Lz secrétaire général du Syndicat unitaire et démocratique des enseignants du Sénégal (Sudes) a répondu aux attaques du Premier ministre Ousmane Sonko. Dans cet entretien avec «Les Echos», Ibrahima Guèye balaie d'un revers de main ces accusations. Mais appelle aussi le Premier ministre au respect des enseignants.
Les Echos : Le Premier ministre a accusé les organisations syndicales de toujours demander plus, malgré les efforts de l'État. Que lui répondez-vous ?
Ibrahima Guèye : Nous pensons qu’il faut éviter les raccourcis. Les organisations syndicales ne demandent pas “toujours plus” par principe. Elles demandent le respect des engagements signés. Le Pacte de stabilité sociale n’est pas un acte de générosité de l’État : c’est un engagement réciproque. Les syndicats ont pris leurs responsabilités pour préserver la paix sociale. En retour, l’État doit honorer ses engagements dans les délais convenus. Lorsque les enseignants revendiquent le paiement d’arriérés, l’application de décrets déjà signés, la correction d’injustices administratives, ou le respect des accords conclus, ce ne sont pas de nouvelles exigences, mais l’exécution d’obligations déjà actées. La stabilité sociale repose sur la confiance. Et la confiance repose sur la parole tenue.
Les enseignants pleurent les ponctions sur leurs salaires, quelle est votre position ?
Malheureusement, des ponctions ont été constatées par plusieurs camarades. Même si le principe du “service fait” est connu, nous dénonçons cependant l’absence de notification claire des retenues parfois jugées excessives ou non justifiées, le manque de transparence dans le calcul des montants… Nous exigeons la transparence, la justification écrite des retenues et, le cas échéant, la régularisation des erreurs constatées.
Au niveau du Sudes, plusieurs camarades nous ont saisis. Nous sommes en train de centraliser les cas pour en avoir une évaluation précise. Ce que nous pouvons dire, c’est que le phénomène est réel et qu’il mérite clarification.
Le ministre de la Fonction publique a appelé à des négociations, y serez-vous ?
Le dialogue social est toujours préférable à la confrontation. Le Sudes est présent à la table des négociations à travers la coalition avec l’Uden. Nous sommes toujours disponibles au dialogue, à discuter avec responsabilité, à condition que ce soit un dialogue sincère, un cadre structuré, avec un calendrier clair, et des décisions suivies d’effets. Le temps des réunions sans impact concret est révolu. Les enseignants attendent des actes. Au total, nous sommes conscients que le pays traverse une situation économique difficile, nous en sommes conscients. Mais la rigueur ne peut pas être à sens unique. Les enseignants ne sont pas un problème budgétaire ; ils sont un investissement stratégique pour l’avenir du Sénégal. Et la paix sociale ne se décrète pas. Elle se construit sur le respect mutuel et la parole donnée.
Madou Mbodj