêts
Parmi les réponses envisagées figure la réduction de la dépendance des ménages au charbon de bois. Alpha Thiam a ainsi évoqué les mesures prévues dans le cadre du Projet de gestion des ressources naturelles au Sénégal (SENRM), soutenu par la Banque mondiale.
Le projet prévoit le déploiement de près de 250.000 foyers améliorés à travers le pays. Le gouvernement souhaite également faciliter l’accès au gaz de cuisine pour les ménages les plus vulnérables. L’objectif est de réduire progressivement la demande en bois-énergie et, par conséquent, la pression exercée sur les forêts pour satisfaire les besoins domestiques.
Le Niokolo-Koba au cœur des ambitions
Autre dossier majeur évoqué lors de cette journée, le devenir du Parc national du Niokolo-Koba. Ce patrimoine naturel d’exception est confronté à plusieurs menaces, notamment le braconnage et l’orpaillage. Pour le ministre, la sauvegarde du parc doit dépasser le seul cadre de la conservation de la biodiversité. Elle doit également devenir un moteur de développement économique pour les populations locales. Le Sénégal entend ainsi s’inspirer de certaines expériences réussies en Afrique de l’Est et australe pour nouer des partenariats internationaux et envisager un repeuplement du parc avec des espèces emblématiques, notamment les lions, les éléphants et les girafes. À terme, l’ambition affichée est de faire du Niokolo-Koba une destination majeure pour un tourisme de safari haut de gamme. Une stratégie qui pourrait contribuer à créer des emplois et à offrir de nouveaux débouchés aux acteurs de la culture et de l’artisanat de Tambacounda.
Faire de Tambacounda un pôle écologique et touristique
Au-delà de la plantation d’arbres, le message porté à Sinthiou Fissa dessine ainsi une ambition plus large, faire de la protection de l’environnement un véritable outil de transformation économique et sociale. L’État, les services des Eaux et Forêts, les collectivités, les populations locales et les organisations de la société civile sont appelés à unir leurs efforts. L’implication d’acteurs comme l’ONG La Lumière est présentée comme un exemple de cette mobilisation collective.
À Sinthiou Fissa, la Journée nationale de l’Arbre aura donc dépassé le simple symbole de la plantation. Elle aura servi de tribune pour rappeler une urgence, « sauver les forêts de Tambacounda tout en transformant leur préservation en opportunité de développement pour les générations présentes et futures », conclut le communiqué transmis à la presse.
Fatou DIOP