De Sienne à Pozzallo, en passant par Ravenne, trois ressortissants sénégalais sont cités dans des affaires judiciaires distinctes. Accusations d’agression sexuelle, violation d’une mesure d’assignation à résidence, usage présumé de stupéfiants ou encore enquête sur des certificats médicaux liés aux Centres de permanence pour le rapatriement : les dossiers, sans lien apparent entre eux, illustrent des situations judiciaires complexes où la nationalité des personnes mises en cause a largement retenu l’attention des médias italiens.
En quelques jours, plusieurs médias italiens ont consacré des articles à des affaires judiciaires impliquant des ressortissants sénégalais. À Sienne, un jeune Sénégalais de 21 ans est poursuivi dans le cadre d’une affaire d’agression présumée contre une adolescente qui faisait du jogging. À Pozzallo, un Sénégalais de 28 ans, déjà placé sous assignation à résidence dans une autre affaire, a été incarcéré après que les carabiniers ont constaté, selon les autorités judiciaires, plusieurs violations de ses obligations. À Ravenne, enfin, le cas d’un Sénégalais de 25 ans accusé de faits de harcèlement sexuel s’inscrit dans une enquête beaucoup plus vaste portant sur des certificats médicaux utilisés dans le cadre de procédures de placement en Centre de permanence pour les rapatriements (CPR).
Trois dossiers différents, trois villes, trois procédures judiciaires. Mais un même élément revient dans les titres de la presse italienne : la nationalité sénégalaise des personnes mises en cause.
À Sienne, un jeune Sénégalais devant le juge après l’agression présumée d’une mineure
À Poggibonsi, dans la province de Sienne, une affaire remontant à juillet 2025 revient devant la justice italienne.
Selon La Nazione, une jeune fille alors âgée de 16 ans faisait du jogging sur la « pista verde », une piste très fréquentée de la région, lorsqu’elle aurait été suivie par un jeune homme à bicyclette. D’après la reconstruction présentée par les enquêteurs et rapportée par le quotidien italien, la jeune fille lui aurait demandé de la dépasser. L’homme se serait toutefois arrêté pour l’attendre avant de l’immobiliser et de la faire tomber au sol. Il lui aurait également placé une main sur la bouche pour l’empêcher d’appeler à l’aide.
La jeune fille serait finalement parvenue à se dégager et à prendre la fuite avant de se rendre aux carabiniers de Poggibonsi pour déposer plainte. Le suspect, présenté par le journal comme un Sénégalais de 21 ans, avait ensuite été arrêté.
L'affaire connaît aujourd'hui une nouvelle étape judiciaire. Le jeune homme s'est présenté devant le juge Simone Spina, accompagné de son avocat Manfredi Biotti. Sa défense a demandé qu'il soit jugé selon la procédure abrégée, une procédure permettant, sous certaines conditions, un jugement sur la base des éléments du dossier. L'audience a été renvoyée au début du mois de novembre.
À Pozzallo, un autre Sénégalais envoyé en prison après des violations présumées de ses obligations
À plusieurs centaines de kilomètres de là, en Sicile, une autre affaire concerne un ressortissant sénégalais de 28 ans résidant à Pozzallo.
Selon Corriere di Ragusa, le jeune homme faisait déjà l'objet d'une mesure d'assignation à résidence pour des faits remontant à 2024 et survenus à Catane. Il était alors gravement soupçonné, selon le journal, d'avoir maltraité son ancienne compagne avec laquelle il vivait et de lui avoir causé des blessures.
Mais les contrôles effectués par les carabiniers de Pozzallo auraient ensuite mis en évidence plusieurs violations des obligations liées à son assignation à résidence.
Les militaires l'auraient notamment surpris à plusieurs reprises en train d'accueillir à son domicile des personnes qui n'étaient pas autorisées à y séjourner. Les carabiniers auraient également constaté, lors d'autres contrôles, un usage persistant de stupéfiants qui auraient été conservés dans le logement.
Ces éléments ont conduit l'autorité judiciaire à considérer que les exigences liées à la mesure de précaution s'étaient aggravées. La Cour d'appel de Catane a ainsi ordonné le remplacement des arrêts domiciliaires par une détention en prison.
Après les formalités judiciaires, le Sénégalais a été transféré à la maison d'arrêt de Raguse, où il doit rester à la disposition de l'autorité judiciaire.
À Ravenne, le dossier le plus complexe : sept femmes et une enquête sur les certificats médicaux
L'affaire de Ravenne présente une dimension différente et beaucoup plus large. Elle concerne Ibrahima D., un Sénégalais de 25 ans, arrêté le 21 janvier dernier près des jardins Speyer, à proximité de la gare et d'une école primaire.
Selon le Corriere di Bologna, l'homme était recherché depuis plusieurs semaines. Sept femmes avaient porté plainte pour des faits de harcèlement sexuel qui se seraient produits entre les jardins Speyer et la Biblioteca Classense.
Les policiers auraient réussi à le retrouver après avoir rapproché les descriptions fournies par les plaignantes. L'affaire ne s'arrête toutefois pas aux accusations de harcèlement.
Elle est devenue l'un des dossiers associés à une enquête de la justice de Ravenne sur des certificats médicaux utilisés dans le cadre des procédures concernant les personnes susceptibles d'être transférées dans les CPR, les Centres de permanence pour les rapatriements.
D'après le quotidien italien, Ibrahima D. avait été orienté vers une procédure de rapatriement. Une visite médicale avait cependant conclu qu'il n'était pas apte à séjourner dans un CPR, en raison d'une mention faisant état d'une « psychose ».
Le point particulièrement sensible du dossier tient à la chronologie rapportée par le journal : le certificat médical aurait été signé le 12 janvier, alors que cinq épisodes de harcèlement avaient déjà été signalés. Après sa remise en liberté, deux autres faits lui auraient ensuite été reprochés.
Il a finalement été arrêté le 21 janvier.
Quelques semaines plus tard, huit médecins de l'hôpital de Ravenne ont été placés sous enquête pour faux idéologique, dans le cadre de cette affaire. Selon le Corriere di Bologna, l'enquête s'est ensuite étendue à d'autres professionnels de santé dans différentes régions italiennes. Au total, 23 professionnels de santé ont été perquisitionnés dans le cadre des investigations rapportées par le quotidien.
L'enquête cherche notamment à déterminer si certains certificats médicaux auraient été utilisés de manière irrégulière afin d'empêcher le transfert de migrants vers des CPR.
Il est essentiel de distinguer ici les différents niveaux de responsabilité : les accusations portées contre Ibrahima D. constituent un dossier judiciaire distinct de l'enquête visant les professionnels de santé. Le fait qu'un certificat médical soit aujourd'hui examiné par la justice ne signifie pas, en lui-même, que son contenu a été définitivement déclaré faux. L'enquête doit précisément permettre de déterminer ce qui s'est passé.
Le Sénégalais dans les faits divers italiens : une visibilité médiatique à interroger
Ces trois dossiers montrent néanmoins une réalité médiatique particulière : lorsqu'un ressortissant étranger est impliqué dans une affaire pénale, sa nationalité peut occuper une place importante dans le traitement de l'information.
Dans les trois articles examinés, le « Sénégalais » apparaît directement dans la présentation des personnes mises en cause. Cette information peut être pertinente lorsqu'elle permet d'identifier une personne dans le cadre d'un événement précis, mais elle ne permet pas, à elle seule, d'établir un lien entre les différentes affaires ni de tirer des conclusions sur la communauté sénégalaise vivant en Italie.
Le Sénégal dispose depuis longtemps d'une importante diaspora en Italie. Les parcours des Sénégalais qui y vivent sont toutefois extrêmement divers : travailleurs, entrepreneurs, étudiants, familles installées depuis plusieurs années ou personnes en situation administrative précaire.
Khadidjatou D. GAYE