Après plusieurs années de mise en œuvre dans les collectivités territoriales, la composante routière du programme Xëyu Ndaw Ñi s’apprête à entrer dans une nouvelle phase. Une évaluation externe a permis de mesurer les résultats obtenus, d’identifier les insuffisances et de formuler des pistes d’amélioration. Réunis hier lors d'un atelier de restitution des résultats de l’évaluation dudit programme, organisé par le Fonds d’entretien routier autonome (Fera), Cheikh Dieng, les élus locaux et le représentant du ministre des Infrastructures ont insisté sur la nécessité de capitaliser les acquis, de corriger les dysfonctionnements et de renforcer l’impact du programme sur l’emploi des jeunes et des femmes.
Le programme Xëyu Ndaw Ñi veut changer d’échelle. Après quatre années d’exécution au niveau des collectivités territoriales, le Fonds d’entretien routier autonome (Fera) a engagé une évaluation destinée à préparer sa relance. Des maires et plusieurs représentants des 46 départements du Sénégal ont pris part aux échanges consacrés aux résultats du programme, mais aussi aux difficultés rencontrées sur le terrain.
Pour Abdoulaye Gaye, secrétaire général du ministère des Infrastructures, venu présider l’atelier, cette évaluation constitue une étape déterminante. Elle doit permettre de dresser un état des lieux précis de la mise en œuvre du programme, d’en mesurer l’efficacité et surtout de tirer les enseignements nécessaires à l’élaboration de sa prochaine phase.
Près de 25 milliards mobilisés pour 500 communes…
Les chiffres présentés témoignent de l’ampleur du dispositif. Selon les éléments issus de l’évaluation, près de 500 communes ont bénéficié du programme, avec environ 25 milliards de francs Cfa mobilisés au titre des contrats. Des ressources auxquelles s’ajoutent près de 6 milliards de francs Cfa consacrés aux avenants, selon les données communiquées par le nouveau Directeur général.
Le programme a également permis la participation de plus de 15.500 jeunes à sa mise en œuvre. Au-delà des travaux d’entretien routier, le Programme Xëyu Ndaw Ñi s’est ainsi progressivement affirmé comme un mécanisme susceptible de produire des effets directs sur les économies locales.
Les interventions réalisées ont notamment contribué à améliorer la praticabilité de certaines routes et la mobilité des populations. Les transporteurs ont, de leur côté, relevé une amélioration des conditions de circulation, avec des effets sur leurs activités et leurs revenus.
L’emploi des jeunes, un enjeu majeur de la prochaine phase
Mais l’évaluation ne s’est pas limitée aux acquis. Elle a également mis en lumière plusieurs insuffisances qui devront être corrigées avant la relance. Parmi les principales observations figure le ciblage des bénéficiaires. Selon l’étude, le programme n’a pas toujours atteint les jeunes initialement visés, une partie des bénéficiaires appartenant à une tranche d’âge plus élevée. Cette question constitue désormais l’un des principaux défis de la prochaine phase. Pour Abdoulaye Gaye, il s’agit de mieux intégrer les jeunes, particulièrement ceux qui sont à la recherche d’une première expérience professionnelle.
L’ambition affichée est donc de dépasser la seule dimension infrastructurelle du programme pour en faire également un outil d’insertion économique et de création de revenus au niveau local. Les femmes devront également bénéficier d’une attention accrue, dans le cadre d’une approche qui se veut plus inclusive et équitable.
Plusieurs dysfonctionnements à corriger
Le Directeur général du Fera, Cheikh Dieng, a beaucoup insisté sur la nécessité de tirer pleinement les enseignements de l’évaluation avant toute relance. Plusieurs difficultés ont été relevées, notamment une mobilisation insuffisante des effectifs sur certains segments du programme et des retards dans le paiement des prestations.
Pour M. Dieng, ces retards peuvent notamment s’expliquer par des erreurs d’imputation et certaines irrégularités administratives. Des mesures correctives sont envisagées, parmi lesquelles un renforcement de l’encadrement technique et la formation des équipes intervenant au niveau territorial. Le Fera entend également renforcer ses effectifs afin d’accompagner davantage les collectivités dans l’exécution des programmes et dans l’établissement des états de paiement.
Les maires appelés à jouer pleinement leur rôle
Dans cette nouvelle configuration, les collectivités territoriales devraient occuper une place centrale selon Cheikh Dieng parce que le Fera considère les maires comme des acteurs essentiels de la mise en œuvre du programme, notamment pour l’identification des besoins, le ciblage des bénéficiaires et le suivi des opérations.
L’enjeu est désormais de mettre en place des mécanismes plus transparents et plus rigoureux afin que les opportunités générées par le programme bénéficient effectivement aux populations ciblées.
Les élus réclament l’application intégrale de la loi sur le Fera
Au-delà de l’évaluation du programme, les élus locaux ont profité de cette rencontre pour poser la question du financement du Fera. Par la voix de Mamadou Woury Bailo Diallo, président de l’Union des associations des élus locaux du Sénégal, ils ont appelé à l’application intégrale des dispositions légales encadrant le Fonds.
Pour les élus, le combat engagé pour doter le Fera d’un cadre légal ne saurait s’arrêter à l’adoption de la loi. Ils demandent désormais que les dispositions prévues soient effectivement mises en œuvre. Au cœur de leurs préoccupations figure notamment le reversement de la redevance de 25 francs Cfa prélevée sur chaque litre de carburant. M. Diallo estime que cette ressource, destinée au financement de l’entretien routier, doit être transférée au Fera conformément aux dispositions légales.
Nd. Kh. D. F