Critiqués, attendus, parfois bousculés dans le jeu, les Lions ont tenu jusqu’au bout. Buteur décisif en finale, Pape Guèye raconte une Can gagnée à l’usure, à la discipline et à la foi du groupe. Une victoire assumée sans fard, portée par une sélection soudée, lucide sous pression et déjà tournée vers la Coupe du monde.
Buteur décisif en finale, Pape Guèye raconte sans filtre la Can remportée au Maroc. Les émotions, la pression, le travail invisible, la force du collectif et cette sélection qu’il décrit comme « une famille soudée ». Dans cet entretien accordé à Brut., le milieu sénégalais met des mots forts sur une deuxième étoile qu’il assume déjà comme un point de départ.
« Quand le ballon rentre, c’est plein de choses en même temps »
Revoir sa frappe au fond des filets, Pape Guèye en parle comme d’un mélange d’émotions impossibles à dissocier. « J’en sens plein de choses. On le voit sur ma célébration. Il y a de la fierté, il y a du soulagement. Je me dis aussi dans ma tête qu’on se rapproche de la fin. »
Un but qui n’arrive pas par hasard, selon lui, mais « au bon moment », après « tout le stress qu’on a ressenti avant le match, tout ce qui a pu se passer aussi ». Et surtout, une victoire qui ne se vit jamais seul : « on reste comme ça, une famille. Tous ensemble, jusqu’à la fin. »
« Derrière un but, il y a un travail que les gens ne voient pas »
Si Pape Guèye marque, il refuse d’en faire une réussite individuelle. « Les gens me voient mettre un doublé contre le Soudan, mais tout ça, c’est un travail », insiste-t-il. Un travail méthodique, presque scientifique, basé sur l’analyse vidéo et les détails.
« Avant le match, mon analyste m’avait montré des vidéos du gardien. Il m’avait dit qu’il avait des difficultés sur son côté gauche. Sur mon premier but, quand je contrôle, je sais que je dois la mettre sur son côté gauche. » Une préparation qui lui permet aujourd’hui de « maintenir ce niveau » et de continuer à progresser.
« Mon objectif, c’était juste d’aider mon pays »
Interrogé sur son niveau pendant la compétition, le milieu sénégalais se montre mesuré. « Je suis satisfait de ma Can. Je pense que j’ai montré un bon niveau et que j’ai su aider mon équipe. C’est le principal. »
Mais le discours reste celui d’un compétiteur : « je veux toujours plus. On a gagné cette deuxième étoile, mais il y a la Coupe du monde qui arrive. J’arrive à un âge où j’ai plus d’expérience, mais je sais aussi que je dois faire encore plus. »
« Sur le terrain, tu es dans un état second »
La finale a été tendue, lourde, nerveuse. Pape Guèye ne le cache pas. « Il y a beaucoup de pression, beaucoup d’énervement. Tu es dans un état second. » Il évoque même un geste regretté envers un membre du staff, Mayacine Mar qu'il a bousculé : « juste après le match, je suis allé m’excuser. Je me suis dit : ce n’est pas moi. Mais sur le terrain, je veux gagner. Je suis prêt à tout pour mettre le Sénégal le plus haut possible. »
Malgré tout, l’équipe ne perd jamais le fil : « les cadres nous ont dit de rester focus. Peu importe ce qui se passe autour, on est sur le terrain, c’est 11 contre 11. »
Cameroun ou Maroc ? « Honnêtement, les deux »
À la question devenue incontournable, Pape Guèye répond sans hésiter. « La Can au Cameroun, c’était la première. La première étoile de l’histoire du Sénégal. C’est incroyable. »
Mais la deuxième a une saveur particulière. « On était attendus, on était critiqués. Moi, je disais souvent : peu importe comment on joue, si on gagne à la fin, on aura tout oublié. »
Le scénario, l’engouement populaire, les quartiers traversés lors de la célébration rendent ce sacre unique. « C’est une fierté de ramener une Can dans son quartier. »
« Cette sélection, c’est une vraie famille »
S’il ne devait retenir qu’une chose de cette Can, ce serait l’esprit du groupe. « On a une chance incroyable. Au Sénégal, on est vraiment une famille soudée. »
Il évoque les cadres, leurs discours, leur manière de responsabiliser tout le monde : « la sélection n’appartient à personne. Le but, c’est de mener le pays le plus haut possible. » Même les plus jeunes, comme Ibrahima appelé à 17 ans, sont intégrés naturellement : « on l’a accueilli direct. À 17 ans, moi je n’avais même pas le permis. »
Sobriété, discipline et responsabilité
La victoire s’est aussi construite dans la retenue. « Après les matchs, on ne dansait pas. Même en arrivant en finale, on n’a pas dansé. » Des consignes parfois difficiles à respecter, reconnaît-il, mais nécessaires. « C’est dur, mais c’est pour le bien de l’équipe. Pour que tout le monde reste concentré sur le même objectif. »
« La médaille est lourde… de responsabilité »
Aujourd’hui, Pape Guèye sent qu’il change de statut. « Je commence à être un ancien dans cette équipe. » Un rôle qu’il accepte naturellement : « j’aime bien encadrer les jeunes. Si demain je suis cadre, ça sera avec plaisir. »
Et déjà, l’avenir s’impose. « À peine la parade finie, on a dit : maintenant, c’est la Coupe du monde. » Avec une ambition claire : « montrer que le Sénégal est une grande nation. Cette deuxième étoile, c’est pour tous les Sénégalais. »