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INDICE DE L’INDUSTRIALISATION EN AFRIQUE PAR LA BAD (2010-2024) Le Sénégal au 8ᵉ rang africain : l’arbre de la performance qui cache la forêt des failles structurelles




 
Selon le dernier classement de l’Indice de l’industrialisation en Afrique publié par la Banque africaine de développement, le Sénégal se hisse à la 8ᵉ place continentale avec un score de 0,6368. Si le pays s'impose ainsi comme le leader de l'espace Uemoa, cette position honorable révélée par la Banque africaine de développement (Bad) ne doit pas masquer les fragilités profondes et les défis majeurs auxquels fait face le tissu industriel national.
 
Une position sous-régionale enviée mais trompeuse
 
L’examen du rapport de la Banque africaine de développement (Bad) suscite une fierté légitime : le Sénégal intègre le top 10 des nations les plus industrialisées du continent sur la période 2010–2024. Devancé par des moteurs économiques historiques tels que le Maroc, l’Afrique du Sud ou l’Égypte, le pays devance néanmoins l’ensemble de ses voisins d'Afrique de l'Ouest francophone.
Cependant, une lecture approfondie de la méthodologie de la Bad invite à une nette prudence. La performance sénégalaise repose essentiellement sur la stabilité macroéconomique, la qualité du cadre institutionnel et le développement des infrastructures logistiques, plutôt que sur un véritable essor de sa production manufacturière stricto sensu.
 
Les manquements majeurs mis à nu par le rapport
 
Derrière ce score flatteur se cachent des failles structurelles qui empêchent l'économie nationale de réussir sa mutation industrielle.
Le premier manquement réside dans le faible taux de transformation locale des ressources naturelles et agricoles. Qu’il s’agisse des filières de la pêche, de l'agro-alimentaire ou du secteur extractif, la majeure partie de la production nationale continue d’être exportée à l’état brut, privant l'économie d'une précieuse valeur ajoutée et de milliers d'emplois qualifiés.
À cette limite, s'ajoute le fardeau du coût de l’énergie. Pour les unités manufacturières basées au Sénégal, la facture d’électricité demeure l’une des plus lourdes de la région, ce qui détruit la compétitivité de nos usines face aux produits importés ou aux géants industriels du continent.
Sur le plan financier et institutionnel, le rapport de la Bad pointe du doigt la faible intégration des petites et moyennes entreprises dans les chaînes de valeur. Le secteur bancaire national continue de privilégier le financement du commerce général au détriment du crédit industriel à long terme, laissant les Pme-Pmi face à des exigences de garanties inaccessibles.
Cette vulnérabilité est accentuée par la prépondérance du secteur informel et le manque de qualification technique de la main-d’œuvre localement formée. Les entreprises formelles, assujetties à une lourde pression fiscale, subissent de plein fouet la concurrence déloyale des marchandises importées non régulées.
 
Les leviers indispensables pour une vraie souveraineté industrielle
 
Pour ne pas rester figé dans ce statut d'élève intermédiaire, le Sénégal doit impérativement réorienter sa politique industrielle en agissant sur des leviers prioritaires. Selon les recommandations, il s'agira d'abord d'opérationnaliser pleinement les Zones économiques spéciales en exigeant un réel transfert de technologies et l'insertion effective des Pme locales dans les sous-traitances. De plus, la concrétisation des projets énergétiques basés sur le gaz naturel devra prioritairement servir à réduire le coût du kilowatt-heure pour les usines de transformation. Enfin, l'alignement entre la formation professionnelle et les besoins des unités de production doit devenir une urgence nationale.
En définitive, le classement de la Banque africaine de développement atteste des acquis infrastructurels du Sénégal. Il ne doit pas servir de paravent à la suffisance, mais de point de départ pour engager les réformes courageuses qu'exige la compétition sur le marché de la Zlecaf.
 
 
Samba THIAM
 
 
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