INCIDENT A KOUMPENTOUM ENTRE LE PRÉFET ET DEUX DÉPUTÉS DE PASTEF : Volée de bois vert d’anciens parlementaires contre le préfet, tandis que Alioune Ndoye tempère




 
 
Ce samedi, Koumpentoum était en fête, mais celle-ci a failli être gâchée par un grand malaise lors de la cérémonie officielle du festival «  Pencum Niani ». En effet, les deux députés du département, qui ont été invités à l’instar de beaucoup d’autres autorités, ont systématiquement refusé de se lever à l’arrivée du préfet, brandissant leur statut de parlementaire. Cette dernière a dû faire appel aux gendarmes pour les obliger à se lever ou à quitter la tribune. Malgré les explications fournis par l’autorité administrative, d’anciens parlementaires ne l’ont pas ratée. Ces derniers, qui revendiquent une supériorité hiérarchique devant le représentant de l’État, s’en sont pris au préfet. Le maire de Dakar plateau, qui évoque un décret de mars 1999, estime que le respect des préséances ne constitue pas une marque de soumission personnelle, mais une forme de « courtoisie républicaine ».
 
N'eût été l’intervention des éléments de la compagnie de gendarmerie de Tambacounda, le festival « Pencum Niani » allait virer au fiasco. Une scène cocasse s’y est déroulée, laissant le public perplexe. En effet, lors de la cérémonie d’ouverture ce samedi, à l’arrivée au terrain de football de Koumpentoum, les deux députés de Pastef du département : Moussa Mbaye et Awa Sow, qui étaient déjà installés sur la tribune, ont refusé de se lever pour marquer le respect dû à l’autorité préfectorale.
Une attitude qui a fait sortir le préfet de ses gonds. Elle a fait appel aux gendarmes pour les obliger à se lever ou à quitter la tribune.
 
Josephine S, Dieng : «  se lever pour le préfet ne relève pas d’une simple courtoisie »
 
A la fin de la cérémonie, Mme Joséphine Safiétou Dieng est revenue sur l’incident. Pour elle, « se lever à l'arrivée de l'autorité administrative est une marque de respect dû aux institutions de la République, et non à une personne physique. Se lever pour le préfet ne relève pas d’une simple courtoisie, mais d’un devoir de respect institutionnel lié à la fonction qu’il incarne », a-t-elle indiqué. 
Mme Dieng  croit surtout qu’un député qui est un élu de la Nation doit « se conformer à cette règle lors des cérémonies officielles dans sa circonscription. (…) Ces usages protocolaires sont bien connus des acteurs politiques ». Selon elle, leur non-respect « ne peut donc être interprété  autrement que comme une entorse grave aux règles de la République », martelant que « le respect des institutions n’est pas une option ».
 
Mame D. Fam : « un député ne se lève pas devant un ministre de l’Intérieur à plus forte raison vous »
 
L’ancienne députée Mame Diarra Fam a été l’une des premières à réagir sur le sujet. Selon elle, « un député ne se lève pas devant un fonctionnaire», Pour l’ancienne parlementaire, la règle est claire et sans équivoque : la préséance appartient à l'élu du peuple. «Un député ne se lève pas devant un ministre de l’Intérieur, qui est votre patron, à plus forte raison devant vous », a-t-elle martelé à l’endroit de la préfète. 
 
Ismaela Diallo :  « Certains délégués de l’administration déconcentrée dépassent leur mission »
 
Le 1er vice-président de l’Assemblée nationale s’est aussi saisi du sujet pour désigner Mme le préfet comme la coupable de cet incident. Dans une déclaration sur Facebook, Dr Ismaïla Diallo, a tenu à rappeler "l’ordre légal" et le "protocole de la République". Pour lui, "il ne doit vraiment subsister aucun doute sur le sujet".  
Ismaela Diallo d’insister ensuite  sur la hiérarchie des légitimités : "Les députés reçoivent leur légitimité directement du peuple grâce au suffrage universel. Le préfet, quant à lui, tient un rôle administratif au nom de l’État. Il n’existe donc aucune raison pour inverser les rôles."  
  A l’en croire, "Certains délégués de l’administration déconcentrée dépassent leur mission, allant parfois jusqu’à donner le sentiment de remplacer les élus, voire de se livrer à des activités politique. Ce comportement n’est ni acceptable ni conforme aux principes républicains », dit-il avant de lancer :
« Le protocole ne doit jamais servir d’outil pour imposer une autorité. L’administration doit demeurer à sa juste place. Les élus méritent le respect dû à leur légitimité ».
 
Cheikh Oumar Sy et Adji Mbergane abondent dans le même sens
 
Deux anciens parlementaires, Cheikh Oumar Sy et Adji Mbergane Kanouté, ont aussi réagi face au tollé. Pour eux,  le protocole n’a pas été respecté, rappelant que le député bénéficie d’une préséance sur le préfet. Selon eux, l’Assemblée nationale, en tant que deuxième institution de l’État, confère à ses membres un rang supérieur, et aucun élu n’est tenu de se lever devant un fonctionnaire nommé. Ils dénoncent ainsi une attitude assimilée à un abus de pouvoir.
 
Alioune Ndoye : « l'ordre de préséance est strictement défini par le décret n°99-252 du 19 mars 1999 »
 
Le maire de Dakar-Plateau, Alioune Ndoye, a brandi une longue tribune pour donner son avis sur l’incident de Koumpentoum, intitulé « Du texte au geste », dans laquelle il appelle à une application rigoureuse mais apaisée du protocole républicain. Alioune Ndoye rappelle que l'ordre de préséance est strictement défini par le décret n°99-252 du 19 mars 1999, un cadre normatif qui doit primer sur les « affrontements d'ego ». 
 M. Ndoye souligne que « le respect des préséances ne constitue pas une marque de soumission personnelle, mais une forme de courtoisie républicaine  due aux institutions. Il précise que le préfet, en tant que dépositaire de l'autorité du chef de l'État, et les députés, représentants de la Nation, occupent des places dictées par une logique fonctionnelle et symbolique nécessaire à l'harmonie de l'État. 
Cependant, Alioune Ndoye plaide pour une évolution du texte de 1999 afin de mieux l'ajuster aux réalités de la décentralisation.  
Le maire de Dakar Plateau exhorte les autorités administratives et les élus à faire preuve de pédagogie et de mesure. Il rappelle que la dignité d'une fonction est mieux assurée lorsque celle des autres est reconnue, et que le protocole doit demeurer le « langage discret de l’harmonie institutionnelle » plutôt qu'un instrument de domination.
Nd. Kh. D. F
 
 
 
 
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