Contrairement à la thèse de meurtre par égorgement sur fond de règlement de comptes agitée dans le quartier Rue 10 de Keur Mbaye Fall, Moustapha Samb, alias Tapha, a plutôt mis fin à ses jours par pendaison. Le jeune quincailler s'est donné plusieurs coups de couteau dans le ventre, puis s'est pendu dans les toilettes pour...abréger ses souffrances liées à une maladie mystérieuse.
Ça se dégonfle tel un ballon de Baudruche sur le drame survenu, dans la matinée du mardi dernier, à Keur Mbaye Fall. La thèse du meurtre du quincailler Moustapha Samb, dit Tapha, fort agitée dans la localité, a fondu comme beurre au soeil au contact des premiers éléments matériels et autres indices de l'enquête préliminaire de police glanés dans sa chambre.
Il quitte en catastrophe sa quincaillerie, prend ses médicaments chez lui
Ce jour-là, Tapha ferme plus tôt que d'habitude sa quincaillerie et retourne dare-dare dans leur appartement en location, où il vit avec sa famille, notamment son papa de 80 ans et son frère cadet. A son arrivée, il demande à celui-ci de lui apporter de l'eau. Il se saisit alors du verre d'eau et se retire en catastrophe dans sa chambre. Il prend ses médicaments, les avale avec de l'eau et s'allonge dans son lit.
Il se plaint de douleurs et prend un couteau, des blessures superficielles et une profonde
Soudain, le quincailler, pris de terribles maux de ventre, se débat dans son lit et se tortille de douleurs. Il commence à vomir et développe des signes cliniques inquiétants. Il s'empare alors d'un couteau et se donne plusieurs coups dans le ventre, histoire de calmer l’ardeur des douleurs. Il se fait beaucoup de blessures superficielles et une blessure profonde au niveau du ventre. Son sang gicle et coule à flots sur son corps. Envahissant du coup le sol. Il se relève tout de même, tient à peine sur ses deux jambes et se dirige avec les pieds nus tâchés de sang vers les toilettes. Il se saisit ensuite d'une corde et se pend avec dans les toilettes de l'appartement.
Le papa tombe sur l'horreur et tente sauver son fils ensanglanté et pendu
Vers les coups de 15h, le papa octogénaire du suicidé arrive dans l'appartement et se dirige vers sa chambre. Intrigué par la présence des sandales pour salle de bain devant la chambre de son fils, il les saisit et les met à l'entrée des toilettes. A peine jette-t-il un coup d'oeil à l'intérieur qu'il tombe sur le corps ballant et inerte de son enfant, pendu à une corde dans les toilettes. Il pousse un cri de stupeur, entre en catastrophe dans la salle de bain et tente de voler au secours de son rejeton. Il détache en vitesse la corde et défait le noeud autour du cou du jeune quincailler. Il le fait ensuite sortir et tente de le réanimer. Sans succès.
La police technique et scientifique fouille la scène d'horreur
La nouvelle se répand vite dans le quartier. Une foule prend d'assaut la maison et tente de s'imprégner des tenants et aboutissants de l'affaire. Alerté, le commissaire Alpha Omar Ba, chef de service du commissariat d'arrondissement de Zone d'aménagement concertée (Zac) de Mbao, débarque avec ses hommes sur les lieux et constate de visu l'horreur. Il active ses collègues de la police technique et scientifique, qui se rendent sur place et procèdent à des prélèvements et autres prises d'images et de constatations d'usage des éléments matériels. Qui démontent la version du meurtre avec préméditation aux allures d'un règlement de comptes et attestent la thèse du suicide par pendaison.
Tapha traînait une maladie, des effets médicaux trouvés dans la chambre
Le corp sans vie du jeune gérant de quincaillerie a été enlevé par les sapeurs-pompiers, puis déposé à la morgue de l'hôpital pour les besoins d'une autopsie. Le défunt souffrait d'une maladie et était sous traitement dans un centre hospitalier. Un cahier contenant ses rendez-vous médicaux à honorer sous peu à l'hôpital a été trouvé dans sa chambre. Tout comme un paquet de plaquettes de comprimés qu'il a pris avec un verre d'eau avant de vomir puis de sombrer. Une enquête préliminaire a été ouverte dans le but de déterminer les circonstances de l'affaire.
Vieux Père NDIAYE
Ces éléments matériels qui démontent la thèse du meurtre
Plusieurs éléments matériels anéantissent la thèse du meurtre présumé du jeune quincailler fort agitée dans leur quartier rue 10, sis à Keur Mbaye Fall. "On ne peut pas commettre un meurtre de quelque nature que ce soit dans cette maison sans attirer l'attention des colocataires et surtout des voisins", précisent d'entrée des voisins de quartier. Qui évoquent la configuration de la concession.
Aucune trace de lutte ni de violences visibles et apparentes sur les lieux
D'autres enfoncent le clou et lâchent ceci : "aucune trace de lutte ou plutôt de violences visibles et apparentes n'a été constatée ni dans l'appartement ni dans la chambre du défunt. Il n’y a ni désordre ni aucun indice de meurtre. Le défunt était doté d'une forte corpulence telle que l'on ne pouvait pas le tuer dans sa chambre sans provoquer un boucan d'enfer".
Pas de signes d'effraction attestant l'irruption d'intrus dans la chambre
Aucune effraction n'a été aussi constatée, pouvant attester l'irruption avec fracas d'intrus dans l'appartement. Encore moins de traces d'empreintes étrangères (mains, pieds...) sur les lieux. La porte de l'appartement ne s'ouvre de l'extérieur qu'avec la clé. Or, elle était fermée au moment des faits. Des empreintes des mains tachées de sang du présumé suicidé étaient également visibles sur la corde ayant servi à la pendaison. Le défunt présentait aussi des symptômes d'un suicidé par pendaison. "Il a uriné et déféqué dans ses habits".
Des confidences poignantes du défunt à un ami
Un des amis du défunt a rapporté des confidences de celui-ci de son vivant. "On a l'habitude de s'entraîner sur le terrain. Dimanche dernier, il (Tapha) m'a dit ceci : boy temps yii nekuma. Damaa wara dem sangu geej (je ne me sens pas bien ces temps-ci. Je crois que je dois aller me baigner à la mer pour me libérer). Ces confessions du défunt à l'ami en question ont été également confirmées sur toute la ligne par un des frères de ce dernier.
V. P. NDIAYE